‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 158 sur 177 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

ceux qui avaient élevé des doutes sur Topportunité et la possibilité de ses projets, et, au premier rang, l'amiral Duperré lui-même.

Au ministère de la guerre, cet exemple porta ses fruits; deux mois après, toutes les troupes qui devaient former le corps expéditionnaire se trouvaient cantonnées dans diverses contrées du littoral de la Provence, attendant l'heure fixée pour l'embarquement. L'armée, composée de trente-sept mille hommes et de quatre mille chevaux, comprenait trois divisions, commandées par les lieutenants généraux baron Berthezène, comte de Loverdo et duc des Cars, contenant chacune trois brigades. L'artillerie et le génie étaient aux ordres des maréchaux de camp de la Hitte et Yalazé. Les fonctions de chef d'état-major général étaient confiées au général Desprez, celles de sous-chef au général Tholoze, celles d'intendant général au baron Denniée. Toutes ces nominations et celles des généraux commandant les brigades étaient faites dès le :21 février; le commandant en chef ne fut désigné que deux mois plus tard. Après avoir hésité entre le maréchal Marmont, le général Clausel et le général de Bourmont, ministre de la guerre, le choix du roi s'arrêta sur ce dernier. M. de Bourmont n'avait pas sollicité ce commandement ; ce fut Charles X qui le lui offrit. Il l'accepta avec la reconnaissance d'un soldat qui espérait racheter par un triomphe militaire l'impopularité, à tort ou à raison, attachée à son nom. L'histoire, qui dans le passé avait été sévère pour le général de Bourmont, doit à sa mémoire de rappeler que, dans l'expédition d'Alger, il se couvrit de gloire, révéla d'incontestables qualités militaires, de patriotiques vertus qui ne faiblirent pas, même le jour où il eut la douleur de voir l'un de ses fils mortellement blessé à ses côtés.

La tlotte chargée de transporter cette armée et ces immenses approvisionnements sur la plage de Sidi-Ferruch, point choisi pour le débarquement, à cinq lieues à l'ouest

d'Alger, devait compter six cent soixante-quinze bâtiments de toute sorte, dont sept à vapeur, et à leur tète « la Provence », le vaisseau amiral, le même (jui ayant été à l'insulte devait être à la réparation. Le :25 avril, cette flotte était réunie dans le port et la rade de Toulon.

Dès le :2 mars, le roi, qui tenait de la Charte le droit exclusif de faire la guerre, avait, dans le discours de la couronne, annoncé sa résolution aux Chambres. « Au milieu des grands événements dont l'Europe était occupée, dit-il. j'ai du suspendre les effets de mon juste ressentiment contre une puissance barbaresque ; mais je ne puis laisser plus longtemps impunie l'insulte faite à mon pavillon; la réparation éclatante que je veux obtenir, en satisfaisant l'honneur de la France, tournera, avec l'aide du Toul- Puissant, au profit de la chrétienté. »

Il est douloureux de constater que ces paroles ne rencontrèrent, ni dans la presse, ni dans la Chambre, le favorable accueil auquel elles avaient droit. Dans tous les pays et dans tous les temps, les oppositions restent les mêmes, elles savent rarement séparer ce qu'il y a de légitime dans leurs revendications et dans leurs critiques de ce qui s'y trouva d'injuste et de passionné. Le ministère de M. de Polignac, formé en contradiction manifeste avec les vœux et les aspirations de la France, avait soulevé d'ardentes et justes colères devant lesquelles les préparatifs de l'expédition, en dépit de leur caractère politique et national, ne purent trouver grâce. Dans l'une et l'autre Chambre, le ministre de la marine dut défendre pied à pied ses projets contre d'âpres critiques, qui s'étaient d'ailleurs produites à diverses reprises depuis qu'il y avait une question d'Alger, c'est-à-dire depuis trois ans, et (jui trouvèrent dans la presse d'éloquents commentateurs.

Si les cabinets européens et même les États-Unis, intéressés comme la France à la destruction de la piraterie barbaresque, voyaient d'un reil sympathique l'entreprise du

Page 1