‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 146 sur 172 · UYELLES TENDANCES DU DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

UYELLES TENDANCES DU DUC DE RICHELIEU

contre chacun des grabds États qui l'entourent : il n'y a que leur coalition qui puisse l'accabler.

CRISE MlNlSTéRlBLLE.

Ce qui .fait la force des hommes politiques, ce n'est pas l'importance des services rendus, c'est l'importance des services à rendre. Certes, le duc de Richelieu revenait d'Aixla-Chapelle, à la fin de novembre 1818, avec les droits les plus évidents à la reconnaissance de son souverain et de son pays. C'était à son influence sur Alexandre, à la confiance que le Czar accordait à sa parole, que Louis XVIII et la France devaient l'évacuation du territoire national; c'était là son œuvre. Tant que cette œuvre n'était pas accomplie , il avait eu sur le cabinet, dont il était le président , l'inlluence souveraine qu'ont toujours les ouvriers des tâches nécessaires. Il était donc habitué à voir son opinibn acceptée sans résistance dans le Conseil, quand il l'avait exprimée comme définitivement arrêtée. Il comptait retrouver ses collègues dans la disposition où il les avait laissés, et il ne se rendait pas compte du changement que pouvait avoir opéré dans l'esprit de quelques-uns d'entre eux le succès même qu'il avait obtenu, en rendant sa présence moins indispensable au cabinet. Le duc de Richelieu revenait d'Aixla-Chapelle avec des idées faites sur la situation intérieure, dont il ne s'était pas beaucoup occupé jusque-là : car il était tout entier à sa mission extérieure. Personne ne s'était plus ému que lui à la nouvelle du résultat des dernières élections. Il avait soigneusement caché sans doute ses impressions aux plénipotentiaires étrangers et aux souverains. Ce n'était pas

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au moment où il demandait révacuatton du territoire qu'il devait laisser percer ses inquiétudes sur l'état intérieur de la France ; mais il se promit dès lors d'aviser, à son retour, à un péril dont il ne méconnaissait plus la gravité. Il repassait dans son esprit les menaces que contenait cette élection. Quoi ! Manuel, l'homme de la Chambre des Cent-Jours, soupçonné, non sans raison, de conspirer, était nommé par deux départements, où la majorité de la population était notoirement royaliste, la Vendée et le Finistère ! C'était la Sarthe, autre pays où les amis de la maison de Bourbon étaient aussi en grand nombre, qui envoyait le général La Fayette ! Plusieurs autres noms, connus dans les Cent-Jours ou dans la Révolution, reparaissaient aussi sur la scène! En résumé, ceux qu'on appelait les indépendants^ et dont la plupart auraient pu être appelés à bon droit des bonapartistes ou des révolutionnaires, gagnaient quatorze voix sur la droite, cinq sur le ministère. Cette élection était la seconde pierre de touche de la loi électorale, el, sans que le duc de Richelieu voulût encore se l'avouer, celle de l'ordonnance du S septembre.

Le duc de Richelieu n'avait pas cessé 4'écrire, avant et pendant les élections, à M. Decazes, pour insister sur l'urgence de faire tôte au nouveau péril qui menaçait la monarchie, en avertissant le Conseil que « si, par malheur, des noms révolutionnaires venaient à sortir de l'iu'ne, il serait impossible d'empêcher les souverains de prendre des précautions contre l'éventualité d'une nouvelle révolution en France » , et l'on a vu, par le renouvellement de la quadruple alliance, qu'il avait bien jugé la disposition des quatre grandes cours. Après les élections, il écrivit à ses collègues que désormais son opinion était fixée d'une manière absolue. Il était impossible de marcher avec les indépendants, qui répondaient à la poUtîque vraiment libérale suivie par le Roi, non par des choix libéraux, mais par des choix hostUes à la maison de Bourbon.

