RENVOI DE H. DE CHATEAUBRIAND
a Le roi, écrit-il au prince de Polignac, est comme vous l'avez vu cent fois, ni mieux ni plus mal. Il a aujourd'hui soutenu à merveille les fatigues de la journée ; nous n'avons qu'une affaire ici, celle de la réduction des rentes. La loi passera aujourd'hui ou demain (à la chambre des députés) à une grande majorité, mais nous sommes devenus bien impopulaires. » Le 10 mai, notre ambassadeur à Londres ayant demandé un congé, M. de Chateaubriand lui répond : k Ne songez pas, noble prince, à revenir. Quand je pourrais vous obtenir un congé, je ne le voudrais pas pour vous dans ce moment. Il ne fera bon ici que dans un mois. Croyez-moi, ni pour vous, ni pour moi, la demande d'un congé ne vaudrait rien. On nous le refuserait, et il resterait dans l'esprit du roi même une impression qu'il importe de ne pas faire naître. Dans un mois, ^e sera tout autre chose. Le parlement sera fini, Talaru en ï'oute pour Paris, la loi des rentes passée ou rejetée. Les raisons ne nous manqueront pas. »
On le voit, dès le 10 mai, avant le dépôt du rapport du duc de Lévis, M. de Chateaubriand acceptait, avec une indifférence qu'il ne prenait point la peine de dissimuler et comme un homme désintéressé dans la question, l'alternative de l'adoption ou du rejet de la loi des rentes présentée par le cabinet dont il était membre. Ce fait est grave, et la persistance k refuser à M. de Polignac le congé que celui-ci demande est peut-être plus grave encore. « Pour rien au monde, écrivaitil le 13 mai, je ne pourrais vous autoriser à venir dans ce moment. Je suis désolé de cette contrariété, mais il y va de vous et de moi, et je ne puis jouer cette partie pour une affaire de famille, attendez une semaine ' . »
1. Nous trouvons, en effet, dans les papiers politiques de M. de Villèle, la trace d'une lettre de M. de. Laborie que M. de Villèle résume ainsi : « Je reçus, le 2 Juin, d'un des intermédiaires du prince de Polignac (arrivé à Paris le 29 mai] une lettre où il me propose, comme la plus belle cbosc du monde et le
71)2 sEssios »E 1834. — aoiT de locis xYni.
Ce ne fui qoe le 20 mai que M. de Chateauhriand écri^itau prince de Poiignac que le hh consentait à ce qu^il Tint passer quinze jours à Paris, mais à partir de la fin du mois de mai seukm^it. EnccHie paraissait-ii trourer sa présence prématurée. Comment ne pas xfÀr dans cette préocciq[iation si jin au sujet de la présence de M. de Poiignac, à Paris, pendant la discussion de la loi sur la couTarâon des rentes, le contrecoiq> de la crainte qu'éprourait le ministre des afTaires étnoK gères, de Toir celui-ci s^ngager dans quelque combinaiscB peu faTorable à ses propres Yues ?
Il était impossible que cette conduite plus qu^équiroque de M. de Chateaubriand pendant la discussion de la loi des rente?, cette Tolonté arrêtée de garder le alence qui atait résisté même aux insinuations caressantes du roi', cette sollicitude à refuser toute solidarité avec ses collègues sur ce point et à leur laisser le poids du débat et la responsabilité entière de Téchec, ne Teussent pas rendu suspect au Roi et ai président du conseil, avertis à la fois par son immobilité systématique et raeti\ité hostile de ses amis. Aussi, quand après le vote définitif, )I. de Chateaubriand s'approcha de M. de Villèle et lui dit : « Si vous vous retirez, nous sonMncs prêts à vous suivre,» le président du conseil lui jeta pour
salul du miniâtère, d'en expulser le baron de Danus et de le faire remplafer i b guerre par M. de Cieroionl-Tonnerrc, et de mettre à U marine II. de PolignK, établissant par ce mouTement Corbière et moi au fond du cœur du fulor roi. Monsieur, et offrant, en qualité d'ami de M. de Chateaubriand, de porter oa poids immense en faveur de la loi des renies à la chambre des pairs. » B^c*' vient s inédit s.)
