DERNIERS MOMENTS ET MORT DE LOUIS XVIII
Le ministère était arrivé à la fin de la session , sans qu'il eût été pourvu au remplacement de M. de Chateaubriand :
1. c Tant qoe Louis XVII I yécat, dit M. de Villèle dans son journal, je n'eus pas à me plaindre du favoritisme, la personne en faveur ne chercliant pas à se mêler de la haute direction politique, étant d'un très-pur royalisme, et usant de son influence pour ramener et maintenir lliarmonie entre les deux frères, qui, pour la première fois peut-être, ne fut pas troublée sous mon ministère. M. de Senonville, qui affectait la pénétration, me l'avait annoncé : ff Monsieur le ministre, m'avait-ll dit, vous êtes né coilTé. Il faut un favori et « eelle qui l'est ne se mêlera pas de vos affaires. » Un autre s'en mêlait un peu p«r rleocliet, et, avee la meilleure volonté du monde, il me suscita des difficultés pur son incessante activité et le désir de se rendre utile. La tentative vaine d'amortir les journaux et celle souvent reproduite d'introduire dans le ministère des capacités supérieures à celles qui y étaient m*ont causé quelques embarras, et ont coûté beaucoup d'argent, Je crois, à la liste civile. Mais je ne me suis jamais occupé de cette dernière. » (Papiers politiques de M. de Vnièle.]
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cela tenait aux prétentioDS rivales qui s'agitaient autour du portefeuille des affaires étrangères. Dans le salon de madame du Cayla on le réclamait hautement pour le duc de Doudeauville * ; mais M.'de Villèle, sachant qu'il y avait à côté un plan organisé pour évincer M. de Corbière du ministère de Tintérieur, résistait fermement à cette pression qui dégénérait en une sorte d'obsession systématique'. D'autres ouvertures lui avaient été faites pendant la discussion de la loi des rentes et elles avaient été renouvelées depuis : les noms mis en avant étaient, on s'en souvient, ceux du duc Mathieu de Montmorency, du prince de Polignac, auxquels était venu s'ajouter celui du duc de Fitz-James. Le baron de Damas se portait garant de l'acceptation du duc Mathieu, dont il était l'ami, et l'on remontrait à M. de Villèle qu'il y aurait dans un pareil choix l'avantage de prouver que le président du conseil ne gardait pas rancune à la chambre des pairs , puisqu'il était notoire que M. de Montmorency avait voté avec la majorité contre la loi des rentes. Ceux qui conseillaient la nomination du prince de Polignac, comme ceux qui agissaient pour celle du duc de Fitz-James, alléguaient également que l'un ou l'autre choix serait agréable à Monsiech, à l'intimité duquel MM. de Fitz-James et de Polignac appartenaient. Ces allégations faisaient pressentir l'avènement d'un nouveau règne.
Arrivé à la fin de la session, M. de Villèle prit son parti. Il
t. M. de la Rochefoucauld écrivait à cette dernière : «Je n*lié«ite plus, et. dans mon opinion, le Roi doit annonper à son conseil qu*il prend le duc de Doudeauville pour ministre des affaires étrangères... Mais, si Corbière resfe i rintérieur, Teifet est manqué ; parce qu'on dira que ce n*est pas une «flaire unie. » (Mémoires déjà cités.)
2. u II faut ruser, l'emporter, écrivait madame du Ca}-la à M. de la Rochefoucauld. Ce sera le premier pas que le Chai par terre (M. de Chateaubriand).
C'est après qu'U fautfaire flèche de tous bois, abreuver C (M. de Corbière)
de dégoûts et le faire partir pour Rennes. » D'un autre côlé, on lit dans les Notes politiques de M. de Villèle : « Je n'ai laissé faire de mouvement ministériel que le moins et le plus tard que j'ai pu sans qu'on ait songé jamais à introduire dans le conseil qui je ne croyais paa utile au service publie. »
NOMINATIONS APItiS LA SESSION. 773
comprit qu'il ne pouvait éviter plus longtemps de faire une concession au salon de madame du Cayla, mais il mesura luimême cette concession de manière à ne pas lui donner une portée trop grande. Le ministère de la maison du Roi, d'après les traditions, n'était pas regardé comme un ministère politique, et il était convenu que le Roi y mettait un homme de • son choix, sans consulter le cabinet '. Ce Tut le ministère que M. de Villèle destina au duc de Doudeauville. On le rendit vacant en appelant M. de Lauristou, récemment nommé maréchal de France, à la charge de grand veneur. Le baron de Damas passa du ministère de la guerre au ministère des affaires étrangères, et remplaça ainsi M. de Chateaubriand après avoir remplacé le duc de Rellune. Le cabinet, on ne pouvait se le dissimuler, allait en s' amoindrissant.
