Histoire de la Restauration 1814-1830
Jeunes hommes des écoles, du commerce, des ateliers, de l'armée, de toute profession et de toute condition, je vous dédie ce livre. Vous n'y trouverez ni les dramatiques luttes tribuniliennes de la Convention, ni les prodigieux élans des armées de la République qui ont sauvé l'intégrité du territoire national et assuré l'indépendance de la patrie, ni les merveilleux faits d'armes de la période impériale. Cependant, croyez-moi, l'histoire que je vous présente est celle d'un temps qui mérite votre attention et votre étude.
Au lendemain de l'invasion étrangère, qui est, non pas la plus grande honte (il n'y a pas de honte à succomber vaillamment sous la force ) , mais "le plus grand désastre qu'un peuple puisse subir, la France, déchue de la plus haute puissance qu'aucune nation moderne ait exercée, dépouillée des frontières qu'elle avait légitim.ement conquises en se défendant, appauvrie de sang, d'armes et d'argent, gardée à vue par les baïon-
4 — nettes étrangères sur son propre sol, opprimée par un parti implacable, avide de vengeances, profondément ennemi de toutes les institutions nouvelles, disposant de toutes les forces du gouvernement, la France, sans autres armes qu'une presse asservie, une tribune perpétuellement menacée, un système électoral à suffrage restreint et violemment faussé, a su défendre pied à pied les débris de ses libertés, les reconquérir une à une, transporter la majorité parlementaire de la contre-révolution à la révolution, et le jour où, jetant enfin le masque, l'ancien régime provoqua la lutte suprême, la France accepta résolument le défi, tira l'épée de 1792 et triompha.
De cette glorieuse lutte, qui fut l'âge viril de la liberté, comme la période de 1789 à 1793 en fut l'âge héroïque, une large part d'honneur revient aux éloquents et intrépides orateurs qui, pas une heure, ne désertèrent le combat, alors même qu'ils étaient réduits à une fraction minime. Un moment, ils ne furent que sept, ces lutteurs de chaque jour; et, comme leurs adversaires le leur rappelaient ironiquement, « Oui, » répondit une de ces voix Spartiates, nous ne » sommes que sept ici, mais nous avons derrière )) nous toute la France ! n
Celait vrai, et c'est un impérissable hon-
neur, à ces fiers tribuns, de n'avoir abaissé le drapeau de la liberté ni devant les fureurs de la majorité, ni devant les colères de la royauté ; — à leurs commettants, d'avoir avec persévérance, malgré menaces et séductions, maintenu leur mandat en des mains si dignes et si fermes ; — à la nation exclue du scrutin, d'avoir inspiré un tel courage civique aux privilégiés du cens électoral. La jeunesse française contribua puissam.ment à ce mouvement. Intelligente, généreuse, enthousiaste, elle applaudissait les orateurs et les écrivains; elle-même fournissait à la presse quelques-uns de ses combattants; exclue de la participation légale aux affaires publiques, elle se jeta dans les voies périlleuses — périlleuses pour les citoyens, périlleuses pour la liberté — des conspirations et des agitations de la place publique. Que de sang généreux a coulé, que de nobles têtes sont tombées, sur les échafauds, sous le fer, sous les balles, depuis les Patriotes de 1816 jusqu'aux soldats improvisés des trois jours! Les écoles ont donné Lallemand, Farcy, Vanneau; l'armée, les quatre sergents de La Rochelle ; les ateliers Pleignier, Tolleron, Carbonneau, etc.
Jeunes hommes d'aujourd'hui, ne les oubliez pas. Si le teim^s a fait disparaître les circonstances
qui les poussèrent au sanglant sacrifice de leur vie, c'est un exemple utile et digne d'être suivi en tous les temps cpie celui du dévouement à la patrie mettant tous les autres intérêts au-dessous de l'accomplissement des devoirs civiques.
L*histoire de la Révolution, que vous connaissez tous, vous a appris comment les citoyens doivent combattre, triompher ou mourir pour l'indépendance de la patrie (1) : l'histoire de la Restauration, moins connue bien que plus récente, voue montrera comment la foi politique, la constance dans l'emploi des moyens légaux, la fidélité aux principes peuvent faire triompher les doctrines et les idées.
Puissé-je, par ces pages rapides et incomplètes, vous inspirer le désir de connaître et d'étudier plus amplement ce temps véritablement glorieux pour la nation française ! L'histoire complète en a été écrite par un maître : ceux d'entre vous qui voudront savoir plus liront le livre patriotique d'Achille de Vaulabelle. Frédéric Lock.
(1) Esl-il besoin de rappeler qne, pour ceux qui n'ont pas à leur disposition les grands ouvrages de Louis Blanc etdeMicheleL M. Carnol publie, dans la B(6/'oî/i('(/(/e m//7(?. un tableau substantiel et raisonné de ï'Hisloire de la Révolution ? — F. L. 1SG7.