‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 152 sur 172 · DISCOURS DU TRONE · texte numérisé non relu

DISCOURS DU TRONE

les principes pernicieux qui, sous le masque de la liberté, attaquaient Tordre social et conduisaient par Tanarchie au pouvoir absolu, étaient les principes de droite. Thèse paradoxale, plus digne d un sophiste que d'un pubUciste. Les ministres semblaient dififérer de plus en plus une discussion qui allât au fond des choses, comme des gens qui évitent de s'expliquer parce qu'ils sont sûrs de ne pas s'entendre. Cependant il était impossible de marcher sans savoir quel chemin on prendrait, quel but on voulait atteindre. Il y eut im premier conseil le 42 décembre. M. Pasquier, — c'est au mémoire de Louis XVIII que nous empruntons ces détails, — parla le premier, peignit avec beaucoup de force la gravité des circonstances, mais sans conclure. M. Roy fit de môme. Le maréchal de Gouvion Saint-Cyr opina pour rester ferme dans^a ligne suivie jusque-là. MM. Richelieu et Laine furent d'avis de se rapprocher du coté droit, et par conséquent de proposer un changement dans la loi d'élection; M. Mole, qui depuis quelques jours s'éUiit détaché du groupe de M. Decazes, opina dans le môme sens; on remit la délibération au surlendemain, 4 4 décembre, JQur où l'on se réunit, mais sans réussir davantage à s'entendre. On décida seulement que les questions objet du litige seraient soumises au Roi, le jour où il présiderait le conseil.

Les ministres n'avaient pas songé à une chose : c'est que les Chanabres qui étaient rassemblées ne s'arrêteraient pas pour les attendre, et qu'elles prendraient Tinitiative que lé (iouvemement semblait abandonner. C'est ce qui arrive toujours : quand les assemblées ne sont pas conduites, elles conduisent. Danç la Chambre des députés, M. Ravez, porté par la droite et le centre droit, obtint plus de voix au scrutin de la présidence que M. d Serre ; à la Chambre des pairs, les cardinalistes unis à la droite l'emportèrent dans la formation du bureau et firent passer leurs candidats, qui étaient le

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duc de Doudeauville ', M. de Véiac, le duc de Belluae et M. de Pastoret. La même coalition élut comme membres de la commission d'adresse MM. de Talaru, le vicomte Mathieu de Montmorency, MM. de Fontanes, de Pastoret et de Rosambo ^. Le duc de Richelieu, encouragé par ces choix, proposa au Roi de nommer président de la Chambre des députés M. Ravez, qui lavait emporté de quelques voix sur M. de Serre. « Il m'était impossible de ne pas nommer M. Ravez, dit Louis XVIIl dans son mémoire, j'eus le tort de me trop presser de le dire, ou le duc de Richelieu celui de Taîmoncer à M. Ravez avant que l'affaire fût décidée en conseil. Cette double imprudence fit triompher les ultra-royalistes, qui, voyant le choix qu'avait fait la Chambre des pairs et celui-là, car il faut le dire, M. Ravez était du nombre de ceux qui s'étaient laissé entraîner, ne doutèrent plus de la victoire. »

On voit ici apparaître la situation dans toute sa netteté. Louis XVIII était avec M. Decazes et la partie du ministère qui voulait persister à marcher dans la route oii l'on était entré par l'ordonnance du S septembre , et où Ton avait fait uu nouveau pas plus décisif, par la loi d'élection, et à exclure la droite. Le duc de Richelieu marchait dans le sens contraire parce qu'il craignait d'être précipité dans la révolution. Il était sûr d'avoir la majorité dans la Chambre des pairs, mais, malgré l'avantage que M. Ravez avait obtenu sur M. de Serre, la chose était beaucoup plus douteuse dans la Chambre des députés. M. Ravez était, comme M. de Sen*e, un homme des centres ; il avait combattu la droite dans les précédentes ses-

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