CONCORDAT. — NOUVELLE NÉGOCIATION ENTAMÉE A ROME
par une sèche et froide analyse. Le motif qui le détermina à agir ainsi fut-il, comme on Ta dit, la réserve au moins apparente faite dans le bref, pour Thonneur des principes, en faveur du Concordat de 1817, qui semblait être plutôt considéré comme suspendu que comme abandonné? Ne faut-il pas plutôt le chercher dans ces vieux préjugés qui n'admettaient pas que des rapports directs pussent intervenir entre le Saint- Siège et l'épiscopat français , sans l'entremise du gouvernement ? Toujours estril que cette susceptibilité compromit et faillit empêcher le succès de la négociation. Dans ce résumé fait par la plume d'un commis, avec une sécheresse bureaucratique, aucune des louanges tendres et paternelles que Pie VII adressait au clergé français, aucune des marques de considération et de tendresse qu'il prodiguait au cardinal de Périgord, n'avaient été conservées : le bref qui, tout en indiquant le seul expédient par lequel on pût sortir de ce problème, prenait la forme d'une consultation affectueuse, avait reçu dans cette analyse maladroite celle d'un ultimatum hautain et dur. Quand le cardinal de la Luzerne eut lu cet étrange résumé, et qu'il l'eut communiqué à plusieurs évoques, le procédé même du gouvernement qui cachait au clergé fran- . çais un bref pontifical qui lui était adressé, et la rédaction naturellement suspecte de l'abrégé qu'on substituait à la pièce originale, et où l'idée de supprimer le Concordat de 1817 était hautement exprimée, l'indisposèrent si gravement, qu'il adressa au Roi un nouveau Mémoire dans lequel débordèrent les amertumes dont son âme était remplie. C'était, disait-il, comme son testament qu'il osait déposer dans les mains du Roi. Il insistait sur l'inutiUté des mesures proposées, dans la forme où elles étaient présentées ; on a vu que le résumé les avait dépouillées de toutes les considérations par lesquelles le Pape les motivait. Il rappelait qu'en pareilles circonstances les Papes avaient quelquefois consulté les évêques
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sur des mesures qui les touchaient de si près, et il fendêdt ainsi palpable la faute qu'avait commise le ministère en ne remettant pas au cardinal le bref original dans lequel le Pape avait satisfait au désir exprimé par M. de Périgord. Enfin il se plaignait qu'on eût caché au clergé ce bref qui lui était adressé. Sa lettre se terminait par ces douloureuses paroles :
« Ma course s'accélère péniblement, mes sens s*étcigiieut et s'éTanouissent dans la douleur, ma dernière heure a presque sonné et j'espère de rinfinie miséricorde du Seigneur que je vais entrer dans le lieu du repos. Quelle consolation pour moi. Sire, de voir avant mon sommeil cette célèbre Église de France, objet de tant de soupirs, ranimée par un nooTeaii souffle de l'Esprit-Saint, sortir triomphante par yos soins des obstacles opposés à sa gloire ! »
C'est ainsi qu'au moment où les obstacles s'aplanissaient à Rome, le ministère semblait prendre plaisir à en susciter de nouveauxàParis,enrendautproblématiquerenvoi de cette lettre des évoques de France, réclamée par le Pape coname la condition préalable de la bulle devant laquelle il voulait aplanir les voies avant de la lancer. Les choses restèrent dans cet état pendant la fin de 1818 et les premiers mois de 1819. Les évêques, avertis que le Pape avait écrit un bref à leur intention, demandaient à connaître ce bref avant de prendre un parti, et le Pape attendait la lettre des évèques pour agir. Cependant il était vivement préoccupé de la situation de l'Église de France, et une dépêche de M. Portails, datée du commencement de 1819, relatait une longue conversation du cardinal Consalvià ce sujet, et ne cachait pas l'insistance qu'il avait mise afin d'arriver à une solution de ce douloureux problème. Voici le résumé substantiel de cette communication :
« Le cardinal arait rappeli' une fois de plus que le Saint-Siége n'étiit pour rien dans la situation pénible où Ton se trouvait. L'abolition du Concordat de 1801, rétablissement du Concordat de 1817, la circonscription nouvelle, la nomination et Tinstallatiou des évéques destrenteefpAtre nouveaux siégel, cïtiiit la France ({Qi &nit font dèfnandë^ M qui
