LES DISSIDENCES SE DESSINENT DANS LE MINISTÈRE
sions ; il était possible que la supériorité bien faible qu'il avait obtenue au scrutin, 97 voix contre 93, ne fût qu'une surprise. Il y avait une grave question qui restait obscure : que ferait la majorité des députés nommés contre la droite dans les élections générales et dans deux réélections partielles, quand elle verrait clairement qu'elle allait rouvrir les avenues du pouvoir et de l'administration à ceux qu'elle avait systématiquement exclus depuis la fin de 1816? Il ne faut pas perdre de vue, en effet, sous peine d'oublier la place que les intérêts personnels trouvent dans les affaires humaines, que les hommes venus de l'administration impériale et le bataillon qui marchait avec les doctrinaires appréhendaient les hommes de la droite comme de dangereux compétiteurs dans la carrière des fonctions pubUques.
Apfiès la victoire du 16 décembre au scrutin de la présidence, le duc de Richelieu crut sans doute qu'il entraînerait M. Decazes dans le mouvement politique qui pouvait seul, selon lui, sauver la monarchie ; il parut inopinément à la soirée du ministre de la poUce, il se montra fort obligeant pour lui, il alla le voir le lendemain, 17 décembre, et après une explication ils s'embrassèrent. Ces brusques revirements, ces démonstrations contradictoires, ont toujours de graves inconvénients en politique, parce qu'ils jettent de la confusion dans les affaires et de l'indécision dans les esprits. Les personnes se rapprochent en vain quand les questions les séparent. Dans le conseil du jeudi 18 décembre, qui fut tenu aux Tuileries, devant le Roi, les divergences reparurent. MM. Decazes et de (louvion Saint-Cyr se prononcèrent nettement pour le maintien de la loi d'élection et contre tout changement apporté à la ligne adoptée depuis deux ans. M. Mole déclara, avec la même netteté, qu'il croyait impossible de rester dans la ligne suivie jusqu'à ce moment, et exprima l'avis qu'il fallait pencher vers la droite, sans se dissimuler que c'était se donner des maîtres,
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mais eu ajoutant qu'entre deux maux il fallait choisir le moindre. Il fut facile de voir par les paroles du duc de Richelieu qu'il partageait Topinion de M. Mole, mais il ne conclut pas d'une manière aussi nette. Alors M. Laine , grand orateur, mais politique médiocre, exprima la pensée qu'il fallait planter le drapeau ministériel et tendre la main à droite et à gauche. Ce n'était point là une ligne, c'était une phrase. On ne peut tendre la main à la négation et à l'affirmation, et marcher à la fois en deux sens contraires. Louis XVIII prit la phrase de M. Laine pour une idée et s'en saisit. Ce sont ses propres paroles dans le mémoire déjà cité :
I Je me saisis de l'idée de M. Laioé. Plantons, dis-je, notre dnpeao sur l'ordonnance du 5 septembre 1816. Continuons à suivre la ligne qui nous a réunis jusqu'à présent. Tendons toujours la main à droite et à gaache en disant avec César : t Celui qui n'est pas contre moi Sstarec c moi. » Ainsi se termina ce conseil. J'eus la bonhomie de croire qae toute discussion dans le ministère allait cesser; on yerra combien je me faisais illusion, i
On le vit dès le lendemain. Ces deux mains que le Roi parlait de tendre, les deux nuances rivales les prenaient, nou pas pour se laisser attirer au ministère , mais pour l'attirer à lui. Le lendemain de la séance du Conseil, c'est-à-dire le 19 décembre, on nommait à la Chambre des députés les vice-présidents et les secrétaires. Les doctrinaires et les membres influents du centre gauche avaient eu le temps de se concerter avec la gauche; MM. ftoyer-Collard et Courvoisier s'étaient donné beaucoup de mouvement pour amener une entente, et il est permis de croire, malgré certaines dénégations *, que M. Decazes n'était pas resté inactif dans une cir-
1 M. de Barante, dans la Vie de M, Aoyer-Co/Zard, ei prima ropinioaeon- Iralre et accuse M. Laine et le duc de Richelieu d'avoir été injustes eo supposant à M. Decasesune influence sur ce mouvement. C*esl attribuer, ce me 8elnbi^ à M. Deeaies, l*un des hommes les plus habUes de son temps dans la tactique