RENVOI DE M. DE CHATEAUBRIAND
était entièrement aux ordres du roi, soit pour se retirer à l'instant, soit pour tout ce qu'il jugerait d'utile à son service, et il demanda et obtint la permission d'aller rejoindre ses collègues à la chambre des députés, où ifs soutenaient la loi de la septennalité.
Ainsi, le succès qu'avait espéré la coalition était moins complet qu'elle ne l'avait cru. La loi avait échoué, mais M. de Villèle n'était point renversé. 11 est vraisemblable que, dès le jour même, la résolution du roi fut connue à la cour. M. de Villèle raconte^ en effet, que le soir du rejet de la loi des rentes qui était son jour de réception, il eut plus de monde dans ses salons qu'il n'en avait encore eu jusque-là.
« J'eus un monde fou à ma réception, écrit-il dans ses notes, particulièrement la plus grande partie des pairs de cour qui, entrés dans le complot du rejet, arrivèrent en foule mémo avant que le dîner que nous donnions ce jour-là fut terminé, l'œil momc et la tête baissée, montrer leurs regrets de l'acte dont ils venaient se condouloir. J'étais fait à ce manège. Quand je trouvais un de ces courtisans plus prévenant que d'ordinaire dans mes apparitions chez le roi, je me demandais quel tour il m'avait joué, et souvent je le découvrais dans la conversation avec Sa Majesté. »
Le rejet de la loi des rentes, si grave qu'il fût en lui-même, devait entraîner des conséquences plus graves encore. On a vu l'attitude que M. de Chateaubriand avait gardée pendant toute la discussion. Ses amis, à la chambre des pairs comme à la chambre des députés, s'étaient montrés ouvertement hostiles, et dans les derniers moments du débat, M. de Nicolaï, sur lequel on connaissait son influence, avait parlé contre le projet. Il a expliqué depuis, dans le Congrès de Vérone^ qu'il avait toujours été contraire en principe à la loi, mais que par suite de la confiance qu'il avait dans les lumières financières de M. de Villèle, il s'était décidé à la voter en silence, sans prendre la parole pour la défendre. Dans les
conditions où Ton se trouvait placé, c'était voter pour, en assurant la majorité à ceux qui votaient contre.
J'ai curieusement recherché, dans les correspondances inédites de M. de Chateaubriand, que j'ai été à portée de consulter, les motifs de sa conduite dans cette circonstance. II est difficile d'admettre qu'il ait été toujours contraire à la loi, car s'il en avait été ainsi, il n'aurait pas pressé M. de Villèle de terminer ses arrangements avec les banquiers, afin que le roi put annoncer la conversion dans le discours de la couronne. 11 est plus probable qu'en voyant la grande opposition qui s'organisait contre cette mesure, il commença à se mettre è l'écart pour réserver sa fortune politique dans le c^s où M. de Villèle viendrait à échouer. Nous trouvons dans une lettre adressée dès le 7 avril 1 824, au prince de Polignac, ambassadeur à Londres, le premier indice du mouvement qui se fait dans les idées de M. de Chateaubriand, relativement à la loi des renies: « Je vous écris, dit-il, de la chambre des pairs où nous nommons la commission pour la septennalité. Elle a disparu au milieu du bruit que fait la réduction des rentes. » Dans la même correspondance ' nous rencontrons, à la date du 13 avril, la même pensée qui vient s'accentuer plus vivement : « Nous ne parlons ici que de la rente dans laquelle nous sommes un peu embaboiiinés pour être allés trop vite. » Cette pensée préoccupe tellement l'esprit de M. de Chateaubriand qu'elle devient une obsession et que, quatre jours après, il écrit encore au prince de Polignac en parlant de M. Decazes : « Ce n'est ni un homme d'esprit, ni un homme de talent; c'est un Gascon étourdi et médiocre. Dans ce moment, il intrigue beaucoup à propos de la réduction des rentes qui rencontre une grande opposition. Nous avons été un peu ti'op vite. » Le 3 mai les préoccupations de M. de Chateaubriand s'aggravent :