1. (( Louis XVMI (nous le ilmes le malin, a^anl d'aller au Lu!(eiDl<oarg' nuus (U d'une manière affectée l'éloge d'un discours prononcé en bveurileli le^ductioii des renie*. Nous n'en persistâmes pas moins dans notre desifin ée MiuliMue ; quelque cliien sans doule nous avait mordu. Cela dut paraître d'ao* faut plus mal au rui, qu'on assurait la retraite de M. de Viilèle, certaine (IsM le cas où la loi serait repoussée. Nous savions le contraire, mais nous oVi a>lons pas moins l'air, en refusant notre parole, de travailler an renver»ecDeat du président du conseil. » {Congrès de Vérone, t. Il, p. 38S.)
ÏK le JG«niIfc fc.-* fi»:'7«ICi i.- lit lr-\L T*:!-» -rs.: jr> Il l.:^<t:f>r> ENîv'«liieS et
theliea. et «çii ^a'^^^rs^snic 3i*-n. !-î*a in M. -i^ ^ôkie. Je me levai vr le ivowrimpf ««a jil fismc : i ^ ros a^i;z Kir«>»^ 6t^s premiers en isant di r>«aasiiie. •«£ >mr r^arna^var oeiiH 'bmt i*f dus partie, il ndn £ûre «k U pt«'>iiic*4ii. >
Sans doute n knme j^ «r^aâiknbfe que M.deViBèle, chef de Is droCi». «ntitc^ ^aic t'taoét^^ le préâdenl des Miseik do Rût. dit tei^ prjfcnAm^t bkseé de farrogaiice DD ebef de î^onoL ^ ^enût toi pr»>p«€er b paix oa la nerre. et ceii. k» s«r oi^ qiKStMB de principes, non sur wt qoestîûo dlmépk poblk, mak à propos d^im intérêt perond. celui d^ M. diî^Ciia&eaafaffîaiMl. Cependanl dans la situam où étaient ks dH^es. M. de ViBHe commit une traie ATe en nVcueiDant pas cette oorerture. M. de Châteauîand pourait irtre açiéaUe ou désagréable au n>i« il pourait roir tenu une condmie UâmaMe pendant la discussîon de la «fefsion des rentes: mais sOu? un çouremement représ^ntîf, où la tribune était debout cl la presse libre, ce n'était lint là un motif déterminant. M. de Chateaubriand était une ree, et en pareil cas il ne faut pas mettre les fortes contre i, quand leurs exigences peurent être satisfaites à un prix édiocre et sans de eraTes inconrénients. IS M. de Villèle était raison de la drmte, M. de Chateaubriand en était Timagirtion ; or, Timagination n^est pas seulement en France la De du logis, die en est sourent la maîtresse. M. de Cha* aubriand, ayee le prestige de sa plume, exerçait une de s influences d'opinion qui, dans les gouremements libres, ïriennent quelquefois irrédstibles. En outre, il se trouTait mé contre la Restauration par les services qu^il lui avait ndus.
S'il cautionnait l'opposition libérale, tous les esprits deient se trouver rassurés ; bien peu de personpes croiraient
xvni.
& i JL iSm et kifKlfe imrclieraient M. de ^ji MâmmâiéB AA«fF poorait aboutir à une a. %l]&-^Bàmfi^ ^ k cre^pinil pas. L événement i -±3 ^aî^ ÇK IL et TBèle avait raison quand il ï^ Ifeiii: «^]«6^iai(^rHR«s»ezqa*enfiaîsautune •îtifxiua. * — IKus z-iSaiL !à m^ lR&tecoiis<datioQ ; et mieui r>tr ^;hil j^ht imr ji 3H1111& ^k M. et Chateaubriand allât i
T* f«r ivnf k iiB^ar <çm V. ^ \iièfe ne comprit pas assez
■M ]Mnr na^ iii»t ±i «laààaît «a se àêparaal ainsi de M. de
naiFfiincstiiit fn^ igrifs s^Ak ¥« Rfttser Tanibassade de
^liiim^ iir^^aaar m gPMML Martigi Aa ■ int^lète. 31. deYîUèle
?^aii ia luïnam x m ssa^ fn&MvL dfaiie sagacité menreil-
«■wskf t«i uEHTf^c amfi^ 2 y x«À tfesckotàesqui hii échappaient
iac«K xne !siif<^ eciii&^ Cfef s^efiaiesC îaoftais portées de ce
."OUt. IL jgf^to-^tettg <fi £^êwnE |m drHHBp«)fftaoce à la presse, il
* if^sOiniiLC itf*x <ic se lu crùruit p«l^: sa c<Miduite en fait foi,
ir >:!iiîuiK 'm mn^aÈMK Âf sep( ans en butte aux plus vives
Ktiiitur^v i 3K sU2^«Hii& !a ISbertê de la piesse que sept mois.
