‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 19 sur 177 · I.IVI'.K l'r.KMlEIl · texte numérisé non relu

I.IVI'.K l'r.KMlEIl

Le roi, sans se dissimuler Texislence de ces périls, n'en saisissait pas toute la gravité. Attiré naturellement du côté des royalistes, il déplorait quelquefois leurs exigences, mais riait plus souvent de leurs Iravers, s'appliquant à maintenir, entre eux et les anciens serviteurs du régime impérial, une certaine égalité de traitement, quand il avait à distribuer les emplois. Malheureusement, il ne lui était pas aussi aisé d'imposer silence à ses partisans, de les empêcher de s'agiter, de se plaindre, de menacer, alors surtout que leurs folles revendications trouvaient des avocats dans son entourage, jusque dans sa famille, et parmi eux, au premier rang, le comte d'Artois lui-même, dont l'attitude, sinon la parole, paraissait blâmer les efforts de son frère pour assurer le triomphe de sa politique modérée. Donc Louis XVIII, disposé par le scepticisme de son esprit à considérer avec indifférence le choc des passions déchaînées autour de lui ou à ne s'en occuper que pour y trouver un sujet de distraction, laissait dire et laissait faire, se défendant seulement contre l'influence du comte d'Artois et de ses amis, qui se plaignaient toujours, tantôt de la faiblesse des ministres, tantôt du langage des militaires, tantôt de la police, dont ils dénonçaient l'incapacité, sans comprendre qu'ils étaient eux-mêmes, avec leurs préjugés et leurs espérances, une des causes du mal qu'ils signalaient.

Ce mal, le prince qui devait être un jour Charles X l'avait accru déjà par diverses imprudences, notamment lorsqu'en septembre il s'était rendu à Lyon, à Valence, à Marseille, à Nîmes, à Grenoble, à Besançon, sans laisser derrière soi, parmi les populations exaltées déjà, autre chose que le souvenir de sa parfaite bonne grâce et des ferments d'exaltation nouvelle. Il l'avait encore accru par son attitude, par son langage, par la légèreté avec laquelle il faisait naître les difficultés, par le défaut d'esprit politique qu'il révélait quand il tentait de les dénouer. Ses fils, le duc d'Angoulême et le duc de Berry, dans les voyages qu'ils

iO HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

faisaient en même temps, ciiacun de son côté, snr d'autres points du territoire, avaient été plus heureux ou mieux inspirés, le premier surtout. Mais ce n'était point assez pour faire oublier trop de fautes déjà commises, fautes graves, périls qui poussaient les mécontents à tourner leurs regards du côté de l'île d'Elbe, el dont il serait moins juste cependant d'accuser la volonté des hommes que d'accuser leur inexpérience du gouvernement et la fatalité des temps qui avait voulu que, pendant un quart de siècle, le parti royaliste vécût hors de France, sans pouvoir comprendre dans toute leur étendue les grandes transformations (pii s'opéraient dans la patrie désertée.

Tel était l'état des choses pendant le mois d'octobre 1811, quand d'autres incidents vinrent le rendre plus alarmant. Ce fut d'abord un écrit de l'ancien conventionnel Carnot, qui, prenant pour point de départ la justification légale et politique du régicide, était amené à conclure que le gouvernement royal ne tenait pas les promesses de la Charte. Cet écrit n'était pas destiné à la publicité. Son auteur se réservait de l'adresser au roi, à titre de renseignement et de conseil. Mais, après une communication qu'il en avait donnée à quelques personnes, notamment à Fouché, le mémoire fut imprimé secrètement, et rapidement répandu à plusieurs milliers d'exemplaires. Le gouvernement n'osa poursuivre. Les royalistes se plaignirent amèrement de sa longanimité, tandis que ses adversaires en profitaient pour énumérer avec violence leurs griefs et donner plus de vivacité à leurs attaques contre lui.

Ce fut ensuite, à la date du 30 novembre, le bruit d'un complot, qui se répandit tout à coup. Le roi, qui se disposait à se rendre à l'Odéon ce jour-là, devait, à ce qu'on raconta, être enlevé avec sa famille par une centaine d'hommes résolus. Il fut démontré ultérieurement que ce complot n'avait existé que dans l'imaginalion de quelques royalistes exaltés, heureux de prendre en (h'faul la police officielle,

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