‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 160 sur 177 · LIVRE Cl-NULIÈ-ME · texte numérisé non relu

LIVRE Cl-NULIÈ-ME

le duc de Laval, notre ambassadeur à Londres, sur le caractère des dispositions évidemment hostiles du cabinet anglais, lui répondit : « Nous avons eu jusqu'à présent la modération de ne pas envoyer des ordres à notre escadre ([lie nous aurions pu envoyer croiser sur les côtes qui sont menacées et prendre station à Gibraltar ; mais nous serions j)rcts au besoin. » Le gouvernement français ne se laissa pas intimider par ces menaces. Il ne restait donc à l'Angleterre qu'à se résigner ou à envoyer sa flotte contre la nôtre ; elle se résigna. En fait, le gouvernement français n'avait encore pris aucun parti pour l'ayenir. Bien des projets s'agitaient dans ses conseils; mais il résulte des documents aujourd'hui connus, que celui de garder Alger et d'y fonder une colonie était de tous le moins en faveur. C'est seulement quand le général de Bourmont eut annoncé que la ville était en son pouvoir et Hussein-Dey soumis, que le gouvernement prit la résolution de conserver sa conquête, La Grande-Bretagne éleva encore des protestations, déclarant que jamais, ni sous la république ni sous l'empire, elle n'avait eu autant à se plaindre de la France que depuis une année. Lord Aberdeen, qui s'était fait auprès du duc de Laval l'organe de ces griefs, reçut de lui cette fière réponse : « J'ignore, milord, ce que vous pouvez espérer de la générosité delà France; mais ce que je sais, c'est que vous n'obtiendrez jamais rien par les menaces. » Ces paroles furent prononcées le '25 juillet 1830, c'est-à-dire la veille même de la chute du gouvernement de la Restauration. Ce fut le dernier motdes négociations diplomatiques qui avaient précédé et suivi la pris<î d'Alger.

Tandis qu'elles se poursuivaient entre Londres et Paris, le corps expéditionnaire avait pris la mer le "lô mai. La rade de Toulon otfrit ce jour-là un spectacle admirable : ces centaines de navires, les uniformes, l'éclat des armes, les clameurs enthousiastes de la population groupée sur le port, le mouvement d'une armée qui s'ébranle et le ciel

ii'i HlSTOlI'.t; DE LA KESTAUKATION.

inéridioiial sm" une mer vermeille : tel fut le magique décor que les habitants de Toulon purent contempler. Le duc d'Angoulème, venu de Paris pour passer les troupes en revue, assistait à ce départ. Autour de lui, la foule excitée faisait entendre des cris sympathiques dont à Paris ses oreilles étaient depuis longtemps déshabituées ; il eut alors une réflexion d'une mélancolie touchante et qui prouve de quelles angoisses son âme était obsédée : « Hélas ! soupirat-il, je doute fort que parmi ceux qui crient ainsi, il y ait beaucoup d'électeurs. »

Cependant, la flotte s'éloignait dans un ordre majestueux. Elle emportait non seulement quelques-unes des gloires militaires du passé, des survivants des guerres de l'empire, tels que les généraux Berthezène, de Loverdo, Poret du Morvan, mais encore l'espoir de l'avenir, ces brillants officiers qui devaient illustrer plus tard leur nom au service de la patrie : Pélissier, Changarnier, Lamoricière, Mac- Mahon, Chabaud-Lalour, d'autres encore ; elle emportait les jeunes héritiers des plus grandes familles de France et enfin des attachés militaires de presque toutes les nations. Sauf de rares incidents, la traversée fut heureuse, attristée cependant par la nouvelle que le commandant en chef reçut en mer de la perte de deux bricks appartenant à la station du blocus, (de Silène » et «l'Aventure». Ces deux bricks, commandés par MM. Bruat et d'Assigny, avaient été jetés à la côte, sous le cap Bengut, aux environs de Dellys. Les deux cents hommes qui formaient les équipages étaient tombés aux mains des Kabyles, qui les avaient divisés en deux groupes, dont l'un, le plus nombreux, fut massacré. Quand le commandant Bruat, qui faisait partie du second, arriva dans Alger, il eut la douleur de voir sur la Casbah cent dix tètes exposées : c'étaient celles de ses infortunés marins. Avec quatre-vingt-cinq d'entre eux qui survivaient encore à ce tragique événement, il fut enfermé au bagne, (( attendant de l'armée française leur délivrance si elle arrivait

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