1. Nous devons la communicaUon de ces documents inédiU à.H. le duc do Polignac, nis aîné du prince.
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c< Le roi, écrit-il au prince de Polignac, est comme vous Tavez \u cent fois, ni mieux ni plus mal. Il a aujourd'hui soutenu à merveille les fatigues de la journée ; nous n'avons qu'une affaire ici, celle de la réduction des rentes. La loi passera aujourd'hui ou demain (à la chambre des députés) à une grande majorité, mais nous sommes devenus bien impopulaires. » Le 10 mai, notre ambassadeur à Londres ayant demandé un congé, M. de Chateaubriand lui répond : « Ne songez pas, noble prince, à revenir. Quand je pourrais vous obtenir un congé, je ne le voudrais pas pour vous dans ce moment. 11 ne fera bon ici que dans un mois. Croyez-moi, ni pour vous, ni pour moi, la demande d'un congé ne vaudrait rien. On nous le refuserait, et il resterait dans l'esprit du roi môme une impression qu'il importe de ne pas faire naître. Dans un mois, ce sera tout autre chose. Le parlement sera fini, Talaru en route pour Paris, la loi des rentes passée ou rejetée. Les raisons ne nous manqueront pas. »
On le voit, dès le 10 mai, avant le dépôt du rapport du duc de Lévis, M. de Chateaubriand acceptait, avec une indifférence qu'il ne prenait point la peine de dissimuler et comme un homme désintéressé dans la question, l'altenaative de l'adoption ou du rejet de la loi des rentes présentée par le cabinet dont il était membre. Ce fait est grave, et la persistance à refuser à M. de Polignac le congé que celui-ci demande est peut-être plus grave encore. « Pour rien au monde, écrivaitil le 13 mai, je ne pourrais vous autoriser à venir dans ce moment. Je suis désolé de cette contrariété, mais il y va de vous et de moi, et je ne puis jouer cette partie pom* une affaire de famille, attendez une semaine \ »
1. Nous troQYoas, en effet, dan» les papiers politiques de M. de Villèlc, la Irace d'une lettre de M. dii Laborie que 51. de Villèle résume ainsi : « Je reçus, le 2 Juin, d'un des intermédiaires du prince de Polignac (arrivé à Paris le 29 mai) une lettre oàil me propose, comme ia plus belle chose du monde et le
Ce ne fut que le 20 mai que M. de Chateaubriand écrivit au prince de Poiignac que le roi consentait à ce qu'il vint passer quinze jours à Paris, mais à partir de la fin du mois de mai seulement. Encore paraissait-il trouver sa présence prématurée. Comment ne pas voir dans cette préoccupation si vive au sujet de la présence de M. de Poliguac, à Paris, pendant la discussion de la loi sur la conversion des rentes, le contrecoup de la crainte qu'éprouvait le ministre des affaires étrangères, de voir celui-ci s'engager dans quelque combinaison peu favorable à ses propres vues ?
Il était impossible que cette conduite plus qu'équivoque de M. de Chateaubriand pendant la discussion de la loi des rentes, cette volonté arrêtée de garder le silence qui avait résisté même aux insinuations caressantes du roi', cette sollicitude à refuser toute solidarité avec ses collègues sur ce point et à leur laisser le poids du débat et la responsabilité entière de Téchec, ne l'eussent pas rendu suspect au Roi et au président du conseil, avertis à la fois par son immobilité systématique et l'activité hostile de ses amis. Aussi, quand après le vote définitif, M. de Chateaubriand s'approcha de M. de Villèle et lui dit : « Si vous vous retirez, nous sommes prêts à vous suivre,» le président du conseil lui jeta pour
salut du miniâlère, d'en expulser le baron de Damas et de le faire remplacer à la guerre par M. de Cleruionl-Tonnerre, et de mettre à la marine M. de Polignic, établissant par ce mouvement Corbière et mui au fond du cœur du futur roi, Monsieur, et offrant, en qualité d'ami de M. de Chateaubriand, de porter un poids immense en faveur de la loi des rentes à la chambre des pairs. » {Docttment s inédits.)
i, <( Louis XYlli (nous le vîmes le matin, avant d'aller au Luxembourg) nous m d'une manière afTecléo l'éloge d'un discours prononcé en faveur de la réduction des rentes. Nous n'en persistâmes pas moins dans notre dessein de muliâme ; quelque cliien sans doute nous avait mordu. Cela dut paraître d'autant plus mal au roi, qu'on assurait la retraite de M. de Villèle, certaine dani le cas où la loi serait repoussée. Nous savions le contraire, mais nous nen avions pas moins Tair, en refusant notre parole, de travailler au renversement du président du conseil. » {Congrès de Yéi^ne, t. H, p. 385.)
