LE KOI MEURT : EFFET PIIUDIIT PAR KA HALADIE ET SA MORT
dans l'après-midi , avertissait le public que le Roi avait éprouvé uiie défaillaoce plus l'orle, que sa respiraliou devenait pénible et entrecoupée, que le pouls s'affaiblissait et prêgeatait des intermittences. Le premier gentilhomme ajoutait qu'on avait récité dans la chambre du Hoi, en présence de la famille royale, les prières des agonisants et de la recommanda- Lion de l'éme, et que le roi avait entendu toutes ces prières avec toute sa connaissance. Les i\°, 1 2' et 13^ bulletins , datés du 13 septembre à diverses heures de la journée, permettaient de suivre les progrès de cette agonie, qui fut lente et douloureuse: le dernier bulletin était ainsi conçu :
Il Le Roi est mort ii quatre heures précises ce matiit. o Ce I6scpteralirc 182*.
H te premier gentilhomme de la Chambre,
« Signi; : Cotntc de Damas. <•
Selon les us de la monarchie, le premier geutilhumme de la chambre annonça au\ Tuileries la mort du Itoi. AussiEàt la maison civile et militaire se rendit au pavillon Marsan pour prendre les ordres de son successeur, Charles X. Ce prince était resté, jusqu'aux derniers monieuts, agenouillé au pied -du lit de son frère. Quand il quitta la chambre mortuaire pour se rendre au pavillou Marsan, ou entendit les paroles accoutumées répétées parles assistants : Le Roi est mort ! le Roi ettviort! suivies du cri unanime de « Vive le Roi! » Le même jour, à dix heures du matin, conformément à l'avis afSché par les ordres du premier gentilhomme, le public fut admis & dé&lei' dans les appartements du chAteau, et à contempler te Roi défunt placé sui' une estrade provisoire. Un religieux recueillement régnait au milieu de la foule immense accourue à >cette triste solennité.
B Durant les jours de la mitladie ilu lUii, roiilinue M. de VIIHc, à qui nous ompruntons ces détails, parce ([u'en qualiti!- de président du
784 SESSION DE I82i. — MORT DE LOUIS XVIII.
c(»nseil, il assista à toutes ces scènes et reçut tous les rapports, la population entière de Paris a tenu une conduite admirable. Dès le lundi, hors les barrières, les danses et les divcrlisscments si fréquents ce jour-là ont cessé, les cabarets ont été déserts, et l'avis donné de la maladie du Roi a suffi pour arrêter toutes les fêtes préparées dans les lieux de réunions publiques. Dans l'intérieur, les chanteurs et les musiciens ont disparu spontanément. Paris a présenté le spectacle do l'inquiétude, de la douleur et du recueillement. Le jour de la mort du Roi, la plus grande partie des boutiques a été spontanément fermée.
a Le 10 septembre, à six heures, le nouveau Roi, accompagné de Monsieur le duc ot do Madame la duchesse d'Angoulême, qui prirent le titre de Dauphin et de Dauphine, et de Madame la duchesse de Berrv', partit p(»ur Saint-Cloud. D'ans la soirée même, il y eut un conseil. Charles X dit aux ministres de continuer à le servir avec le même zèle et la même fidélité qu'ils avaient montrés à son frère ; « Mes premiers u moments, ajouta-t-il, ont été donnés à ma douleur;. maintenant, jo « suis tout à mon devoir. »
Nous ne saurions fermer cette page sans essayer d'apprécier Louis XVIII. Les principaux traits de son caractère sont venus se dessiner dans le cours de ce récit, et il suffira de les rapprocher et de les réunir en faisceau. Ceux qui l'ont représenté méditant, dans son cabinet d'Hartwel, la Charte constitutionnelle de 1814, ont substitué une page académique à un tableau d'histoire. Sous l'Empire, on ne songeait, pas plus à Ilartwel qu'en France, à la Charte de 1814. Le fonds de cette Charte sortit, comme une transaction nécessaire^ entre les intérêts anciens et les intérêts nouveaux, de la situation créée par la chute de l'Empire et la mise en présence de Tancienne royauté et de la société nouvelle. Sans doute plusieiu^ dispositions de cet acte constitutionnel auraient pu être avantageusement modifiées si le temps et la réflexion n'avaient pas manqué, et si l'empereiu* Alexandre n'avait pas exercé une pression sur la commission chargée de ce travail, pour le faire marcher vite, trop ^ite. Mais le fond eût toujours prévalu: Tégalité de tous devant la loi, l'admissibilité de tous aux fonctions publiques, le vote de l'impôt et de la loi par les re-
JUGEMENT SUH LE 1101 ET SUB LG BiSGNE.