Le calcul de M. de Villèle, en opérant celte mutation, était de faire passer le marquis de Clerm ont-Tonnerre, du miuistère de la marine au ministère de la guerre, afm d'appeler M. de Chabrol, directeur de l'enregistrement, à la marine, et de fortîlier ainsi dans le conseil l'élément de la droite modérée et le royalisme mtmicipal, au lieu d'augmenter la part et l'influence du royalisme de cour. La même pensée le détermina à placer à la direction de l'enregistrement M, de Martignac, qui avait rendu de grands services au ministère dans ta der- DÏère session. Un peu plus lard (24 aoùl 1824), pour compléter ces arrangements intérieurs, et donner aux hommes religieux, qui se plaignaient de ce que l'Mucation n'était pas assez chrétienne, une de ces garanties qu'ils réclamaient avec inetaoces, il fut décidé qu'un ministère des affaires eccléàastiques et de l'instruction publique serait créé, et qu'un
I. Oa lit, ï ludaledu S loùt, dam le camel de H. do Villèle : i Tenu un conieil <lea minUIrcd, dans lequel n élé convenu le mouvement mlnUIérleli iiut pour le millilitre de U maison du Roi, eur lequel c'eil à Sb Hiijeitiï eeule de prononcer. < {Dommenii iatUili.)
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?*:mii«L :*r*Ir y< T',ir»jss>e-3ieîits- d'utilité publique et des se- -.liiTs ^aerniA : M- l-e rsimuîs de lUjiudûiier obtint l'adminis-
•7-i-:r»:c ^crriL»: >< :-:-or:s. li v ç^it une organisation nouvdie àt -\wi:îr{« :Tu:. MM. ferrla de Vaui. directeur du Journal r-^ f^v->. r\ri-i.iz-i Ct P*:Tthitr. qui faisait p:uiie delà V v>-.ççx^î*r...c ir irv-tte, M. de Meiy, qui avait été direc- .r: r i-{:r ril i-ts^ ks-'^^ j^^s M. FVrcazes, cessèrent de faine
i»x ::*: i.. 5<n>,>: ,rùrvîire. MM. de Saint-4iér>- et de Frènilly
NOHINATIOnS APRÈS LA f
furent nommés cou^dillers d'Ëlat. Presque Ions les choix Douveauk appartenaient à la droite modérée et au centre droit. C'était là évidemment que le ministère plantait plus que jamais son drapeau.
La nouvelle organisation du Conseil d'État doit ôtre notée. Aux conseillers d'État et aux maîtres des reqiiôtes, M. de . PejTOnnet avait ajout« des auditeiu-s. Les conseillers d'État en service ordinaire étaient au nombre de trente, et ne pouvaient avoir moins de trente ans accomplis; les maîtres des requêtes au nombre de quarante, et ne pouvaient être Âgés de moins de vingt-sept ans. Pour entrer au conseil d'État il fallait avoir rempli, au moins pendant cinq ans, des fonctions publiques, II y avait trente auditeurs, dix-huit de première classe, douze de seconde. Pour être auditeur, il fallait être licencié en droit, avoir vingt-deux ans au moins dans la seconde classe, vingtquatre ans pour être auditeur de première classe. Les auditeurs ne recevaient pas de traitement, lis devaient justifier de 6,000 livres de rente. C'était évidemment un noviciat administratif et politique, où les jeunes gens de familics riches, les fils de pairs et de députés, pouvaient se préparer aux affaires. On cherchait à cré«r une classe politique à l'avenir. Le conseil d'État demeurait partagé, comme par le passé, en cinq comités : le contentieux, la guerre, la marine, l'intérieur et les finances. A défaut de l'inamovibilité qu'on ne pouvait donner à ceux qui en faisaient partie, l'ordonnance d'organisation leur assurait une garantie qui avait sa valeur : les con^ seillers d'État, matlres des requêtes et auditeurs, ne pouvaient être révoqués que par une ordonnance individuelle et spéciale. On ne pouvait être auditeur plus de six ans. Pour remédier aux inconvénients d'une société individualisée, le ministère cherchait k entourer de lumières les dépositaires de la puissance publique. C'est ainsi qu'à l'instar de l'Angleterre on institua un conseil de l'amirauté, investi du droit d'é-
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mettre un avis sur toutes les mesures qui se rattachaient | ta marine, les colonies, les armements, les approvisioum ments, les constructionB, les travaux daus les ports, la l^gi lation maritime et coloaiale. Le vice-amiral de Missiessy, le contre-amiral Roussin, le contre-amiral de Viella, MM. Jurieir, intendant des armées navales, et Desbassyns de Riehemont, commissaire général de marine, ârent partie de ce conseil.