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toute réponse un regard froid et sévère, où se peignait toute son incrédulité*.
Quel que soit le prestige du génie, il faut reconnaître que M. de Chateaubriand n'avait pas la bonne position dans ce conflit. Il avait méconnu le principe de la solidarité ministérielle, en refusant au moins implicitement, lui membre du cabinet, de faire un eflbrt personnel pour sauver la loi à laquelle Texistence de ce cabinet semblait attachée. Fit-il quelque chose de plus? Y eut-il, comme on Ta insinué, une partie liée entre lui et ceui qui voulaient amener un nouveau ministère dans lequel la contre-opposition de droite, un ou deux pairs de cour et quelques notabilités administratives de la chambre haute devaient trouver place ? C'est ce que soupçonnèrent ses collègues, c'est ce que le roi crut avéré, comme on va le voir.
Pendant le peu d'instants que le président du conseil avait passés dans le cabinet de Louis XYIII, le jour même où il était allé lui annoncer le rejet de la conversion, le roi se montra très-prévenu contre M. de Chateaubriand. Il interrogea le président du conseil et lui demanda si, dans l'explication qu'il avait eue, quelques jours auparavant, avec le ministre des affaires étrangères, il n'avait rien aperçu de nature à démontrer ce que le roi appelait déjà la trahison de M. de Chateaubriand. M. de Yillèle partageait les soupçons du roi; il ne doutait pas d'une malveillance systématique ; il soupçonnait plus, mais les preuves lui manquaient. U se contenta donc, en sortant des Tuileries, de faire part de ses soupçons à son ami M. de Corbière. Celui-ci partageait la méfiance du
1. M. de Chateaubriand parle arec dédain de ce regard. Cependant, qaatora&e ans après, il en conservail encore le souvenir. Je trouve, en effet, dans le Concret de Vérone^ publié en 1838, cette phrase : « M. de Villèle, pour toute répouM, nous honora d'un regard que nous voyons encore. Ce regard ne nous fit aucune impression ; il nous était tout un de rester avec nos collègues, de sortir avec eux ou de partir seul. »
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La At&ïSifM An xmxûsti^rf^. était déjà assez eieîtée pocr «pe^ dané U sKiïacic du 7 jriiQ, où Toa d&^eitfaît à la eiianibr^ des di^utih^ U loi éur Li s^rpteanaiicé^ M. de Chateaubriand ayant dkmAndé U parole pour répondre à M. de la BoiondociDayF, M. fit: ijjrlpUitdt crût deToir Tempécher de moat^r à la tribuDe^ ^n rf:climarjt 1.1 priorité comme chargé perscmieHaDeBt deli défccia^ du la loi. ÎI. dt; Curbière occupa la tribune pendant
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plus (rinic hciir»'. ('t la mmiicc l'ut IrNcc a|»i(> lui discours de M. do (jirardin, sans que .M. de Chateaubriand pût pnndre la parole. Cet incident produisit une vive impression dans la chambre et au dehors. On devina que le ministère ne voulait pas laisser parler M. de Chateaubriand, parce qde les soupçons et le mécontentement qu'il avait provoqués étaient assez vifs pour qu'on doutât s'il resterait au ministère *.
