L'EUROPE A LA FIN DE
leurs n'avaient pas dit leur dernier mot ; quelque chose de plus grave, voyant la liberté de la presse qu'il avait donnée déjà tournée contre lui parles anciens écrivains du bureau de r Esprit public de Fouché, dont le bonapartisme, à peine dépouillé des livrées impériales, revêtait la toge de la liberté; quelque chose de plus poignant encore, voyant les électeurs investis par la loi nouvelle du droit de nommer des députés lui envoyer, pour Taider à gouverner la monarchie, Manuel, ce conspirateur notoire ; le républicain La Fayette ; le général Grenier, un des membres du gouvernement provisoire à la fin des Cent-Jours, et avec eux plusieurs membres de cette Chambre des représentants qui avait voté le bannissement perpétuel de la maison de Bourbon, refoulait dans son cœur les souvenirs dû passé, les amertumes du présent, les inquiétudes de l'avenir, et se tournait vers l'Europe en disant : « Je réponds de mon peuple, laissez-moi seul avec la France. » C'était royal, c'était grand, c'était beau, et ceux qui ont si souvent injustement reproché aux Bourbons d'avoir été ramenés en France par l'étranger ne se sont pas assez souvenus que ce furent ces princes qui l'en firent sortir.
Les coalisés en sortaient sur la pressante invitation du Roi, mais ils conservaient les fortes positions offensives et défensives qu'ils s'étaient ménagées contre notre nation, en cas d'un bouleversement nouveau. Les murailles d'Huningue étaient détruites ; la ligne de forteresses construites contre nous en Belgique dans la prévision d'un nouveau cataclysme, continuait à s'élever, et le duc de Wellington avait rendu compte aux puissances, dans une conférence secrète à Aixla-Chapelle, de l'état où elles se trouvaient, en certifiant que les travaux avaient été si vivement poussés, qu'une année ne s'écoulerait pas sans qu'elles pussent servir efficacement à la défense de l'Europe. Les puissances s'étaient mises, en outre, d'accord sur les points où se réuniraient les troupes coalisées
492 CONGRÈS d'aix-la-chapelle.
pour commencer la campagne, dans le cas où les quatre cabinets engagés auraient proclamé l'existence du casus fœderis. Le corps d'armée anglais devait se rendre à Bnixelles, le corps d'armée prussien à Cologne, le corps d'armée autrichien à Stuttgard, et le corps d'armée russe à Mayence, dans un délai de trois mois, à cause de la distance. On avait poussé la précaution jusqu'à convenir des troupes qui occuperaient les places fortes nouvellement élevées ou agrandies pour la défense commune. Le roi des Pays-Bas serait invité, aussitôt l'existence du casus /(ceûferM déclarée, à occuper les forteresses d'Ostende, d'Ypres, de Nieuport et toutes celles situées sur l'Escaut, à l'exception de celles de Toumay et d'Anvers, qui devaient être occupées par l'Angleterre. La Prusse ferait occuper les places de Charleroi,Marienbourg, Philippeville, Hay, Namur et Dinant. L'Autriche promettait de faire connaître aux divers cabinets les travaux qui avaient été faits dans les forteresses italiennes et smtout dans celles confiées au Piémont, chargé sur notre frontière méridionale du rôle que remplissait la Belgique sur notre frontière du nord, le Piémont, la seconde sentinelle mise en faction devant la frontière de France par la coalition.
On le voit, le duc de Richelieu ne disait pas assez quand il écrivait : « La quadruple alliance dort , mais elle n'est pas morte. » La coalition était éveillée, elle prenait ses précautions, elle convenait de ses points de repère. Quand on étudie la carte de cette époque, on voit deux avant-gardes jetées sur nos flancs : le royaume des Pays-Bas, formé de la Hollande et de la Belgique; le royaiune de Sardaigne, formé du Piémont et de la Savoie. L'Allemagne nous surveille avec ses deux têtes, l'Autriche et la Prusse, conduisant l'Allemagne par la diète germanique composée de quarante membres quand il s'agit de questions capitales, de dix-sept seulement quand il s'agit d'affaires courantes. Les quarante sont, avec l'Autriche et la Prusse, la Saxe, la Bavière, le Hanovre, le Wurtemberg,