présentants élus du pays, les deux chambi-es, la liberté de la tribuDe, celle d'exprimer ses opinious, par la presse, en se; conformant aux lois, à côlé du calholicîsme qui est la rt^ligion traditionnelle et vraiment nationale de notre pays, l'eiistenci: assurée et la pli'ine sécurité des cultes qui avaient acquis en France le di'oit de cité, l'inamovibilité des juges, la liberté individuelle, l'oubli du passé.
La sagesse de Louis XVIU fut de comprendre que l'accord entre la royauté ancienne et la France transformée était sur ce terrain. Le frère de Louis XVI avait moins de bonté que son aiué, moins de bienveillance et de grâce que son ffêre puiné, qui allait le remplacer; mais c'était un homme d'un esprit sagace, d'un caractère priident et modéré, sans passion politique et plus fait pour vivre avec les difficultés que pour les vaincre.
Sa dignité fut de ne pas accepter des mains du sénat impérial, sans qualité pour stipuler au nom du pays, la constitution que ce débris du régime précédent, auquel la chute de Napoléon ôtait sa raison d'être, prétendait lui imposer. Devant l'arrogance sénatoriale , comme devant l'iusolence de la victoire européenne, il se redressa de toute la hauteur de sa race, et il agit en roi.
Sa faiblesse fut d'aspirer à établir celte fiction d'après laquelle il aurait octroyé à la France la Charte que, comme toutes les parties intervenant à cette transaction, il recevait . des mains de la situation, mais qu'en sa qualité de représentant héréditaire de la société française il proclamait. Ou n'octroie pas les choses nécessaires, on les déclare.
Une fois les formes du nouveau gouvernement établies, il ■■ eut le mérite de le pratiquer loyalement. On a dit de lui qu'il semblait né pour ftre Roi constitutionnel, -et qu'il avait le tempérament de ce rôle. Il y a de la vérité dans cette observation. Son état valétudinaire lui donnait une invincible paresse d'es-
Bill. Ac la HnUur. — T. Tl. 60
prit pour les questions administratives, dont il n^avait jamais eu le goût , plus porté qu'il était vers les distractions littéraires. Il abandonnait volontiers à ses ministres le courant des afTaires qui lui causaient un ennui mêlé de fatigue. Le témoignage de tous les hommes politiques qui ont travaillé avec lui, celui de M. Beugnot, comme celuideM.de Chateaubriand et celui de M. de Villèle, est unanime sur ce point. Le Roi tenait seulement à garder le décorum devant le public ; il recevait un ministre, ordinairement le président du conseil , une heure et demie chaque jour, afin qu'on lût le lendemain dans le Moniteur ; <c Le Roi a travaillé aujourd'hui, depuis midi jusqu'à une heure et demie, avec le président du conseil *. » Cet ennui et ce dégoût que les affiedres causaient au Roi allaient si loin, que, même avant le déclin de sa santé, il s'endormait quelquefois au conseil. M. de Villèle ajoute cependant que, malgré sa répugnance à parler d'affaires , Louis XVIII était loin d'être incapable ou indifférent : « Peut^Ure, ajoute-t-îl, préférait-il en laisser le poids avec la responsabilité à ses ministres. Il trouvait sans doute cela juste, en raison des formes du gouvernement adopté par lui, et sentait la difficulté de concilier son intervention trop positive avec l'indépendance des ministres responsables et sa propre dignité. » A l'appui de cette opinion, M. de Villèle rappelle que, lorsque le Roi le voulait, et qu'un puissant mobile l'y portait, il parlait et concluait
1 • cr Quand j'allais travailler loua les jours une heure et demie dans ton cabinet, comme le portait le Jfoni/eur, dit M. de Villèle, à peine m'accordail-il quelques minutes pour lui indiquer les aiTaires en cours ou en discussion dans les chambres. Ne pouvant causer sciences ou lettres avec un ignorant comoie moi, il racontait à merTeilIc, tantôt sur un sujet, tantôt sur un autre, rarement sur des objets relatirs à la politique ou À des questions d'État. Ces causerie» devenaient quelquefois assez oiseuses pour rouler sur notre fameuv poiîte Gondoulé, dont le Roi, qui savait notre patois, avait retenu et débitait parfaitement nombre de passages. » {Documents inédits,)
M. de Chateaubriand donne, dans le Congrès de Vérone , des détails complètement analogues à ceux que je viens de citer, et qui sont coniirmés par M. Beugnot, dans ses Mémoires,
JUGEUEIÏT Sl'U LE RUl ET SUU LB RÈGNE.