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Ceux-là n'étaient pas seulement, comme les hommes de la droite, les ennemis du ministère; ils étaient les ennemis de la dynastie. Si cette progression continuait, sans nul doute qu'en 4821 ils n'eussent la majorité dans la Chambre. On aurait donc une révolution qui certainement amènerait une invasion, et, à la suite, le démembrement de la France. a Nous avons battu l'aile droite, ajoutait-il ; elle est à terre ; laissons-la en repos, et réunissons nos forces contre l'aile gauche, bien autrement redoutable, car elle a ses réserves df^iTière elle. » Le système dès lors avoué du duc de Richelieu était un rapprochement entre le centre droit et la droite, qui, sans livrer la direction politique à cette dernière, raUierait sous le même drapeau tous les hommes dévoués à la monarchie.

On écrivait, il est vrai, de Paris au chef du cabinet que les honunes de la droite avaient été cause du résultat des dernières élections, par la répulsion qu'ils inspiraient. Mais dûton même oublier que les accusations accréditées contre eux par le ministère, qui les avait signalés comme les ennemis de la société moderne, avaient beaucoup contribué à cette répulsion là où elle existait, il était impossible d'admettre cette explication. Les hommes de droite étaient en minorité dans la Chambre ; ils ne comptaient pas un seul membre dans le ministère ; ils ne pouvaient donc avoir compromis le gouvernement auprès des électeurs. Pour que la raison donnée par leurs accusateurs fût bonne, il aurait fallu que les sièges perdus par la droite eussent été gagnés par le parti ministériel. Tout au contraire, ils étaient gagnés par l'opposition de gauche qui, en outre, avait conquis quatre sièges ministériels, de sorte que le résultat de la loi d'élection était celui-ci au commencement de novembre 1818 : la droite, dont tous les membres étaient dévoués à la royauté, le duc de Richelieu était le premier à le reconnaître, disparaissaient peu à peu de la Chambre ; le parti ministériel s'y affaiblissait; la gauche, qui eomp-

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tait dans son sein des ennemis de la dynastie, grandissait seule; elle se grossissait à la fois des pertes du ministère el des pertes beaucoup plus nombreuses de la droite.

A ces considérations, qui firent une vive impression sur l'esprit du duc de Richelieu, il faut ajouter Tinfluence que commençait à exercer sur lui un homme d'un caractère aimable et d'un esprit fin et pénétrant qu'il avait amené comme un de ses secrétaires, à Aix-la-Chapelle, le baron Mounier, fils de celui qui avait joué un grand rôle en 1789, au commencement de la Constituante. M. Mounier avait appartenu jusque-là, par ses opinions, au centre gauche ; dès que le résultat des élections fut connu à Aix-la-Chapelle, il déclara qu'il passait au centre droit et que, dans son opinion, il ne restait plus qu'un moyen de salut, c'était de s'appuyer sur la droite. Son opinion ne pouvait être suspecte, car il sortait de l'administration impériale, et le duc de RicheUeu se sentit confirmé dans ses appréhensions et dans son appréciation par celles de M. Mounier. Dès ce jour, il renonça à sortir du ministère ; en présence du péril qu'il apercevait, c'était pour lui un devoir d'honneur d'y rester; le Roi n'eut donc aucun effort à faire pour le retenir. Il espérait en arrivant trouver tous ses collègues pénétrés des mêmes idées que lui, mais il se trompait complètement sur ce point.

J'ai dit que, depuis longtemps déjà, il y avait une droite et une gauche dans le ministère, et que la droite était formée du duc de Richelieu et de M. Laine, tandis que la gauche était formét' de MM. de Gouvion-Saint-Cyr, Pasquier, Mole, groupés autour de M. Decazes : je ne parle pas de M. Corvetto, qui, sous le coup d'une santé délabrée et de la responsabilité de la manœuvre financière des reports qu'il avait cru pouvoir se permettre pour soutenir les fonds, ne songeait qu'à se retirer et demandait instanunent un successeur. Le mouvement qui portait le duc de Richelieu et M. Laine à se rapprocher de la

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