‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 155 sur 172 · LE MINISTERE SE RETIRE EN MASSE · texte numérisé non relu

LE MINISTERE SE RETIRE EN MASSE

constance où son avenir ministériel était en jeu. D'un autre côté, M. de Villèle assure, dans les notes manuscrites prises à rheure même où les choses se passaient, que « la visite de M. le duc de Richelieu à M. Decazes disloqua la coalition et fit manquer l'entente de la droite et des centres pour la nomination des vice-présidents et des secrétaires '. » Ce qu'il y a de certain, c'est que la fraction du parti ministériel restée attachée à M. Decazes, s'étant unie à la gauche, battit la fraction des centres unie à la droite, et emporta la nomination de tous les vice-présidents, hors un seul, M. Blanquai't de Bailleul, et que M. de Saint-Aulaire fut nommé l'un des secrétaires de la Chambre. Le duc de RicheUeu, c'est Louis XVIIl lui-même qui le raconte, en conçut tant d'humeur, que le lendemain de ces nominations (c'était le dimanche 21 décembre) cdl parla aussi avec amertume de M. Decazes, accusant à peu près celui-ci d'être l'âme de ces choix. Je sentis bien alors, continue le Roi, que la scission était faite sans remède. »

La vérité de la situation, qui s'était manifestée dès le premier jour, s'imposait maintenant : le ministère, moralement dissous, allait l'être matériellement. Le lendemain, en effet, 21 décembre 1818, le duc de Richelieu écrivait à Louis XVIII pour lui envoyer sa démission; sa lettre était ainsi conçue :

« C'est avec un extrême regret, mais avec une détermination irrévocable, que je supplie Votre Majesté d'accepter la démission du poste que j'occupe, que je viens mettre à vos pieds. La conviction infime où je suis de ne pouvoir plus être d'aucune utilité à votre service, Sire, ni an bien dn pays, me détermine à cette démarche. J'espère que Votre Majesté voudra bien me faire dire à qui je dois remettre le portefeuille

politique, plus de candeur qu'il n'en avait. Ck)mment peat-on supposer raisonnablement que MM. de Richelieu et Laine auraient agi pour faire élire M. Ravez, et que M. Decazes n'aurait pas agi pour faire élire son beau-père M. de Saint- Aulaire? L'ancienne majorilé ministérielle était dissoute, il était tout simple que M. Decazes conduisît la fraction qui marchait avec lui. 1 • Documents inéditt.

516 CONGRÈS d'aix-la-chapelle.

(les affaires étrangères. Les circonstances dans lesquelles je Fai accepté et tout ce qui s'est passé depuis trois ans doivent prouver à Votre Majesté que, si je la supplie de me permettre de me retirer aujourd'hui, ce n'est faute ni de dévouement ni de courage. ■

Cette lettre déterminait naturellement la dissolutioD du ministère. Dans la journée même, le Roi reçut les démissions de MM. Mole, Laine et Pasquier, et le lendemain M. Decazeslui adressa la sienne, qui était ainsi conçue :

I Une lettre de M. le comte Mole à M. le baron Pasquier m'appreud que M. le duc de Richelieu a prié Votre Majesté d'agréer sa démission. Cette détermination, si elle pouvait être irrévocable et avoir l'assentiment du Roi, me forcerait à mettre à ses pieds le portefeuille qn*il a bien voulu me confier depuis trois ans. Rien au monde ne pourra m*engager à rester un instantau ministère après M. le duc de Richelieu. Votre Majesté, qui connaît ma résolution à cet égard, a bien voulu l'approuver. Je le dois d'autant plus que la divergence d'opinion sur quelques points, ou plutôt sur un point entre les ministres, et particulièrement entre M. le duc de Richelieu et moi, a seule pu causer cette détermination. Du moment que cette divergence a commencé à paraître, j'ai manifesté au Roi et à M. le duc de Richelieu l'intention de me retirer. Je dois l'exécuter aujourd'hui et ne pas priver le Roi des services de M. le duc de Richelieu, bien sûr que Votre Majesté est certaine, et aussi M. le duc de Richelieu lui-même, que tous les deux me trouveront toujours prêt, hors du ministère, comme dedans, à faire tout ce qui sera utile au service de Votre Majesté et au succès de son gouvernement, auquel j'appartiendrai de cœur et d'intention, comme j'appartiendrai de cœur et d'âme à Votre Majesté, tant que j'aurai une goutte de sang dans les veines. Do reste, je vais ches M. le duc de Richelieu pour lui donner une dernière preure de l'abnégation de moi-même que j'apporterai toujours au service de Votre Majesté. »

Ces deux lettres portaient la marque des deux caractères et l'empreinte des deux situations. Celle du duc de Richelieu est brève comme un adieu définitif, précise et ferme comme une résolution arrêtée. Celle de M. Decazes est convenable, mais plus verbeuse ; elle revient, à plusieurs reprises, sur la résolution de quitter le ministère en même temps que le duc dt»

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