mieux qu'aucun membre de son conseil ; « Dans la discussîoD I sur l'envoi combiné des notes diplomatiques à Madrid, après
Vérone, ajoute-t-il, tous les ministres, eirepl* moi, avaient I Toté celte mesure. Le Hoi prit ia parole avec fermeté, et I après avoir résumé la discussion : « Louis XIV, dit-il, a déi tmit les l'jT^nées, je ne les laisserai pas relever; il a placé I' ma maison sur le trAne d'Espagne , je ne l'eu laisserai ,pa3 I tomber. Les autres souverains n'ont pas les mêmes devoirs '' à remplir k Madrid que moi. Mon ambassadeur ne doit quitter I cette ville que le jour où cent mille Français s'avanceront pour '' le remplacer. »
[ C'étaient là de lières et intelligentes paroles, et l'on peut en
conclure qu'à défaut de l'esprit des affaires, Louis Wlll avait
le sens politique. Seulement il ne l'appliquait qu'aux grandes ' questions, et n'intervenait que dans les graves circonstances, \ quand il jugeait que le dénomment était digue de ci-tle inter- „ vention royale , selon le précepte d'Horace, son auteur favori, ' dont ce prince lettré lisait les poésies beaucoup plus que les
traités politiques.
Il avait une autre qualité précieuse dans le gouvernement,
I la E&reté. Il le savait, el il le disait lui-même, à une époque
i' où le ministère de droite était nouvellement entré aux affaires,
? et où ses membres laissaient percer des craintes sur un voyage
que M. Decazes avait fait à Paris. Louis XVIII s'en aperçut, et L il dit à M. de Villèle : « Vous ne me connaissez pas bien. Je 1 n'ai jamais eu de cabinet vert, moi, entendez-vous'; et je " n'en aurai jamais, soyez-en sûr. Decazes le sait bien; aussi L n'étant plus mon ministre , il ne se hasardera pas à me dire
im mot sur la politique, car il n'ignore pas qu'à l'instant je
1. Le eibincl Tert élaU une piic« de* Tullerlei dont Ici tentures et let smeiililenierile éUient da eelle rouUur. el où l'on dttaU que, pendant la première réTOlullon, la reine Marie-Anlolnelle rccevail de » albirei pour lee comaller sur la pulLLlc|uc.