.>< ns^M^sùzuus À M. ^ TS&èie^ eipeiit-^tr^ aussi Tirritation
loair^dt: xu: i^tsu^nc 5ià: luâare en lui les attaques passionnées
HixwsrvLt^ il Ait àîs nfttoes arait été en butte, car les plus
>ti£es 7 :v*àii0çtfac pu^ HCL Cùbksses humaines, Terapèchè-
r?ac ifcf ^îc^îfià:- «t 36îîî« sérieoàe cott:îîdèration les consé-
{UKitsk>f< vca iZaît <Q£niKr W refus absolu qu*il faisait de
^iiixvr uxD^ Àoxiurvè^ sapvès du roi, pour donner une satis-
îj^'^ica ,^to:a*^iie à M. de Chateaubriand.
rx|^ j^ mo^soenf arù: fait plu^eurs pertes sensibles. On a %u ^1 .\;gc^iK ie sa focmation M. de Villèle n'avait pas (f^ 3uu&â::v ie nxttstniîr^ son ealùnet comme il Taurait voulu; U asSJU3<\f litt centre droit, à laqueUe il avait fait un appel, n'y A\at5 jvfcs rv{»oadu. A la suite du congrès de Vérone, il avait Sttu rviKiOivr à Lt f^^nre qu^apportait, du cùlé de la cour, de
ïïbk oasa i«s pK^ iK:<oi«^ de i<rà éiK^ :ïUi ■UN^ràe At
hambre des ptârs^ H <>t fiAïk pn:4iiilik«K«il of ii]im cmis;^ Ml fllit»xi: miis^ <iei é\taiWBÊtaA Ï^MiikBtssMt cvttsiAfnK lenMnt diijtr T^ifî&ko, et hn «enleriit éM^ b fcv^î» rjffmi D joonui k phl^ puksanl de rêiNMpie, kw^iiiu^ at«U d^ jDlre lui dàSÈé li dixiôe U Qn^iHiemjme^ qoi «rxeivttl iwie rande inâueiK^ à la cour el dans k:s Hiâteaiui. Ett iwi «w4> L in% du ministère aUiit en se rêtnKtssMil et r^uriiK^ Wlhlîfe de l'oppoâtîon recmlait de uoupeiks 6MrY^e$. Le lendemain du jour où M. de Villèle a^^il n^m$!^ r<M^ erture faite par M. Berlin, au nom de M* de ChaliNiiibiiMMl^ H lut danii le Journal des Débais Tartide $ui\iUBit :
• Cest p'MT la seconde fvisque M. de ChaleaaHmnil ^aubil rèfvyn^V' 'une de<tituti>o «^«leDiielle. II fîit destitué en 1:^1 <» p^mr ;iit^^r ;iitla^iie« ans s*>a iminortel ooTrage de la Mamertkie Sfhat lu CAarè^^ U f^niew^ rdoonaoce du 3 septembre, qui pn^noorait la di$$^4uli%^ ^lif U Éambre introuvable de 1815. MM. de Villèle et de t^^orhi^Te elahMit lors de sim^^es députés, cbefe de Toppi^sition n\\aliMe, H eV:^! |KHir roir embrassé leur défense (pie M. de Chateaubriand dexint la tieliiiie e la colère ministérielle.
