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et qui lirent partager leur crédulité au maréchal Mannont, de service aux Tuileries comme commandant d'une des compagnies des gardes du corps. Le roi alla à l'Odéon, en revint sans accident ; mais le maréchal, attribuant cet heureux résultat aux mesures ordonnées par lui, se plaignit amèrement de l'inaction dans laquelle étaient restés le comte Dupont, ministre de la guerre, et le comte Beugnot, directeur de la police, qui n'avaient pas connu l'événement.
L'histoire n'aurait pas à retenir de si minces incidents s'ils n'avaient eu pour conséquence la chute du comte Dupont. Le roi s'était enfin, peu à peu, rendu compte de l'impopularité de ce ministre, comme de sa médiocrité. Il s'était résolu à le remplacer. Le complot de l'Odéon fut le prétexte invoqué auprès de lui pour hâter l'exécution de ce projet. Le 2 décembre, le ministre se rendit aux Tuileries, à onze heures du soir, pour travailler avec le roi. Il ne fut pas reçu ; le lendemain, M. de Blacas vint lui demander sa démission, en ajoutant que le rois erait heureux de lui accorder la situation qu'il solliciterait. Le comte Dupont demanda le commandement de la vingt-deuxième division militaire, vacant en ce moment. Il y fut nommé aussitôt, en même temps qu'il recevait le cordon de commandeur de Saint-Louis. Son successeur était déjà désigné.-
Le choix du roi s'était porté sur le maréchal Soult, qui, depuis quelques semaines, en sa qualité de gouverneur de Bretagne, avait donné des gages au parti royaliste et était devenu populaire à la cour. Le maréchal possédait des qualités remarquables, sa glorieuse carrière en faisait foi. Sa nomination fut favorablement accueillie. Mais on va voir que, arrivé au ministère, il ne révéla pas un caractère égal à sa valeur première. En même temps qu'il prenait possession du portefeuille, le comte Beugnot était appelé au ministère de la marine, où il s'installa en déclarant à ses secrétaires qu'il comptait sur leur zèle pour suppléer à son
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ignorance. Il Int remplacé à la police par M. Dandré, un inconnu, ancien conseiller au parlement d'Aix, employé jusciue-là par Louis XYIII dans des négociations secrètes. Ces changements eurent lieu sans que les ministres en fussent avertis. Ils ne les connurent qu'après coup, par une communication de M. de Clacas, qui se chargea en même temps d'en mander la nouvelle à M. de Talleyrand, parti déjà pour le congrès de Vienne.
En appelant au ministère le maréchal Soult, le roi nourrissait l'espoir de changer les dispositions de l'armée. Le maréchal, pressé de faire preuve de dévouement, trompa cet espoir. Son premier acte fut d'appeler à la chancellerie de la Légion d'honneur, en remplacement de l'ahhé de Pradt, qui occupait provisoirement ce poste, un des familiers du comte d'Artois, le comte de Bruges ; son second, de traduire devant un conseil de guerre le général Exelmans, accusé d'avoir entretenu des relations avec Murât et, le croyant menacé, de lui avoir offert son épée. Le général Exelmans était populaire parmi les soldats de l'empire. La mesure dont il fut rohjet, pour avoir refusé d'obéir à un ordre d'exil, accrut leur colère. Le conseil de guerre chargé de le juger prononça son acquittement, rendu cerlain par l'appel qu'il avait adressé aux Chambres. Cette afl'aire eut ■ un retentissement considérable et fut considérée comme une revanche de l'armée de Napoléon contre le pouvoir royal.
Ainsi l'année 1814 se terminait lamentablement. La session des Chambres fut close le 30 décembre, après avoir duré près de sept mois, et leur réouverture fixée au 15 mai. Entre la date de leur réunion et celle de leur séparation tient presque toute l'histoire de la première année du gouvernement des Bourbons, marquée par les erreurs que devait engendrer l'inexpérience du régime représentatif.
Ces erreurs, en quelque sorte fattales, s'aggravaient chaque jour, par suite d'épisodes bruyants qu'exploitait la mauvaise foi des partis, tels que l'enterrement de l'actrice Raucourt, qui faillit devenir une cause d'émeute, le curé de Saint-Roch ayant d'abord refusé de recevoir le corps à l'église ; ou la translation des cendres de Louis XVI et de Marie-Antoinette, de la chapelle provisoire de la rue d'Anjou dans les caveaux de Saint-Denis, qui fut considérée comme un appel aux passions. Le mécontentement était partout. Les officiers en demi-solde formaient par toute la France, et surtout à Paris, un redoutable parti d'hommes irrités, prêts à un coup de main. Les mécontents se rangeaient, les uns autour de quelques chefs mili^ taires qu'on savait disposés à favoriser le retour de l'empereur, puisaient des encouragements dans le salon de la reine Ilortcnse, duchesse de Saint-Leu, restée à Paris grâce à la bienveillance du roi, et devenu le centre du mouvement bonapartiste ; les autres autour de personnages politiques, tel que le comte d'Artois, le duc d'Orléans, et Fouché lui-même ; Fouché, qui n'avait renoncé ni h intriguer ni à conspirer, qui restait en communication avec tous les partis, sans se livrer à aucun, mais qui avait l'art de leur laisser croire à tous qu'il les servait avec Id plus grand zèle. Par surcroît, des dissensions ministérielles venaient d'éclater, en même temps que des conspirations militaires. Deux généraux, les frères Lallemand, tentaient d'obliger Louis XVIII à abdiquer. Ils songeaient h rappeler l'empereur, ou, si sa présence devait être une cause d'a^ lai'me [)()ur l'Europe, le roi de Rome, ou môme à proclamer lieutenant général le duc d'Orléans. Sous l'action de i3arras et (le Fouché, il y eut des rapprochements entre les bonapartistes et les hommes de la Révolution, pour qui le gouvernement royal représentait à cette heure l'ennemi.
Les avertissements ne man(|uaieut pas aux ministres. Ils leur arrivaient à eux, comme ils arrivaient au roi, sous des
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SO HISTOIRE DE LA RESTAUKATiON.
formes diverses. Mais, ayant la prétention de tout savoir, ils refusaient de croire qu'il put exister des dangers qui leur fussent restés inconnus jusque-là. Ils croyaient au dévouement co'iime à la fidélité des chefs militaires investis de la confiance du souverain. Ils savaient >'apoléon prisonnier dans son île, se fiaient à la rigoureuse surveillance dont il était l'objet et comptaient sur la popularité des Bourbons, dont les princes avaient recueilli des preuves éclatantes dans de récents voyages, pour les défendre contre des conjurations dont on parlait sans cesse, mais qui n'éclataient jamais. Malheureusement, ils ne songeaient pas assez à l'imprévu, qui exerce sur les affaires humaines tant d'influence ; c'est l'imprévu qui allait éclater et modifier une fois de plus, pour une courte durée, il est vrai, l'état de la France et de l'Europe, moins d'un an après la chute de renipcreur et la Restauration.