786 SESSION DE t624. — mort de louis xvm.
sonnerais pour lui faire ouvrir la porte de mon cabinet , et qu'il s'en verrait à l'instant interdire l'entrée, y
Il est presque inutile de parler de sa fermeté d'àme. Il l'avait montrée d'une manière éclatante en eiil. On se souvient 'de la fierté avec laquelle il demanda le livre d'or de Venise puur Y effacer le nom de Henri IV, sou aïeul, quand on lui signifia l'injonction de sortir du territoire de cette république; sa réponse pleine de dignité quand le preoiier consul Bonaparte voulut acheter son abdication ; son attitude , son sang-froid quand une tentative de meurtre fut dirigée contre lui ; enfin aux Tuileries, devant la coalition victorieuse. M. de Chateaubriand, qui n'avait aucune raison pour le Qalter, a dit de lui : o Louis XVIIl n'avait jamais perdu le souvenir de la prééminence de sou berceau ; il était roi partout , comme Dieu cât Dieu' partout, dans une crèche ou dans un temple, sur un autel d'or ou d'argile. Jamais son infortune ne lui arracha la plus petite concession ; sa hauteur croissait en raison de sou abaissement ; son diadème était son nom ; il avaitTair de dire : Tuez-moi, vous ne tuerez pas les siècles écrits sur mon front, on ne tue pas les siècles... Les généraux même de Bonaparlt^' le confessaient : ils étaient plus intimidés devant ce vieillard impotent que devant le maître terrible qui les avait commandés dans cent Arbelles. A Paris, quand Louis XVIII accordait aux monarques triomphants rhonneiu" de diner à sa table, il passait sans façon le premier devant ces princes dont les soldats campaient dans la cour du Louvre ; cette superbe du descendant de saint Louis envers les alUés plaisait à l'orgueil national. »
Chose étrange, ce monarque, si lier eu public quand sa dignité et celle de son royaume se trouvaient enjeu, était, il le reconnaissait lui-même, d'une faiblesse insurmontable dans le tétc-à-téte. Le grand défaut de son caractère était le besoin invincible d'avoir un favori. J'ai expliqué ailleiuï ce besoin,
JUGEMENT SUH tE ROI ET SUB LE BÈGNE.
par l'état valétudinaire du Roi, l'habitude qu'il avait depuis sa jeunesse d'un commerce d'esprit, et les fantaisies de la toute-puissance qui trouve son compte jusque dans les sacrifices qu'elle fait à ses propres créatures. M. d'Avaray, M. de Blacas, M. Décades, enfin madame du t'ayla, formèrent comme des dynasties successives dans la faveur royale. Ce qu'il y a de singulier, c'est que Louis XVIII oubliait assez facLement les favoris qu'il ne voyait plus. Leur place était prise; le commerce journalier qui lui était nécessaire suivait son cours; ses journées étaient remplies, cela suffisait. M. de Villèle rapporte qu'il entrait rarement dans le cabinet du Roi sans le voir cacher sous une main de papier la lettre qu'il écrivait, chaque jour, à la personne alors en faveur. Le dernier jour où il siégea devant son bureau , dans l'état où nous l'avons montré, c'est-à-dire ne pouv.int plus soutenir sa léte meurtrie et ensanglantée, il avait commencé la lettre accoutumée. Elle était restée là. Le nouveau Roi, afin qu'elle ne figurât pas dans l'inventaire, ordonna au président du conseil et au chaucelier de la cacheter et de l'envoyer à sa destination. J'emprunte ces détails aux notes de M. de Villèle.
(Vêtaient là les faiblesses de Louis XVIII, l'ombre de ses éminentes quahtés. Son âme, je l'ai dit, ressentait avec vivacité les événements qui intéressaient l'honneur de la France et la grandeur de sa race. Il prescrivit deux choses seulement à M . de Talleyrjnd partant pour le congrès de Vienne : sauver le roi de Saxe et faire tout ce qu'il serait possible en faveur de la l'ologne. Personne n'éprouva une joie aussi vive que la sienne i la nouvelle du traité d'Aix-la-Chapelle , qui affranchissait notre territoire de l'occupation étrangère , et quÏTeplaçait la France au rang des grandes pidssances. L'allégresse débordait de son cœui-quand il annonça aux chambreset au pays que le drapeau blanc llottait seul désormais sur nos forteresses.
M, de Villèle ajoute, ul son témoignage doit être enregistré,
7M SES5I0H DE 4824. — BOBT DK LOUIS HTHI.