c En 1824, M. de Chateaubriand est enetvre d«^tiK\ et e'e«t par IL de Vdlèle et de Corbière, devenus mioisties», qu'il e$t samll^. bose singulière, en 1816, il fut puni d*aToir parlé ; en lî^l» ^ le onit de s'être tu ; son crime est d'avoir gardé le siU^nee dan* la dw- Dssion sur la loi des rentes. Toutes les disgrâces ne sont pa» dea iiia)«
nr h sefàtamaëÊé, Le stmum ré- |i-]Bifc - t Si^ éiKe. » IL de BiHh rfciil nnMii : € ntwtai^ér â «(^ JHÎ «s Isâêiam k icH^ » PhuuHS jnk de N. è (hasiai^hmé iJMiii le rar éat» h some da joor oè ivà ai &M «soie M «^ M. de Gfiflldm llDÔdoift Rlatîr à ■Hr*^ : ik§ k çiK^HkreBl de mm^m pas çvdé h parole; h
àms maoKtade. c5o^ nmnnper demûntré
pùadîl IL de fhrteanhriiil àqHWMB cmpnBrtoos cesdètifl^: U0UÈ àl'bnKe. â Tes ¥cal. m
Les cbûtses ai étâeol là kisipie k 6 jua, îoardeUPeote e£4e, M. de Yîfièk, doot wms sibitoiis k rédt, fut, coetre rordioaîre, maiidé à dix heims da matm dmk Roi.
Je m'} refidft9>, ojBtàiiiie k ■ûustre, «t à pose U porte ^ >«< catHO*^ •rtut-<r&r ftmirir-. <(]ol] Be dît : € Vllèk, Oiateanbriand m^ « a trahis... hr ne tcqx {nas le toît id à ma i^ceptîaii d'après U mt»- « Faites i**>nkiDiiaiioe de son rm^m. Qs'od le cheicke pirtaat, H « qa'oD U faii remetle à \emp». Je ne ¥e«x pais le Toir à ma Kcrptîût. ' Je ntrpiv5*rntai au R*>i U biiêTeié do temps. Il me fit dresser ïvt^ nance sur ^>n propre bureau, ce qull n'aurait jamais (ait dans vK autr»^ •xrcasi'^n. II la >i?iia, j'allai reipêdier. On ne trouva plus M.^ Chab-aulfnaod chez lui, il était dtrjàdans les appartements de S. A- R- Mo.x-iEii. attendant la s-jrtie du prince [foar lui présenter ses bi-fl»' rnatr^rf. O- fut là ?*ruiement quV»n put lui remettre l'ordre du pM'^ }♦• n v.>ïpjait de ses fonctions. De cette circonstance fâcheuse s**ïi\ ^'f* tie> toutes les récriminations sur la forme. •
Nous compléteroDS le récit de M. de Villèle par celui de M. de Chateaubriand. Le premier senira à faire comprendre i quoi lient ce défaut de forme, qui fut si vivement ressenti ptf M. de Chateaubriand et si ardemment exploité par ses ami» contre M. de Villèle.
" A <lix heures et demie, dit M. de Chateaubriand, nous nous refi- | dîriH's au rhàleau. Nous voulûmes d'abord faire notre cour à Moîlmd»- Lf pHTnier salon du pavillon Marsan était à peu pK's \ide : qiu'lqo^ IwrHonne» entrèrent successivement et semblaient embarrassées. !■
affilires au dfrii'-r- r-iii..i M. -i-r Chs:- i^-j-r: ind qmtta le miDi?lère des a£li^e!^ •:craii2»rrç:r.
En lisam sa eorrtsffjcdMki» avc«: i« prisée de Polignac, le marqiBS de Talâm «H ir j^xabs^ de Li Ferroonays. qui représentaient la Fran*!e à Lûodr^. â Madrid «et à Saînt-Péier^bonrg, on inoit que ia préi>?i?iip4tkMi oosstante dn çouremement français portait prîœîpsileiiKst sur deux questions : la question espasnoie et la qiK:itkrn d'«.»rîent. Celle-eî, ro eff*ft, menaçait à chaque instinit de fe rouvrir par le différend du cabinet de Saint-fVficr^iMîar? et du DiT.in. persistant, malgré tontes les représenttti^ios. à prolonger contre la teneur des traités r>>?eapa:^>Q de la VaLvrhie et de la Moldavie. En ootre, rinsarre«tion sreeque et les moyens de répression atroces emp(«*yés pcir b Turquie p*>or révluire un peuple dont le désespoir béroiqne attirait tous les reux* Tenaient s'ajouter comme une question anœie k rôlEiire principal*:; qui divisait les Russes et les «.Ktooms.
