LIVRE PilEMIEU
la nation française. Elle était lasse de sou despotisme, écrasée sous les charges de toutes sortes , ruinée, dépeuplée par une suite de longues guerres. Elle célébrait sa délivrance; si Ton doit blâmer ce qu'il y eut d'excessif dans ses manifestations, ou peut du moins les comprendre.
On ne saurait surtout en tirer cette conclusion que les Bourbons furent ramenés par l'étranger. Les faits protestent contre cette accusation. Quand le comte Lynch, maire de Bordeaux, allant au-devant du général Beresford, lieutenant de Wellington, voulut lui parler de Louis XVIII, le commandant britannique blâma vivement sa précipitation et sou imprudence, se défendant de vouloir se mêler des affaires intérieures de la France. A mesure que le mouvement royaliste s'étendit dans le Midi, sous Taclion du duc d'Angoulème, accouru à l'appel des Bordelais, il rencontra la même froideur, la même réserve de la part de tous les chefs des armées étrangères.
C'est qu'en effet, les princes alliés, ne parvenant pas à s'entendre encore sur le gouvernement qui conviendrait le mieux à la France après la chute de l'empereur, avaient ajourné toutes leurs résolutions jusqu'à leur arrivée dans Paris, aliu de n'agir ([u'après avoir consulté les sentiments, les goûts de la population de cette grande capitale. Ils avaient le choix entre trois combinaisons : le rappel des Bourbons, une régence jusqu'à la majorité du fils de l'empereur, l'élévation de Bernadotte ou du prince Eugène au trône de France. Mais, la première, la plus rationnelle, la plus logiciue, était loin de réunir tous les suffrages. Le tsar Alexandre, le plus puissant des souverains coalisés, le plus écouté, s'y montrait contraire. Il disait au prince de Metternich : « La France est hostile aux Bourbons. Vouloir les ramener sur un trône qu'ils n'ont pas su garder, ce serait exposer la France et l'Europe à de nouvelles révolutions dont les suites seraient incalculables. Choisir un nouveau
souverain, c'est pour l'étranger une grave entreprise. Aussi, mon parti est-il pris. II faut que les opérations contre Paris soient poussées vigoureusement ; nous nous emparerons de la ville. A l'approche de cet événement, qui doit couronner les succès militaires de l'alliance, il faudra adresser au peuple français une déclaration par laquelle nous lui ferons connaître notre ferme résolution de ne nous mêler ni de laformedu gouvernement, ni du choix deson souverain. » C'est donc sans avoir pris aucune décision que les princes alliés marchaient sur Paris, résolus à ne favoriser l'établissement des Bourbons qu'autant qu'il serait conforme aux vœux de la France.
Napoléon, cependant, se préparait à une défense désespérée. Après avoir enjoint à son frère Joseph de faire sortir de Paris, au moindre péril, l'impératrice régente et le roi de Rome, il s'était avancé vers les Autrichiens, dont l'avantgarde se dirigeait sur Provins. Puis, reconnaissant l'insuffisance des forces dont il disposait, il avait changé ses plans, brusquement abandonné la défense de la route de Paris. Il était parti pour l'Est, avec l'espoir de trouver en Alsace, en Lorraine une armée avec laquelle il se serait jeté sur les derrières de l'ennemi, qu'il ne pouvait plus attaquer de front. Mais, bientôt, la marche forcée des alliés sur la capitale venait déjouer ses combinaisons.
Les souverains coalisés adressaient de Yilry au peuple français une proclamation dans laquelle ils s'efforçaient de séparer la cause de la nation de celle de l'empereur, rejetaient sur ce dernier la responsabilité de la guerre. Puis, ils battaient, le 25 mars, à la Fère-Ghampenoise, la petite armée avec laquelle les maréchaux Mortier et Marmont, croyant aller au-devant de l'empereur, avaient essayé de leur barrer la route. Tandis que les vaincus, ralliés par leurs héroïques chefs, opéraient leur retraite sur Paris, les envahisseurs poursuivaient leur marche, écrasaient au passage une colonne de cinq mille