que Louis XVIII avait plus de sensibilité et de délicatesse de cœur qu'on ne lui en accorde généralement. On pourrait alléguer, à l'appui de cetteopinion , l'abandon que fi,t Louis XVIII, pendant plusieurs années, de 1 0 millions de sa liste civile, aui départements qui avaient le plus souffert de la guerre. A ceux qui ne verraient là qu'un acte politique , il faut citer les paroles de M. de Villèle, sur une autre circonstance de la vie de Louis XVIII :
« J'fti acquis, dit-il, la certitude du prix que Louis XVlil metuit i réparer tes injustices commises envers les émigrés spolies, et à se laver de l'iniquité qu'il avait été obligé de sanctionner par raison d'Etal. Étonné de l'intérêt qu'il prenait à ma loi des rentes, je pus bienlâtme convaincre que ce qui le touchait le plus, c'était la conséquence de cette mesure qui permettait, par l'économie résullant de la substitution du 3 au B p. 1 00, de rendre aux dépossèdes, sans augmenter les charges de ses peuples, le montant intégral des revenus qu'ils avaient avant U déposBCBsion. Il caressait cette idée avec une ardeur si peu ordinaire chez lui, qu'on eût dit qu'avant sa fin, qu'il sentait prochaine, il tenait à décharger sa conscience de la part iuvolontaire qu'il avait dans cette spoliation, n
Si l'on examine les grandes lignes de son gouvernement qui doit être jugé par ses résultats, il est impossible de ne pas reconnaître, soit qu'on porte les yeux sur la politique intérieure, soit qu'on les dirige sur la politique étrangère, que son règne eut un caractère vraiment réparateur.
Au milieu des tentatives violentes dirigées contre son gouvernement de 1815 à 1823, par Les débris des gouvernements précédents, qui exploitaient contre lui toutes les mauvaises passionset toutes les rancunes qui, après tant de renversements dans le pays, fermentaient en France, il conduisit de telle manière les affaires extérieures de la France, du congrès de Tienne au congrès de Troppau, du congrès de Troppau au congrès d'Aix-la-Chapelle, et de ce dernier au congrès de Vérone, que notre pays qui, en 181S, au moment du second
JtGEHENT Sl!B LE ROI ET SVR LE BÉGKE. 791
retour des Bourbons, et après la bataille de Waterloo, était envahi, rançonaé, occupé par les années étrangtres, réduit à une complète impuissance, se releva peu à peu, aftraucbit son territoire, reprit son rang parmi les peuples et se trouva enfin, en 1823, capable d'intervenir en Espagne malgré l'Angleterre, et d'y laisser une armée, après une campagne qui jeta un rayon de gloire siu la fin du règne du vieux monarque mourant.
À l'intérieur, au moment de son second retour, en 1815, la France est ruinée, les sources de la richesse nationale sont taries; l'industrie, le commerce, surtout le commerce maritime, sont anéantis ; la propriété territoriale est écrasée, les impôts ne rentrent plus, les caisses de l'État sont vides, kdéficit est énorme, les dettes exigibles effrayantes, le crédit est mort, le 5 p. 100 est à 46. Quand Louis XVllI finit en 1824, le S p. 100 est à 102, le crédit est relevé au point que la réduction de l'intérêt est possible, et que la conversion des rentes, dlITérée par une intrigue politique, est inévitable. Les plaies de nos finances sont fermées ; l'ordre, la régularité, la probité sévère, ont rétabli la prospérité et la confiance. L'agricidture, l'industrie, le commerce, ont repris leur essor. En même temps, s'ouvre, à la faveur du principe de liberté qui a relevé la tribune et rendu leurs ailes aux intelligences, une époque littéraire qui sera comptée parmi les gloires de la France moderne. L'éloquence de MM. de Serre, Laine, Royer- Collard, du général Foy, honore la tribune, et h parole moins littéraire de M. de Villèle, « cette grande lumière qui brillait k si peu de frais, » selon le mot de M. Canning, éclaire les questions. Le talent déjà admiré de M. de Chateaubriand et celui de M. de Bonald l'ont faire un grand pas ù la langue politique. AL de la Mennais fonde sa renonunée. MM. Guizot, Cousin, Villemain, attirent autour de leurs chaires professorales d'histoire, de philosophie, de littérature, une foule im-
792 SESSION DE 1824. — mort de louis xviu.
mense d'auditeurs. MM. de Lamartine, Victor Hugo, donneot l'essor à la poésie lyrique, jusque-là captive, et trouvent un nouveau filon dans la poésie, cette mine qui semblait épuisée. Casimir Delavigne prête à l'élégie agrandie un accent à la fois héroïque et national *. La science et l'art ne demeurent pas en arrière. La vapeur, naissante encore, commence à être introduite dans notre marine. Une exposition industrielle, en 1823, révèle le perfectionnement de tous nos produits.