Quant à rEspaçn<^. M. de Qnteaubriand^ dans chacune de ses dépêches, continuait à insisler pour que M. de Poliçnac s^efforçât de reianfer. s'Q ne pourait Tempècher, la reconnaissance officielle des colonies espagnoles par TAngleterre. « Notre habileté, lui écrirait -il dès le mob de janvier 1824, consiste à ça^nier du temps et à empêcher que TAngletenre * reccMmaisse trop tôt l'indépendince des colonies, de manière à ce que nous n'ayons pas encore adouci la Russie. J*ai fait un pas en avant. J'ai déclaré que la France ne pourrait pas ayoirdes conférences sur les colonies e^gnoles, tant que l'Angleterre refuserait de prendre part à ces conférences. »
Le gouremement français avait deux raisons pour agir ainsi : la première, qu'il disait: la seconde, qu^il ne disait pas. Il disait à Pétersbourg, à Rerlin et à Vienne, ce qui, du reste, était vrai, que si l'on ouvrait des conférences, malgré le refus de concours de l'Angleterre, on pousserait ceUe-d à brusquer
que j'ai quitté l'hôtel du ministère et que le département estàTos ordres.
« Je suis avec une haute considération, etc.
« Chateaubriand. »
Voilà le récit exact du renvoi de M. de Chateaubriand, qui devait avoir de si graves conséquences. M. de Villèle s'est toujours défendu d'en avoir pris l'initiative, tout en convenant que les esprits étaient tellement animés contre le ministre des affaires étrangères dans le conseil, qu'une proposition aurait été faite à cet égard, si la détermination prise par le Roi ne l'avait pas prévenue *. La forme même, sujet de tant de plaintes et de si vives récriminations, donne aux détails si précis de la version de M. de Villèle une vraisemblance voisine de l'évidence. Si l'éviction de M. de Chateaubriand avait été décidée après une délibération en conseil des minisiros, on aurait agi tout autrement : le temps n'aurait pas manqué pour faire connaître, dès la veille, au ministre révoqué, sa disgrâce, et Ton n'aurait pas attendu qu'il fut aux Tuileries pour lui signifier l'ordonnance. Tout sent ici la précipitation d'une mesure prise ab irato par le Roi sur des renseignements particuliers, parvenus par une autre voie que celle du ministère, tout jusqu'à cette appréhension de se trouver en face d'une personne qu'il venait de disgracier, trait bien connu du caractère de Louis XVIII.
L'initiative appartint donc au roi, le président du conseil n'eut que la responsabilité de l'acceptation et de Texécution
1. « Après la signature de Tordonnance du renvoi de M. de Ctialeaubriand, (lil M. de Villèle, je dus assigner à mes collègues une réunion du conseil aprèi la messe el la réceplion du Roi. Grande fut notre surprise d'entendre l« l»aron do Damas se ft^iiciter hautement de ce qui venait d'avoir lieu, en déclarant que si le Roi n'avait pas pris ce parti, il était bien résolu à signiOcr, il« pr«niièrc occasion, à M. de Clialeaubriand, qu'il fallait que l'un des de» ijuillàl le conseil. ■ (Documents inédits,)
C'est le propos que M. de Chateaubriand , mal renseigné, attribue à M. de
CorbiÎTC.
