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Ces ordres l'iireiil apportés par le capitaine de vaisseau Collet, à la tète d'une division navale. M. Deval se rendit aussitôt à bord de la goélette « la Torche », en faisant avertir les Français domiciliés dans Alger d'avoir à quitter la ville et à s'embarquer sur les navires prêts à les recevoir. Puis le capitaine Collet rédigea une note qui lulemandait que le ministre de la marine algérienne vînt à son bord présenter au consul de France les excuses personnelles du dey et que, pendant ce temps, le drapeau français fût arboré sur tous les forts et salué de cent coups de canon. Vingt-quatre heures étaient accordées au dey d'Alger pour donner cette éclatante satisfaction à la France.
Hussein refusa d'obtempérer à ces réclamations. En même temps, par ces ordres, le bey de Constantine allait détruire l'établissement français de la Calle. Ce fut le signal des hostilités. Conformément aux instructions qu'il avait reçues, le capitaine Collet mit le blocus devant Alger, mesure provisoire qui, dans la pensée du gouvernement, n'était que le prologue d'une vengeance exemplaire de ses nombreux et anciens griefs, mais qui, par suite de circonstances particulières, se prolongea durant trois années. La force des choses devait cependant ne pas tarder à démontrer l'insuffisance de ce blocus. Il obligeait, il est vrai, la Hotte algérienne à rester dans le port, d'où, le 4 octobre 1827, elle avait tenté de sortir, mais où elle avait dû rentrer ensuite, ayant tenté vainement de forcer le passage. Mais il constituait une campagne sans éclat et sans gloire, sinon sans péril; il donnait lieu à de dramatiques épisodes, il coûtait annuellement sejjt millions au Trésor. Bien que les Chambres réclamassent contre cet état de choses, il menaçait de se continuer. Hussein-Dey semblait, après tout, s'y résigner, puis(|u'il résistait à toutes les tentatives directes ou indirectes faites auprès de lui pour l'amener à donner à la France une légitime satisfaction.
La dernière démarche qui fut tentée auprès de lui date
(lu 31 juillet 1H:29. Pressé par son gouvernement d'essayer , une fois encore de la conciliation, le contre-amiral de la 1 Bretonnière, qui avait succédé au contre-amiral Collet, — ■ ce dernier avait été élevé à ce grade pendant le blocus, — se présenta devant Alger abord du vaisseau « la Provence » ; par l'entremise du consul général de Sardaigne, il demanda au dey une audience, qui lui fut accordée sur-le-cbamp.Le À chef de l'escadre française débarqua donc sur le sol algé- ' rien. Suivi d'une escorte, il se rendit à la Casbah, au milieu d'une foule frémissante. Il y revint de nouveau le surlendemain. Mais ni dans l'un ni dans l'autre de ces deux entretiens, il ne put faire entendre raison à Hussein-Dey, qui persistait à ne se reconnaître aucun tort envers le consul Deval et qui termina la discussion en ces termes : « J'ai de la poudre et des canons, et puisqu'il n'y a pas moyen de s'entendre, vous êtes libre de vous retirer. Vous êtes venu sous la foi d'un sauf-conduit, je vous permets de vous retirer. » M. de la Bretonnière retourna à son bord, mais retarda son départ de quelques heures, afin de laisser au dey le temps de la réflexion.
Le lendemain, sous les yeux de tout un peuple groupé sur le rivage etsur les terrasses d'Alger, «laProvence », portant le pavillon parlementaire, sortit du port. Tout à coup, un coup de canon se fit entendre, accompagné bientôt de détonations plus violentes, et une pluie de boulets vint tomber autour du vaisseau amiral, qui ne reçut heureusement que des avaries insignifiantes. Dans son fol orgueil, Hussein n'avait pas craint de violer le droit des gens et de faire cette insulte au drapeau français. M. de la Bretonnière eut néanmoins le courage de garder son pavillon parlementaire et ne tira pas un seul coup de canon, trait de sang-froid que plusieurs officiers étrangers, témoins indignés de cette scène, louèrent fort. Mais l'injure avait comblé la mesure. Désormais le gouvernement français pouvait réaliser les projets qu'il étudiait depuis deux ans. Hussein-Dey comprit
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liitMitôt à quelles terribles représailles il venait de s'exposer ; il essaya de repousser la responsabilité de cette inqualifiable conduite. Mais le désaveu n'obtint pas plus de réponse que l'agression.
Ces nouvelles arrivèrent en France au moment où M. de Polignac et ses amis prenaient le pouvoir. Parmi les questions qui s'imposaient à eux, ils trouvèrent donc celle d'Alger rendue brûlante par le grave événement qui venait de s'accomplir, reléguant au second plan toutes les discussions auxquelles donnaient lieu, depuis deux ans, les affaires algériennes, pour ne laisser subsister que l'outrage infligé à la France,
m; HISTOIRE DK LA RESTAURATION
LA QUESTION D'ALGER ET LE MINISTÈRE POLIGNAC — ÉNERGIE DU GENERAL DE BOURMOXT ET DE M. D'HAUSSEY — L'EXPÉDITION EST DÉCIDÉE — ATTITUDE MALVEILLANTE DE L'AMIRAL DUPERRÉ — ORGANISATION DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE — DÉCLARATION ROYALE DU 2 MARS — HOSTI- LITÉS qu'elle soulève DANS L'OPPOSITION — MENACES DE L'ANGLETERRE — LE GOUVERNEMENT N'EN TIENT AUCUN COMPTE — DÉPART DE L'ESCADRE, LE 25 MAI — SIDI-FERRUCH, LE 14 JUIN.