Le lendemain, M. de Yillèle trouva le Roi encore plus animé contre M. de Chateaubriand. Ses collègues partageaient de plus en plus les soupçons de Louis XVIII, à tel point que la question de savoir si Ton demanderait au Roi l'exclusion du ministre des affaires étrangères fut agitée. M. de Yillèle, à qui nous empruntons ces détails, ajoute que M. de Corbière, soupçonné cependant par M. de Chateaubriand d'avoir pris la part principale à son renvoi, fut presque le seul à montrer quelque indécision sur la proposition faite par plusieurs membres du cabinet d'éloigner M. de Chateaubriand du conseil. Cependant aucune résolution ne fut prise. Cette discussion eut lieu le 5 juin, veille de la Pentecôte. Le bruit du renvoi de M. de Chateaubriand était assez accrédité pour qu'on commençât à en parler. M. de Rothschild, c'est M. de Chateaubriand qui le raconte, ayant rencontré sur le boulevard le secrétaire du ministre des affaires étrangères, lui demanda si
1. Ce fut l'improuion de M. de Clialeaubriand lui-mC'ine, comme on peut 8*en convaincre par le récit que nous emprunlons au Congrès de Vérone : • La teptennalilé, dit-il , Tut débatlue le samedi 5 à la chambre élective. M. de la Bourdonnaye parla contre la loi. Nous fimes un signe au président, M. Ravez, dans le dessein de monter à la tribune. Il était probable que nous eusilons eu quelque succès. Notre renvoi immédiat devenait alors impossible. M. de Corbière se leva, requit d'être entendu le premier sur une loi ressortissant de son ministère, il nous dit: «Vous paVlercz aprèé.» Nous trouvâmes cela tout simple; nous cédâmes notre rang. Il n'y a pas d'apprenti en politique qui ne nous jouât sous jambe. Nous ne sommes cependant pas de ces capacités supérieures, enfants et génies à la fois : bonhomme sans bonhomie, nous voyons qu*on nous attrape, et nous nous laissons attraper ; il est plus commode d'être dupe que de s'évertuer à ne pas l'être. » {Congrès de Vérone, I, II, p. 387.)
Hiit! de la Restaur. — T. Vf. 45
706 SESSION DE 4824. -* mort db louis XYin.
celui-ci comptait parler sur la septennaliié. Le secrétaire répondit : « Sans doute. » M. de Rothsehild repartit : « H faut savoir si on lui en laissera le temps, n Plusieurs amis de M. de Cliateaubriand vinrent le voir dans 1^ soirée du jour où avait eu lieu entre lui et M. de Corbière l'incident relatif à la septennalité ; ils le grondèrent de n'avoir pas gardé la parole ; ils n'étaient pas sans inquiétude. <c Nous renvoyer demain? répondit M. de Chateaubriand à qui nous empruntons ces détails; tout à l'heure, si l'on veut. »
Les choses en étaient là lorsque le 6 juin, jour de la Pentecôte, M. de Yillèle, dont nous suivrons le récit, fut, contre l'ordinaire, mandé à dix heures du matin chez le Roi.
(( Je m'y nMidis, contitiuo le ministre, et à peine la porte de sua cubiiiot était-elle fermée, qu'il me dit : « Villèle, Chateaubriand nous « a trahis... Jr ne veux pas le voir ici à ma réception d'après la messe. « Faites l'nrdonnance de son renvoi. Qu'on le cherche partout, et « (pi'on la lui remette à temps. Je ne veux pas le voir à ma réception. » Je représiMitai au lloi la l)rièveté du temps. Il me fit dresser l'ordonnance sur son propre bureau, ce qu'il n'aurait jamais fait dans une autre oeeasion. Il la sijçna, j'allai l'expédier. On ne trouva plus M. de Chateaubriand chez lui, il était déjà dans les appartements de S. A. R. MoNsiKiîn, attendant la sortie du prince pour lui présenter ses homnia^^'s. (^e fut li\ seulement qu'on put lui remettre l'ordre du roi qui le révoquait de ses fonctions. De cette circonstance fâcheuse sont sorties toutes les récriminations sur la forme. »
Nous compléterons le récit de M. de Villèle par celui de M. de Chateaubriand. Le premier servira à faire comprendre à quoi tient ce défaut de forme, qui fut si vivement ressenti par M. de Chateaubriand et si ardemment exploité par ses amis contre M. de VilhMe.
