VOTE I)E LA LOI DE RECRUTEMENT
Ce fut SOUS le coup de rémotion causée par cette vive explication entre le Roi et le comte d'Artois que la discussion s'ouvrit à la Chambre des pairs. Elle fut d'autant plus ardente que, la cour tout entière et les plus hauts dignitaires de la maison du Roi étant hostiles au projet que condamnaient plusieurs chefs militaires illustres, entre autres les maréchaux Macdonald et de Bellune, l'opposition avait l'espoir de triompher. MM. de (Ihateaubriand, de Brissac, Mathieu de Montmorency, de Talaru, de Fitz-James, attaquèrent avec un talent incontestable le recrutement, l'organisation de la résene, l'avancement à l'ancienneté, qui furent uon moins vivement défendus par MM. Mole, Pasquier, Gouvion-Saint-Cyi*et par le duc de Richelieu lui-même. Les arguments principaux pom* et contre avaient été produits à l'autre Chambre, ils ne purent donc être que reproduits. Cependant le duc Fitz-James amena par les paroles suivantes le maréchal Macdonald à s'expliquer sur la question de la réser\ e qu'on prétendait former des vétérans de l'Empire :
« La clef du système de M. le ministre de la guerre parait être cette réserye des yélérans rentrés dans leurs foyers et y jouissant d*ua honorable repos acheté par tant de gloire.
« Ayant si souvent vaincu à leur tète, M. le maréchal sait mieux que nous, sans doute, ce dont ils sont capables; mais il n'est pas plus pénétré quenoas delà reconnaissance que leur doit la France pour les exemples (le soumission, de fidélité et de patriotisme qu'ils ont donnés depuis leur libération... Mais enfin ils sont libérés, ils comptent sur la parole qui ienr aété donnée, cette parole fut sans condition; ils ont dû y croire, car elle était donnécau nom du Roi. Sur la foi de cet engagement, les uns se sont mariés, les autres ont repris avec transport les professions auxquelles ils avaient été enlevés... Tous ont fondé des espérances sur lenou- Teao genre de vie qu ils ont embrassé. M. le ministre de la guerre aurait-il la confiance qu*un tel espoir trompé ne leur donnera pas le droit tic crier à la violation de la foi promise? »
Ces paroles obligèrent naturellement le maréchal Macdonald, rapporteur de la loi, à prendre la parole, (l'était lui, je
Tai rappelé, qui avait présidé au licenciement de Tarmée de la Loire. Cet illustre chef militaire ne tint pas un autre langage que' le duc de Fitz-James :
• Je ne puis le taire, s*écria-t-il ; charge, dans un temps que j'ose à peine rappeler . d'une opération sans exemple peut-être dans rhistoirc militaire des nations, d'une opération qui, pour être nécessaire, n'en était pas moins douloureuse pour moi, j'ai donné a mes anciens compagnons d*armes l'assurance solennelle que les dispositions de l'acte de leur dissolution seraient fidèlement remplies, et qu'ils dénient saos réserve se confier aux promesses émanées du trône. Pourrais-je les abandonner après aToir.été témoin de leur héroïque résignation? Non, oiesr sieurs, ils apprendront que la Toix de leur général s'est Tait entendre aux pairs de France, aux gardiens de nos libertés, et ils sauront, j'ose l'espérer, qu elle ne s'est pas fait entendre en yain. »
Si une complète satisfaction ne fut pas donnée au maréchal Macdonald dans le texte même de la loi, puisque le titre relatif à la réserve, profondément modifié par la commission, fut voté, au fond des choses son avis et les réclamations de la droite prévaliu'ent, car, je Tai dit, ces modifications radicales déterminèrent le ministère à ne pas organiser la résene.
La discussion avait été tellement animée à la Chambre des pairs, que le ministère avait craint un moment pour le sort de la loi. Des amendements, entre autres celui de la commission qui proposait d'affranchir du service de la réserve les anciens soldats mariés ou ayant obtenu des congés définitifs, avaient été rejetés à une majorité de trois voix seulement (88 contre So'. Enfin, au dernier jour, les appréhensions du gouvernement étaient assez vives pour que le Roi crût nécessaire de prolonger sa promenade par un temps affreux pour empêcher trois haiiti' dignitaires royalistes qui étaient de service auprès de lui d'arriver à temps à la séance des pairs pour voter. Après le rejet de tous les amendements, Tensemble de la loi fut voté par 96 voix contre 74.
La loi de recrutement et d avancement, outre son impor-