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après aToir tout demandé refusait tout. Mais, bien que le Pape ne fût coupable de rien, ses scrupules ne lui laissaient plus de repos quand il songeait à ce qui se passait en France, depuis un an. dans un grand nombre de diocèses : les pouvoirs eccl(^siastiqiies intervertis, des hommes sans misMon canonique 8*immisçant incompétemment dans Tadministration des Égiisesi tandis que les légitimes pasteurs nommés par le Roi, institués et préconisés par le Pape, étaient condamnés à l'inaction. Le Pape ne pouvait laisser se prolonger indéfiniment ce scandale. Sa Sainteté, appréciant les difficultés de la position du Roi, avait proposé un arrangement équivalant à un retour pur et simple an Concordat de 1801, Tbouneur du Saint*Siége restant sauf. 11 était impossible de croire que les évoques de France repoussassent une mesure proposée par le chef de l'Église et prissent la responsabilité des suites de Tinexécution prolongée de tout concordat. Si Tarrangement provisoire était refusé, comme il était évident que la négociation sur le fond serait longue^ le Souverain Pontife ne pourrait pas laisser l'Église gallicane en soufTrauce. Fidèle à son caractère patient et modéré, il ne réclamerait pas, comme il en aurait le droit, Texécution pleine et entière du Concordat de 1817, mais il pourvoirait, selon son devoir, à l'administration des diocèses, et il ordonnerait aux évëques légitimement institués d'exercer leurs fonctions. Le Pape n'agirait pas ainsi pour mettre à exécution, malgré le Roi, la circonscription de 1817: il avait prouvé qu'il ne tenait pas plus à cette circonscription qu'à toute autre, mais parce que l'Église deFrauce ne pouvait exister ?ans circonscription et sans évoques. »
Il était impossible de s'exprimer d'une manière plus sage, plus ferme, et, en même temps, plus conciliante et plus modérée. Dans cette communication du cardinal Consalvi, dont nous avons conservé, autant que nous l'avons pu, les propres paroles, on voit le Saint-Siège prêt à transiger sur ses droits, jamais sur ses devoirs, ouvrant une issue aux difficultés, et se montrant résolu d'aviser si l'on ne profite pas de cette issue, mais après avoir épuisé tous les moyens de conciliation. Il était indiqué dès lors que, grâce à la sagesse et à la mesure qu'avait mise dans cette affaire le Saint-Siège, tout se terminerait à l'amiable.
Ce ne fut cependant que le général Dessoles, sutccbseur du duc de Richelieu à la présidence du Conseil^ qui vit la fin de
cette longue négociation. Le ministère comprit que le i»eul moyen de sortir de l'impasse où l'on se débattait était de suivre le conseil de Rome et de réunir les évêques pour en obtenir la lettre au Pape. Mais on avait laissé les esprits s mgrir et Ton avait multiplié les griefs, de sorte que, lorsque les réunions des évêques présents à Paris eurent lieu, on se trouva en présence d'hommes mécontents, pleins de défiance et de craintes, sans pouvoir compter sur le cardin^d de Périgord, dont la patience était à bout. Il fut le premier à conseiller à ses vénérables frères de rédiger en commun une lettre au Pape, de le choisir comme arbitre et comme médiateur, mais en lui faisant connaître la situation où l'on plaçait les évêques, l'ignorance où on les avait laissés sur les intentions du Saint-Siège, et les périls que courait la religion. Ces idées prévalurent dans la rédaction définitive de la lettre composée par M. de Qwélew et revisée par une commission où figuraient MM. de Latil et de la Fare. On a voulu voir dans cette dernière circonstance le motif des paroles sévères que contenait la lettre des évêques sur la conduite du gouvernement. N'est^-il pas plus naturel de penser que cette sévérité se retrouvait dans les paroles parce qu'elle était dans l'esprit de tous les membres de la réunion épiscopale? Leur premier mouvement est de se plaindre amèrement de ne pas avoir reçu le bref qui leur était destiné, de ne rien savoir des volontés du Pape, des points sur lesquels il concède, des points sur lesquels il insiste. Quand il s'agit de Pic Vil, leur langage prend l'accent du respect le plus sympathique et le plus dévoué.
