RETRAITE DU DIX DE FELTRE
que pour le rendre fort il fallait le rendre homogène. Avec M. Mole à la marine et le maréchal Gouvion Saint-Cyr à la guerre, il devenait inébranlable. En outre, les hommes des Ce&Wours apprenaient, par l'entrée de M. Mole aux affaires, que s'ils se ralliaient de bonne foi à la monarchie légitime, la porte leur était ouverte et qu'ils pouvaient parvenir à tout. Deux circonstances surtout favorisèrent les efforts de M. Decazes : le mauvais effet que produisit le concordat sur les nouveaux amis du ministère; l'approche des élections du cinquième sortant qui, comme le ministre de la police le fit observer, était une épreuve sérieuse pour le cabinet, à qui la prudence conseillait de se conciUer par ime mesure désirée et attendue les suffrages des électeurs. Après avoir assez longtemps hésité, le duc de Richelieu prit tout à coup son parti, et, le 12 septembre 1817, i^peu moins de trois mois après s'être séparé de M. Dubouchage, il se sépara du duc de Feltre, et fit annoncer dans le Moniteur que M. Mole devenait ministre de la marine, et le maréchal Gouvion Saint-Cyi' ministre de la guerre. Les choses se passèrent aussi secrètement que pour l'ordonnance du S septembre , et ce fut en même temps que le public et par la feuille officielle que JIowsiEUR, frère du Roi, la Cour et le corps diplomatique apprirent la nouvelle modification ministérielle. Ces changements dans le ministère furent précédés, accompagnés ou suivis de modifications dans les sphères supérieures de l'administration. MM. de Curzay, de Sartiges, Paillot de Loines, deFloirac, et deux autres hommes de la droite, furent successivement éliminés de leurs préfectures dans les mois de juin, de juillet et d'août. On se préparait aux élections. Pour compléter cette série de destitutions et de nominations, le gouvernement remplaça M. Tabarié au sous-secrétariat de la guerre par M. Allant; M. de Chabrol fut nommé, comme on Ta déjà vu , sous-secrétaire de l'intérieur en remplacement de
M. Becquey, qui succéda à M. Mole dans la direction des ponts et chaussées; M. de Mirbel, nous avons déjà eu occasion de le dire, remplaça M. Bertin de Vaux comme sous-secrétaire d'État de la police ; et M. Yillemain , dont les liens avec M. Decazes étaient étroits, obtint la direction de la librairie, d'autant plus importante que la presse relevait de cette direction. Séparé de la droite et ne pouvant aUer jusqu'aux nuances confondues sous le nom générique d'indépendants, dont les exigences lui paraissaient intolérables et dont les arrière-pensées politiques lui .étaient suspectes, M. Deeazeî» était obligé par la force des choses à s'arrêter à mi-côte de la pente et à accepter les doctrinaires pour auxiliaires, car ils lui fournissaient ce dont il ne pouvait guère se passer dans un gouvernement de publicité : des écrivains et des orateurs. C'est ainsi que MM. Camille lordan, Guizot, Allent, Maine de Biran, fiu'ent appelés au conseil d'État, où siégeaient déjà MM. Royer-Collard et de Barante.