Certes il n'appartient à personne de nier que ce soient là de beaux résultats du principe d'ordre contenu dans la monarchie héréditaire, principe favorisé par la paix qu'elle rapportait à la France, et associé à la liberté politique.
Malheureusement, en mourant, Louis XVIII laissait un problème sans solution, et ce problème, c'était précisément celui qu'il aurait fallu résoudre pour assurer à la France la continuation des bienfaits que la Restauration lui avait apportés. Ce n'était pas assez d'avoir donné le gouvernement représentatif au pays, si on ne l'enracinait point dans le sol, en consommant l'alliance féconde du principe de durée et de stabilité, que contenait la monarchie héréditaire, avec le principe de la liberté politique. Louis XVIII, et ce fut là, je persiste à le croire, la faute principale de son règne, se lassa trop tôt, en ISio, d'essayer d^accomplir cette œuvre déjà bien difficile en elle-même, en s'appuyant sur la droite qu'il fallait façonner, discipliner, modérer, contenir en même temps, tandis qu'on appellerait à elle le contre di'oit, et peu à peu le centre gauche, enfin, tous les hommes de bonne volonté du pays, sans distinction de nuance. Sous la pression de M. Decazes, qui croyait perpétuer ainsi son ministère , Louis XVIII rejeta la droite. Il laissa les ministres la dénoncer en son nom au pays, et la repoussa dans l'opposition. Il essaya de lui
I. J'ai traité celle queslion in extenso dans Yllisioire de la Utlératiire sons ta Restauration,
JL^GEMEST SUR LR BOI ET Sl'R LE UKr.HE, TM
substituer le centre droit appiiyt!- sur le centre gauche et mùme dérivant jusqu'à In gauche, pour fonder le gouvernemeDl représentatif.
Il s'aperçut en 1820 qu'il avait échoué dans celte tentative, La gauche, comme le loyal due de liichelieu, M, Laiaé, M. de Serre, M. Decazes kii-raéme, le reconuurent successivcmeot, se souciait moins de fouder que de détruire. Elle transformait toutes les concessions qu'on lui faisait eu armes oifensives.
Alors Louis XVMI revint à In droite. Mais la droite avait été profondément troublée par une opposition de cinq ans, par la guerre qu'on lui avait faite et par celle qu'elle avait faite, par des divisions inlestines, par ses luttes avec le centre droit, par ces habitudes d'exagération, de violence, d'indiscipline, et ce défaut d'esprit pratique que l'on contracte dans l'opposition. Louis XYIII fut donc obligé de teuter, avec moins de chances de succès, sur la fin de son règne, quand ses forces étaient affaiblies, et que les moyens qu'il voulait employer se roidissaient contre sa main paralysée par l'ilge, l'œuvre qui était déjà difficile en 1 815. .
11 mourut à la tâche, sans avoir résolu le problème de la monarchie représentative. Il n'avait pas assis, en effet, cette monarchie sur les bases qui lui étaient propres, et il la laissait échafaudée sur la centralisation administrative de l'empire, sans qu'on vit apparaître un parti de gouvernement, comme le constatait M. IVoyer-CoUard, avec une tristesse prophétique dans son mémorable discours sur la septennahté.
Louis XYIII n'avait réussi qu'à faire vivre le problème et à vivre avec lui.
Quand il mourut, le premier rclai, je veux parler du centre droit, conduisant le centre gauche et cherchant à régler la gauche, était épuisé ; le second, je veux parler de la droite, cherchant à attirer le centre droit et à régler l'extrême droite, avait fourni déjà une partie de sa course.
794 SESSION DB 1831. — MORT DB LOUIS XVin.
A Toîr ce qui se passait au sein de la droite, ses divisions, ses fautes, ses passions, qui surexcitaient celles de la gauche, qui n'avaient rien perdu de leur ardeur, il était à craindre que Charles X, moins préparé que son frère à résoudre le problème, et arrivé dans des circonstances plus difficiles, ne se brisât contre la difficulté que Louis XVIII avait fait durer.