‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 52 sur 177 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

étaient réglés moyennant un forfait de 50 millions par an. La ligne d'occupation était en outre rigoureusement déterminée.

Enfin, une troisième convention qui tirait son origine du traité de 1814, statuait sur la manière de procéder pour établir les droits des particuliers étrangers qui avaient des réclamations à faire valoir contre le gouvernement français. Telle était la totalité des obligations que la traité du 20 novembre imposait à la France. Elles peuvent être évaluées, pour ne parler que des charges pécuniaires, à 270 millions par an, pendant cinq ans. Autant dire que le budget de la France allait se trouver augmenté de 45 p. 0/0, à la suite de guerres d'un quart de siècle, de deux invasions et d'une série d'années calamiteuses.

On nous saura gré, en devançant l'ordre chronologique des faits, de raconter, pour n'y plus revenir, comment fut exécuté le traité, et de résumer les combinaisons financières qui furent successivement adoptées en vue de la libération du territoire.

C'est à la fin d'avril 1816 que, la session étant close, le gouvernement trouva la liberté nécessaire pour s'occuper des graves questions qui s'imposaient à son étude. Le ministre des finances comte Corvetto, convaincu qu'il était impossible de s'acquitter envers les alliés avec les seules ressources du pays, n'hésita pas à recourir à l'emprunt et à. tenter les hasards du crédit. Il fallait trouver 300 millions : 140 pour la contribution de guerre, 100 pour la solde et l'entretien des troupes, ce qui, au cours de la Bourse, représentait environ 30 millions de rentes à émettre. C'était une grosse opération pour l'époque et qui pouvait même paraître aventureuse. Quelque temps avant, M. de Donald ne s'était-il pas écrié en pleine Assemblée : « Nous n'avons aucun crédit, car si nous voulions emprunter, personne ne nous prêterait. » Ce n'était pas l'opinion de Corvetto : il croyait, avec raison, q\ie le crédit va à qui sait l'attirer. Il ne fallait pas penser à s'adresser

aux banquiers français, qui n'étaient pas en état de prendre à leur charge la somme entière. Il chercha donc au dehors.

Deux maisons étaient alors à la tête du crédit européen : Baring, de Londres; Hope, d'Amsterdam. Ouvrard, esprit plein de resources, mais peu consistant, fut choisi pour entamer des négociations avec elles. Puis, quand l'œuvre fut dégrossie, on le laissa de côté, lui et a ses romans financiei's», comme disait Wellington. Baring, avant de traiter, prit l'avis de sou gouvernement, de telle sorte que la question de l'emprunt et celle d'une réduction de 30,000 hommes de l'armée d'occupation se trouvèrent bientôt mêlées et subordonnées l'une à l'autre. Dans la seconde quinzaine de janvier 1817, Baring vint à Paris et conféra pendant une dizaine de jours avec Corvetto.

Il ne jugeait pas possible de demander 300 millions pour la France au marché européen, qui ne pouvait guère donner que 200 millions. Sur cette dernière somme, il offrait 100 millions au prix de 55 francs, payables dans l'année par douzièmes et versés au Trésor. Celn permettait de parer au besoin le plus urgent : l'entretien de l'armée. Quant aux autres 100 millions, Baring se réservait le choix, six mois après la conclusion du premier marclié, soit de les fournir à son compte aux même prix, soit de les réaliser pour le compte du gouvernement français au taux le plus avantageux possible. Ils devaient être affectés à l'acquittement de la contribution de guerre et devaient passer immédiatement dans les mains des alliés.

On fut d'accord le i février. Le traité définitif, signé le 11 février LSIT, ratifia à peu près ces propositions, et donna même quelques avantages à la France.

En même temps, les puissances accordaient une réduction, à partir du 1" avril suivant, de 30,000 hommes sur l'ensemble des corps d'occaj)ation, et des délais pour le payement de la contribution. En somme, ce traité, quoique onéreux, avait l'avantage de bien disposer les alliés, d'ob-

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