LA FRANCE A LA FIN DE
Bade au sujet d une question territoriale ; elle fut résolue, au moins en principe, à l'avantage du duché de Bade qui garda l'intégrité de son territoire, et le roi de Bavière dut se contenter d'une indemnité pécuniaire; son puissant beaufrère l'empereur Alexandre se chargea lui-môme de lui notifier la décision des cours, en ajoutant dans une lettre autographe que tt ces arrangements étaient hautement réclamés par la stricte équité et les intérêts intérieurs et extérieurs de l'Allemagne. »
Au moment de fermer les assises diplomatiques d'Aix-la- Chapelle, où, avant d'être affranchie de l'occupation européenne, la France a dû comparaître, il ne sera pas sans intérêt d'esquisser la carte de l'Europe telle que l'avaient faite les traités de 1815 et les derniers arrangements pris entre les quatre grandes puissances. Quand on considère le passé, c'est un point d'arrivée ; un point de départ, quand on considère l'avenir.
Pour la France, sa position n'est pas changée depuis le traité de Paris, c'esl^à-dire qu'elle demeure renfermée dans ses limites de 1792. Elle a perdu ce que le consentement de l'Europe y avait ajouté en 1814 du côté delà Savoie, et même son ancien territoire est entamé : car Landau et tout le territoire situé sur la rive gauche de la Lauter nous sont enlevés, et les fortifications d'Huningue doivent être démolies. C'est le résultat de la funeste aventure des Cent-Jours, et notre patrie a été exposée à subir des extrémités bien autrement cruelles, dont la maison de Bourbon l'a seule préservée par son retour. Le duc de Richelieu put en offrir à Louis XVIII la preuve écrite quand il arriva d'Aix-la-Chapelle. Dans un de ses épanchements intimes avec le plénipotentiaire français qu'il traitait en ami, Alexandre lui remit une carte sur laquelle étaient marquées les mutilations désastreuses qu'on voulait d'abord pratiquer sur la France, en ajoutant avec cet accent caressant
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qu'il avait toujours quand il parlait de notre pays : « Yoilà, mon cher duc, à quoi nous avons échappé *• » On nous enlevait Lille, Metf et Strasbourg, avec deux lieues en deçà sur toute la ligne, depuis la Flandre jusqu'à l'Alsace, et on faisait ainsi reculer notre frontière sur toute cette ligne devant la Belgique, la Prusse et la Bavière *. Nous avions échappé à ce démembrement de la France de Louis XIV. Sauf quelques enclaves, nous conservions l'intégrité de notre territoire, et après le congrès d'Aix-la-Chapelle, comme le dit Louis XVIII avec un sentiment d'indicible fierté, on n'y vit plus flotter que le drapeau français. Le duc d'Angoulême envoyé par le Roi, son oncle, pour reprendre possession, au nom de la France, de MeU, de Thionville et des autres villes devenues les centres de l'occupation étrangère, fut reçu avec enthousiasme par les populations, et avec beaucoup de faveur à Aix-la-Chapelle, où il avait un moment paru. Les troupes russes, après avoir été passées en revue par Alexandre, s'étaient acheminées vers leur pays; les autres troupes de la coalition, dont le duc de Wellington avait pris congé par un ordre du jour daté de son quartier général, avaient effectué aussi leur mouvement pour repasser la frontière. Il n'y avait plus d'étrangers en France. Le chef de la maison de Bourbon, qui avait préservé le territoire national d'un démembrement, venait d'avancer, en se portant caution de son peuple, l'heure de sa délivrance. L'esprit de parti a pu méconnaître, mais il ne saurait cacher à l'équitable postérité ce qu'il y avait de magnanimité dans la conduite de ce vieux Roi qui, sentant encore vaciller sous ses pieds le sol national auquel les Cent-Jours avaient imprimé un si violent ébranlement, averti par les mouvements de Grenoble çt de Lyon que les conspira-
1 . Vie du comte d'Hauterive, par le chevaUer Artaud de Monlor.
2. M. de Chateaubriand dii dans le Congrès de Vérone, tome II, page 432 : « J*ai vu de mes propres yeux cette carte dans les mains du noble négociateur. •