« Nous TOUS prions, Très-Saint Père, de nous aider do vos lumières, de nous affermir par votre autorité; nous vous en prions, nou-seulemcul comme le chef de TÉglise en qui nous faisons profession de recoDoailre et de respecter la primauté et la juridiction que Jésus-Cbrist vous a donnée, mais encore (ah! que la vénération que nous avons pour vos vertus nous permette de le dire!...) comme Tarbitre, le conciliateur, ic
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médiateur que, rassemblés en une seule fumillc, nous choisissons, en qui DOQs nous confions avec la plus grande sincérité, et dont l'avis, la décision, le jugement, Tcront notre force,. notre sfiretcî el notre consolation, n
Quand cette lettre fut remise au Roi par le cardinal de Périgord, ce prince se montra profondément blessé de la note de blâme dont était marquée la conduite de son gouvernement. Il eut même, dit-on, un instant la pensée de renvoyer la lettre ma évéques, et d'exiger d'eux une rétractation. Mais la réunion était dissoute, il fallait du temps pour la rassembler, pour ouvrir un nouveau débat, faire rédiger une nouvelle lettre qu'on n'obtiendrait peut-être pas. On résolut de se contenter de celle-ci, quelque mécontent qu'on en fût. Au fond, elle devait satisfaire le Pape, et c'était le grand point. C'est ce qu'écrivait M. Decazcs, alors ministre de l'intérieur, au car-' dinal Consalvi : « Le Roi a à se plaindre, mais non le Pape, qui a obtenu tout ce qu'il demandait. » Louis XVIII, qui croyait sa dignité et l'autorité de son gouvernement blessées par plusieurs paroles des évoques, se contenta d'écrire eu marge de leur lettre au Pape ime protestation qui se terminait par ces mots :
« Je suis loin de blâmer la confiance des évéques dans le Saint-Père. Personne n*en a plus que moi; je la dois au vicaire de Jésus-Christ sur la terre et les vertus de Pte VU me l'inspirent. Mais j'aurais voulu que les prélats de mon royaume en témoignassent un peu plus à leur Roi. »
Louis XVIII oubliait trop que c'était aux mauvaises manœuvres de son ministère qu'étaient dus tous ses embarras. Il y put à Rome, lorsqu'on reçut la lettre des évéques ainsi annotée, un premier moment d'étonnement et d'indécision. Le cardinal Consalvi objecta à MM. de Blacas et Portalis que les évéques, loin d'approuver l'arrangement provisoire, le critiquaient; qu'ils mettaient le pape dans une position difficile, en
protestant contre les articles organiques que le gouvernement français n'avait cessé de défendre contre les réclamations de Rome, en les représentant comme la sanction des doctrines de l'Église gallicane ; qu'enfin leur promesse d accepter la décision du Pape n'était pas assez absolue. Mais, comme Rome voulait avant tout mettre im terme à la situation fausse et fâcheuse où TËglise se trouvait en France, on arriva à une transaction. Il fut convenu que les deux plénipotentiaires français passeraient au cardinal Consalvi une note officielle dans laquelle ils assureraient au nom du Roi que toutes les difficultés étaient levées, qu'aucun évéque ne refuserait d'adhérer à l'arrangement provisoire pris par le Pape, que le Roi s'engageait à employer tous les moyens en son pouvoir pour abréger cet état provisoire et donner à l'Église de France un état convenable et définitif, comme aussi à augmenter, selon les formes constitutionnelles, le nombre des sièges épiscopaux, toutes les fois que les ressources de l'État le permettraient sans surcharger les peuples.
Une fois en possession de cette note, Pie YII déclara le différend teiminé. Dans le consistoire secret du 23 août 1819, il constata l'impossibilité où s'était trouvé le Roi de France d'exécuter le Concordat de 1817, prit acte de ses promesses pour l'avenir, et rétablit provisoirement le Concordat de 1801. En même temps il adressait un bref aux quarante évêqwes signataires de la lettre qui lui avait été écrite le 30 mai, les remerciait de leurs sentiments de respect, et leur annonçait sa décision. Ils y adhérèrent purement et simplement. Le II) septembre 1819 les bulles furent vérifiées au Conseil d'État, et l'Église de France se retrouva placée, après ces longues agitations, dans des conditions régulières.
Ainsi se termina cette aifaire imprudemment engagée, mal conduite et témérairement conclue par le ministère, qui ne sut ni prévoir les embarras où il allait se jeter, ni manœuvrer d«