UENYOI DE M. DE CIIATE AIHRIAND. 70î)
)a^sive et silencieuse de la mesure. Il y était préparé, il Tac- :epta sans l'aire d'autre objection que celle que lui inspira la lifficulté de transmettre au destinataire Tordonnance à bref lélai; encore n'insista-t-il pas sur cette difficulté. Il sentait rraîsemblablement que les rapports étaient devenus imposables entre lui et M. de Chateaubriand : il crut que si celui-ci ■estait dans le ministère, ce serait pour continuera conspirer ;on renversement; il aima mieux l'avoir pour adversaire déîlaré au dehors que de l'avoir comme ennemi secret et in- Ime au dedans. Peut-être aussi obéit-il à deux autres mobiles. M. de Villèle tenait passionnément à l'adoption de la loi les rentes, il y tenait avec toute la force de sa conviction de prând financier, et avec toute l'ardeur de son patriotisme sincère, car il était profondément dévoué au roi et au pays. )iiand on relit après tant d'années, dans le journal inime, confident de sa pensée, l'expression de la douleur [uMl éprouva quand il vit cette loi, à laquelle il avait attaché on honneur et qui dégrevait le pays d'une somme annuelle e 28 millions, échouer misérablement devant une coalition 6 préjugés et d'ambitions, on ne peut refuser sa sympathie
cette tristesse patriotique et virile. C'était plus que de l'irriition, c'était de l'indignation qu'il ressentait contre ceux qui vaient concouru à ce qu'il regardait comme un méfait, suiant ses propres paroles. Dans cette disposition d'esprit, il ccueillait la mesure prise par le Roi contre M. de Chateauriand comme un acte de justice. A cette considération veait s'en ajouter une autre. M. de Villèle, dans les notes crites plus tard sur cet événement, dit qu'il ne songea jamais
demander au roi d'où lui venaient les renseignements qui avaient déterminé à frapper si brusquement ce coup décisif, ^eut-étre ne le demanda-t-il point parce qu'il le devinait. Il avait quelle était l'influence qui cherchait depuis plusieurs aois à faire une brèche dans le ministère, pour y ouvrir une
entrée au duc de Doudeauville, et il avait fermement défendu contre cette influence M. de Corbière, sur lequel il comptait comme sur lui-même pour la cause de la politique commune. Il ne défendit pas M. de Chateaubriand, sur lequel il avait cessé de compter. Affaibli du côté de la chambre des pairs par réchec de sa loi, sourdement attaqué par des influences de cour, assailli à outrance à la chambre des députés par la contre-opposition de droite, il était contraint de compter les forces qui lui restaient et de compter avec ces forces. Le petit groupe d'hommes politiques qui avait son centre dans le salon de madame du Cayla avait ardemment travaillé au succès de la loi : le duc de Doudeauville Tavait défendue à la chambre des pairs dans un solide discours; le président du conseil, en ne faisant aucune objection au renvoi de M. de Chateaubriand, était probablement déjà décidé à donner à des alliés quelquefois gênants et compromettants^ comme on le verra bientôt, mais cependant plus que jamais nécessaires, une satisfaction de nature à les attacher plus fortement à sa politique ébranlée.
Après avoir exposé les motifs qui, selon toutes les probabilités, déterminèrent M. de Villèle à accepter la responsabilité du renvoi de M. de Chateaubriand, il faut exposer les graves inconvénients qu'elle entraînait, et que M. de Villèle n'aperçut pas tout d'abord, ou auxquels, s'il les aperçut, il ne voulut pas s'arrêter. Cependant, avant la fin de la journée où l'ordonnance avait été rendue, il lui était venu un avertissement de nature à le faire réfléchir. Pour être plus sur de raconter cet incident avec exactitude, je reproduirai le récit que M. de Villèle en a laissé :
