LIVRE DEUXIÈME
tenir le concours des capitaux étrangers, d'éviter une trop grande sortie du numéraire. Il assurait enfin la réussite de l'opération, donnait une plus-value aux fonds français et préparait les emprunts à venir en fondant le crédit du pays.
La convention qui réduisait le chiffre de l'armée d'occupation de 30,000 hommes fut annoncée aux Chambres dans la session de 1816-1817. On ne leur parla pas de l'emprunt en ce moment : ce ne fut que plus tard que M. de Yillèle vint en dévoiler les conditions à ses collègues. La droite attaqua avec violence la combinaison. Le comte Corvetto prit plusieurs fois la parole avec beaucoup d'habileté pour défendre son œuvre. M. Laffilte le soutint. Les raisons qu'ils firent valoir triomphèrent auprès des Chambres. Bientôt de nouveaux pourparlers s'ouvraient entre MM. Baring et Hope et le gouvernement français au sujet du payement anticipé, dans le cours de 1818, de tout ce qui restait dû sur la contribution de guerre.
Pendant que le budget se discutait encore, M. de Richelieu vint annoncer à la Chambre qu'il avait terminé avec les puissances le règlement des créances des sujets étrangers, et demandait pour leur acquittement un crédit de 16 millions de rente. Il espérait que ce règlement était le prélude d'une évacuation entière, sur laquelle les souverains devaient délibérer l'automne suivant, et sollicitait à cet effet un autre crédit éventuel de :24 millions, qui lui permettrait de solder par anticipation les deux échéances de 1819 et 18:20. Il n'y eut aucun débat. Les deux crédits furent accordés séance tenante, le 6 mai 1818, sous l'empire de la nécessité avec un patriolisme-i'ésigné.
Jamais liquidation n'avait été plus compliquée que celle des créances étrangères. La France, qui s'était répandue par toute l'Europe pendant le premier empire, avait contracté partout des engagements, reçu des cautionnements, pris dé*s fournitures. Il fallait acquitter tout cela. C'était un
enchevêtrement formidable, si l'on songe que les réclamations s'étaient élevées à 1390 millions et furent réduites à 240, dont le payement entraîna, comme on vient de le voir, la création de 1(3 millions de rentes.
Cette laborieuse négociation terminée, les rapports des puissances avec la France, devenus un moment difficiles, s'améliorèrent instantanément. On put songer alors à avancer l'époque de l'évacuation en anticipant le payement des annuités de 1819 et de 18:20. La Chambre avait voté 16 millions pour le service de 1818 et 24 millions pour l'évacuation ; il s'agissait pour le ministère de réaliser cet argent et d'arriver à donner aux alliés des gages suffisants pour obtenir d'eux un prompt départ.
A cet effet, il fit deux emprunts : le premier, de 14600000 francs de rente 5 p. 0/0 fut offert au public français. Le ministre se réserva le droit de discuter la solvabilité des souscripteurs, d'écarter ou de réduire les offres. Le taux de l'emprunt n'était pas fixé, on ne devait le connaître qu'après la clôture de la souscription; on ne pouvait souscrire pour moins de 5000 francs de rente, payables en sept termes, mois par mois. C'était, on le voit, un mécanisme assez primitif et qui laissait beaucoup de place à l'arbitraire. Le 9 mai 1818, la souscription fut ouverte. Elle fut close le 27 mai, l'emprunt étant dix fois couvert. Le 30 mai, à cinq heures du soir, le ministre annonça le taux auquel l'emprunt était émis : 66 fr. 50. En même temps, la liste des soumissionnaires était arrêtée; on leur accordait jusqu'au 1" juin pour le taux d'émission. Le succès fut complet. En très peu de jours, la rente s'éleva jusqu'à 72 francs. Pour les 24 millions restant, on traita avec Baring et Hope.
S'il y eut dans le inonde politique beaucoup de critiques à l'occasion de ces opérations financières, l'esprit public leur fit, au contraire, le meilleur accueil. Chacun comprit que ces emprunts voulaient dire libération du sol, 100 mil-