ÎS'ous avons apprécié avec une juste sévérité la politique intérieure du cabinet de M. de Polignac. Nous n'en sommes que plus à l'aise pour louer sans réserve la conduite patriotique qu'il tint dans l'affaire d'Alger. L'expédition qu'il eut le courage de poursuivre jusqu'au bout, en dépit d'une opposition dont son avonemeut avait exaspéré les colères, et malgré le gouvernement anglais, ne fut pas entreprise, quoi qu'on en ait dit, dans le dessein de détourner l'attention publique des préparatifs de la lutte qui allait s'engager contre la nation. Cette expédition s'imposait. A la distance où nous sommes des événements de 1830 et des passions qui les provoquèrent, elle apparaît comme une nécessité, comme l'unique moyen de châtier l'audacieuse insolence des deys d'Alger, de débarrasser l'Europe maritime et commerciale de cette menace permanente suspendue sur sa tète. 11 appartenait à la France, directement mise en cause, de marcher cette fois encore pour la civilisation et de se faire son instrument. Cela était conforme à ses traditions séculaires, et l'honneur le lui commandait.
Tel avait été l'avis des deux ministères qui s'étaient succédé depuis l'incident du 30 avril 18:27. S'ils s'étaient contentés, le cabinet Villèle, d'ordonner le blocus, et le cabinet Martignac de le maintenir, tout en essayant d'obtenir diplomatiquement du dey d'Alger une réparation nécessaire ,
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c'est que l'état de l'Europe leur avait imposé comme un devoir de prudence la plus stricte réserve. En 1827, M. de Villèle avait sur les bras les affaires de Grèce ; il préparait des élections générales pour la lin de Tannée; il ignorait si, après ces élections, il resterait au pouvoir; il n'avait donc pas voulu engager ses successeurs dans une entreprise aussi grave que l'envoi à Alger d'une armée de débarquement dont des études préliminaires avaient fixé l'effectif nécessaire à trente-cinq mille hommes.
yi. de Martignac, qui avait hérité en 1828 de la question algérienne, s'était trouvé en présence de difficultés analogues : l'expédition de Morée d'abord, la guerre d'Orient ensuite. D'accord avec ses collègues, il n'avait pas jugé que ce fût le moment de se jeter dans une expédition à laquelle d'ailleurs les fractions libérales de la Chambre, dont il recherchait l'appui, se montraient hostiles. Il avait même tenté une fois encore d'arriver avec le dey à une entente pacifique, et le contre-amiral de la Bretonnière s'était rendu à Alger, porteur d'ouvertures conciliatrices, accueillies, comme on l'a vu, par un nouvel outrage.
En présence de tels événements, M. de Polignac ne pouvait hésiter. Il comptait dans son ministère, à la guerre et à la marine, deux hommes énergiques, le général comte de Bourmont et le baron d'Haussez. Leur conviction et leur accord dissipèrent les hésitations qui régnaient encore dans le conseil du roi. Après avoir été sur le point d'engager les puissances chrétiennes à se joindre à lui, après avoir eu un moment la pensée de charger iMéhémet-Ali, pacha d'Egypte, du soin de sa vengeance, — cette idée souriait particulièrement à M. de Polignac, — le gouvernement français résolut d'agir directement, par ses armes, sans faire appel à aucun concours étranger, et, à la fin de janvier 1830, l'expédition était décidée.
Cinq jours après, le vice-amiral Duperré, auquel le choix du roi avait destiné le commandement de la flotte, quoiqu'il
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appartînt à l'opposition, était appelé de Brest à Paris pour y recevoir ses ordres. En même temps, une commission composée d'officiers supérieurs, sous les ordres du ministre de la marine, était chargée de régler les conditions de l'expédition, d'en fixer l'effectif, de déterminer les moyens de transport et d'arrêter le point où s'opérerait le débarquement. On introduisit dans cette commission quelques jeunes marins, entre autres le capitaine Dupetit-Thouars, qui venait de passer trois années devant Alger et en avait étudié les défenses aussi "bien que les moyens de les tourner pour les anéantir.
Il est remarquable que d'abord ce fut seulement parmi ces jeunes officiers que le ministre de la marine trouva un énergique appui pour ses projets. Les membres supérieurs de la commission les déclaraient irréalisables. Le viceamiral Duperré lui-même ne croyait guère à la possibilité de les faire réussir et accumulait les arguments les plus propres à décourager les promoteurs de l'expédition. Mais le baron d'Haussez, à qui le capitaine Dupetit-Thouars avait fait partager ses convictions, était animé d'une foi invincible dans le succès. Il l'avait fortifiée encore en lisant le rapport du commandant du génie Boutin, envoyé dans les eaux d'Alger en 18u8, ainsi que nous l'avons raconté, pour étudier les moyens de jeter une armée sur la côte. Il était résolu à frapper un grand coup, à prouver au monde que, lorsque la France avait une injure à venger, ce n'était point la prétendue insuffisance de sa marine qui pouvait arrêter son bras. Plein de ces pensées, il répondit aux objections du vice-amiral Duperré en lui ordonnant de partir sur-lechamp pour Toulon, afin d'y presser l'organisation de la flotte qu'il devait commander. En même temps, il multipliait ses ordres, et, sûr du ferme concours du ministre de la guerre, il prenait envers le roi l'engagement d'être prêt le 1" mai au plus tard. Sa confiance opéra des prodiges; bientôt il put compter parmi ses plus ardents collaborateurs