« Le soir môme de l'ordonnance du renvoi, dit-il, M. Bertin, propriétaire du Journal dg$ Débats, vint me signifier que, dès le lendemain, il allait faire la guerre au ministère si je n'obtenais pas du Roi la nomination de M. de Chateaubriand à l'ambassade de Rome. Je loi
RENVOI FiE M. DE ClIATEAriîIllANl). 711
répondis que je n'en ferais pas la tentative ; à cela il me fit observer que le Journal des Débats avait déjà renversé les ministères Decazcs et Ritheiieu, et qu'il renverserait bien celui de M. de Villèle. Je me levai pour le reconduire en lui disant : « Vous avez renversé les premiers en ûûsant du royalisme, et pour renverser celui dont je fais partie , il faudra faire de la révolution. »
Sans doute un homme aussi considérable que M. de Villèle, le chef de la droite, pendant tant d^années, le président des conseils du Roi, dut être profondément blessé de Tarrogance d un chef de journal, qui venait lui proposer la paix ou la guerre, et cela, non sur une question de principes, non sur une question d'intérêt public, mais à propos d'un intérêt personnel, celui de M. de Chateaubriand. Cependant dans la situation où étaient les choses, M. de Villèle commit une faute grave en n'accueillant pas cette ouverture. M. de Chateaubriand pouvait être agréable ou désagréable au roi, il pouvait avoir tenu une conduite blâmable pendant la discussion de la conversion des rentes ; mais sous un gouvernement représentatif, où la tribune était debout et la presse libre, ce n'était point là un motif déterminant. M. de Chateaubriand était une force, et en pareil cas il ne faut pas mettre les forces contre mI, quand leurs exigences peuvent être satisfaites à un prix médiocre et sans de graves inconvénients. Si M. de Villèle était la raison de la droite, M. de Chateaubriand en était l'imagination ; or, l'imagination n'est pas seulement en France la folle du logis, elle en est souvent la maltresse. M. de Chateaubriand, avec le prestige de sa plume, exerçait une de ces influences d'opinion qui, dans les gouvernements libres, deviennent quelquefois irrésistibles. En outre, il se trouvait armé contre la Restauration par les services qu'il lui avait rendus.
S'il cautionnait l'opposition libérale, tous les esprits devaient se trouver rassurés ; bien peu de personpes croiraient
712 SESSION DE 1824. — MORT DE LOUIS XYIIl.
qu'une opposition à la tête de laquelle marcheraient M. de Chateaubriand et le Journal des Débats pouvait aboutir à une révolution. Eux-mêmes ne le croyaient pas. L événement prouva, il est vrai, que M. de Villèle avait raison quand il disait à M. Bertin : «Vous ne me renverserez qu'en faisant une révolution. » — Mais c'était là une triste consolation ; et mieux eût valu pour tout le monde que M. de Chateaubriand allât à Rome que d'aller à l'opposition.
Tout porte à penser que M. de Villèle ne comprit pas assez la perte que faisait le cabinet en se séparant ainsi de M. de Chateaubriand qui, après s'être vu refuser l'ambassade de Rom#, devenait un ennemi mortel du ministère. M. de ViOèle était un homme d'un sens profond, d'une sagacité merveilleuse en aJGFaires; mais il y avait des choses qui lui échappaient parce que ses études ne s'étaient jamais portées de ce côté. Il attachait en général peu d'importance à la presse, il l'estimait peu et ne la craignait pas ; sa conduite en fait foi, car pendant un ministère de sept ans en butte aux plus vives attaques, il ne suspendit la liberté de la presse que sept mois. Ces dispositions de M. de Villèle, etpeut-être aussi l'irritation naturelle qu'avaient fait naître en lui les attaques passionnées auxquelles la loi des rentes avait été en butte, car les plus sages n'échappent pas aux faiblesses humaines, l'empêchèrent de prendre en assez sérieuse considération les conséquences qu'allait, entraîner le refus absolu qu'il faisait de tenter une démarche auprès du roi, pour donner une satisfaction quelconque à M. de Chateaubriand.