« A dix heures et demie, dit M. de Chateaubriand, nous nous rendîmes au ehAleau. Nous voulûmes d'abord faire notre cour à Monsieur. Le premier salon du pavillon Marsan était à peu près vide : quelque> personnes entrèrent successivement et semblaient embarrassées. In
RENVlH DE M. DE (llAl KAl UiU A.M». tOl
aide de camp de Monsikir nous dit : « Monsiour le >i(nnitr, je iios- « pérais pas vous rencontrer ici, n'avez-voiis rien reçu? » Nous lui répondîmes : « Non , que pouvions- nous recevoir ?» Il rcpliqua : « J'ai peur que vous ne le sachiez bientôt... » Tu huissier vint nnu> dire qu'on nous demandait. Nous suivîmes l'huissier, il nous conduisit à la salle des maréchaux. Nous y trouvons notre secrétaire Hyacinthe Pilorge'. Il nous remet cette lettre et cette ordonnance en nous disant : c Monsieur n'est plus ministre. » M. le duc de Rauzan, directeur des affaires politiques dans notre absence, n'avait pas osé nous l'apporter. »
• « Monsieur le vicomte,
« J'obéis aux onlres du Roi, en ti'aiismettaut de suite à V(»ti\* Excellence une ordonnance (jue Sa Majesté vient de rendre. « J'ai l'honneur d'être, etc.
« Sijrné : J. de Villèle. »
a LOUIS, par la grAce de Dieu, etc.
« Nous avons ordonné et ordonnons ce ([u\ suit : « Le sieur comte de Villèle, président de notre conseil des ministres et ministre secrétaire d'État au département des finances, est chargé, par intérim, du portefeuille des affaires étrangères, en remplacement du sieur vicomte de Chateaubriand.
« Le président de notre conseil des ministres est chargé de l'exécution de la présente ordonnance, qui sera insérée au Bulletin des lois. « Donné à Paris, en notre château des Tuileries, le 0 juin de l'an de grâce 1824, et de notre règne le vingt-neuvième.
« Signé : Lons.
a Par le Roi :
« Le président du conseil des ministres,
« Signé : J. de Villkle. »
Deux heures après, M. de Chateaubriand avait quitté le minislère des affaires étrangères, et il écrivait à M. de Villèle le billet suivant, qui devint aussitôt public :
• Paris, 6 juin l82i.
« Monsieur le cx»mte, « J'ai reçu la lettre que vous avez bien voulu m'écrire, contenant l'ordonnance du Roi, datée de ce matin 0 juin, (lui vous c<aifie le portefeuille des affaires étrangères. J'ai l'honneur de vous i>révenir
conditions où Ton se trouvait placé, c'était voter pour, en assurant la majorité à ceux qui votaient contre.
J*ai curieusement recherché, dans les correspondances inédites de M. de Chateaubriand, que j'ai été à portée de consulter, les motifs de sa conduite dans cette circonstance. II est difficile d'admettre qu'il ait été toujours contraire à la loi, car s'il en avait été ainsi, il n'aurait pas pressé M. de Villèle de terminer ses arrangements avec les banquiers, afin que le roi pût annoncer la conversion dans le discours de la couronne. Il est plus probable qu'en voyant la grande opposition qui s'organisait contre cette mesure, il commença à se mettre è l'écart pour réserver sa fortune politique dans le cas où M. de Villèle viendrait à échouer. Nous trouvons dans une lettre adressée dès le 7 avril \ 824, au prince de Polignac, ambassadeur à Londres, le premier indice du mouvement qui se fait dans les idées de M. de Chateaubriand, relativement à la loi des rentes: <c Je vous écris, dit-il, de la chambre des pairs où nous nommons la commission pour la septennaUté. Elle a disparu au milieu du bruit que fait la réduction des rentes. » Dans la mime correspondance* nous rencontrons, à la date du 15a>Til, la môme pensée qui vieut s'accentuer plus vivement : « Nous ne parlons ici que de la rente dans laquelle nous sommes un peu embabouinés pour être allés trop vite. » Cette pensée préoccupe tellement l'esprit de M. de Chateaubriand qu'elle devient une obsession et que, quatre jours après, il écrit encore au prince de Polignac en parlant de M. Decazes : « Ce n'est ni un homme d'esprit, ni un homme de talent; c'est un (Jascon étourdi et médiocre. Dans ce moment, il intrigue beaucoup à propos de la réduction des rentes qui rencontre une grande opposition. Nous avons été un peu trop vite. >» I^ 3 mai les préoccupations de M. de Chateaubriand s'aggravent :
1. Nous devons la comniunicalion de ces documents inédits à.M. le duc àt Polignac, His aîné du prince.