Déjà le ministère avait fait plusieurs pertes sensibles. On a vu qu'à l'époque de sa formation M. de Villèle n'avait pas été maître de construire son cabinet comme il l'aurait voulu; la nuance du centre droit, à laquelle il avait fait un appel, n'y avait pas répondu. A la suite du congrès de Vérone, il avait fallu renoncer à la force qu'apportait, du côté de la cour, de
iu:nvoi r»K m. i»e chaticalbiuam). 71.J
a chambre des pairs et des salons royalistes, le duc de Montfîorency. Enfin, la guerre d'Espagne achevée, M. de Yillèle vait été encore obligé d'accepter la démission du duc de lellune , auquel un concours de circonstances fâcheuses vait aliéné l'esprit du duc d'Angouléme. La destitution de f. de Chateaubriand et sa rupture avec le ministère, par iquelle il se trouvait jeté dans l'opposition, étaient une perte lOûvelle et plus grave, un nouvel et plus profond ébranlement our le cabinet. Sans doute, cet événement n'ôtait à M. de lUèle qu'un bien petit nombre de voix dans sa majorité du ^alais-Bourbon et changeait peu de choses à sa situation à la hambre des pairs, et ce fut là probablement ce qui causa on illusion; mais cet événement l'affaiblissait considérablement dans l'opinion, et lui enlevait dans la presse l'appui u journal le plus puissant de l'époque, lorsqu'il avait déjà entre lui dans la droite la Quotidienne y qui exerçait une Xande influence à la cour et dans les châteaux. En un mot, i base du ministère allait en se rétrécissant et l'armée offenîve de l'opposition recrutait de nouvelles forces. Le lendemain du jour où M. de Yillèle avait repoussé l'ouerture faite par M. Bertin, au nom de M. de Chateaubriand, •n lut dans le Journal des Débats l'article suivant :
« C'est pour la seconde fois que M. de Chateaubriand subit Tépreuve 'une destitution solennelle. Il fut destitué en 1810 pour avoir attaqué, ans son immortel ouvrage de la Monarchie selon la Charte, la fameuse rdonnance du 5 septembre, qui prononçait la dissolution de la hambre introuvable de 1815. MM. de Villcle et de Corbière étaient lors de simples députés, chefs de l'opposition royaliste, et c'est pour voir embrassé leur défense que M. de Chateaubriand devint la victime e la colère ministérielle.
« En 1824, M. de Chateaubriand est encore destitué, et c'est par [M. de Yillèle et de Corbière, devenus ministres, qu'il est sacrifié. ;hose singulière, en 1816, il fut puni d'avoir parlé ; en 1824, %n le •unit de s'être tu ; son crime est d'avoir gardé le silence dans la disussion sur la loi des rentes. Toutes les disgrâces ne sont pas des mal-
714 SESSION DE i824. — MORT DE LOUIS XVIII.
heurs ; ropinion publique, juge suprême, nous apprendra dans quelle classe il faut placer celle de M. de Chateaubriand, elle nous apprendra aussi à qui l'ordonnance de ce jour aura été le plus fatale ou du vainqueur ou du vaincu.
a Qui nous eût dit, à l'ouverture de la session, que nous gâterions ainsi tous les résultats de l'entreprise d'Espagne? Que nous iallait-il cette année ? Rien que la loi de la septennalité (mais la loi complète) et le budget. Les aflFaires d'Espagne, de l'Orient et des Amériques, conduites comme elles l'étaient, prudemment et en silence, se seraient éclaircies ; le plus bel avenir était devant nous; on a voulu cueillir un fruit vert, il n'est point tombé ; et on a cru remédier à de la précipitation par de la violence.
« La colère et Penvic sont de mauvais conseillers; ce n'est pas avec les passions et en marchant par saccades que l'on conduit des Ëtats.
« P. S. La loi sur la septennalité a passé ce soir à la chambre des députés. On peut dire que les doctrines de M. de Chateaubriand triomphent après sa sortie du ministère. Cette loi, qu'il avait conçue depuis longtemps, comme complément de nos institutions, marqooa à jamais avec la guerre d'Espagne son passage dans les aiTaires. On regrette bien vivement que M. de Corbière ait enlevé la parole, samedi, à celui qui était alors son illustre collègue. La chambre des députés aurait au moins entendu le chant du cygne.
(( Quant à nous, c'est avec le plus vif regret que nous renti'ons dans une carrière de combats dont nous espérions être à jamais sortis par l'union des royalistes ; mais l'honneur, la fidélité politique, le bien de la France, ne nous ont pas permis d'hésiter sur le parti que nous devions prendre. »
M. Berlin tenait sa parole, la guerre était déclarée; bien plus, elle commençait.
RAPPORTS DIPLOMATIQUES DE LA FRANCE AVEC L'EUROPE AU COMMENCEMENT DU MOIS DE JUIN 1814.
Avant de suivre le mouvement des fails et des idées qui va se développer à Tintérieur, sous l'influence de ces nouvelles divisions, il importe de préciser le point où en étaient les