On pourvut à un autre besoin, souvent signalé dans chambres qui s'étaient plaintes du chaos du Bulletin des loi où subsistaient les dispositions les plus anarcbiques et 1 plus despotiques venues de la Révolution et de l'Empire a qu'on pouvait invoquer tour à tour, de manière à mettre 4 péril le pouvoir ou la liberté. Une commission fut ntimm pour réviser l'arsenal des lois et décrets antérieurs au gouvci ncment des Ronrbons. Cette commission fut formée d'homm spéciaux et compétents, les plus propres à mener h bien cet grande et difficile entreprise : c'étaient MM. de Pastoret, I talis, d'Uerbouville, de Martignac, Dudon, Pardessus, Bonne^ Cuviev, Allent, Amy, de Cassini, de Valimesnil.
Quelques révocations vinrent s'ajouter à celles qui avaieB fait disparaître du conseil d'État les hommes ouvertemei hostiles au ministère. M. Uourdeau, qui avait violemmfld attaqué le gouvernemQiit à la chambre des députés , I révoqué de ses fonctions de procureur général; M. Frète de Pény, qui, dans le procès de VArislarque, avait suivis mouvement d'opposition qui se manifestait daus la magistn ture, fut destitué. Le ministère crut devoir répondre ainsi S mouvement d'opposition qu'il voyait naître contre lui dansl monde judiciaire, et il avertissait la magistrature debout qav ne tolérerait pas de sa pail des attaques qu'il ne pouvait e pécher chez h magistrature assise.
Pendant que lu ministère prenait ces dispositions, la saal du Roi déclinait de plus en plus. M, de Villèle le prévoyait, !
AFFAIBLISSEMENT PB0GHE8SIP DU BOl. 717
faudrait bienlûl pourvoir aux dif6cultés qui pouvaient naître d'un changement de régne. Louis XVIll qui, au commencement d'août, était eucore à Saint-Cloud, resta plusieurs jours sans sortir, ce qui traliissait son état de souffrance, car son habitude invariable était de faire une promenade en carrosse tous les jours. Le président du conseil, après en avoir conféré avec ses collègues, et on prenant en considération la surexcitation que les violences de la presse jetaient daus l'opinion publique, crut le moment venu de se servir du droit de censure facultative que la dernière loi avait conféré au gouvernement dans l'intervalle des sessions. On ne pouvait dire au public le véritable motif de cette mesure, sans exciter des alarmes prématurées et sans porter un coup au Roi, qui devait connaître les considérants de l'ordonnance qui allait ôtrc rendue. Cette ordonuance portant la date du \5 août, et signée par les trots ministres députés, alléguait donc, pour motiver l'établissement de la censure, la nécessité de réprimer les violences de la presse, que la jurisprudence récemment adoptée par les cours ne permettait plus d'atteindre avec les lois existantes, puisqu'elle admettait pour les journaux une existence de droit indépendante de l'existence de fait, interprétation qui fournissait à ceux-ci l'occasion d'éluder, par un moyen aussi facile que sl^r, la suspension et la suppression prononcées contre eux. On reprocha beaucoup au ministère d'avoir motivé ses résolutions, en témoignant ouvertement le mécontentement que lui avaient inspiré les derniers arrêts rendus. Ne voulant point donner son véritable motif, le ministère était obligé de le cacher derrière uu prétexte. — «Le Roi, dit M. de Villèle, ne se méprit pas sur le véritable motif de cette mesure. Après avoir signé l'ordonnance, il dit au préifident du conseil : « Vous irez en sortant d'ici dire à mon frère ce que je « viens de faire. » Monsiecii n'approuva pas l'ordonnance, et la première parole qui lui échappa, quand M . de Villèle la lui
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eut communiquée selon la recommandation du Roi, fut celleci : a 0 Villèle, quelle sottise ! » Puis, sa bonté naturelle le portant à adoucir ce que ses paroles pouvaient avoir d'amer pour M. de Villèle, il ajouta aussitôt : « N'importe, dites au Roi et croyez bien que je soutiendrai de mon mieux la mesure. »
Le Roi était revenu aux Tuileries., et, malgré sou état de souffrance, il avait recommencé ses promenades habituelles en voiture. Mais il était tellement amoindri, faible et changé, que le peuple murmurait en le voyant passer dans cet état, et que les partis accusaient le ministère de lui imposer ces sor« ties pour tromper le public et conserver leurs places. Le Roi, avec son courage ordinaire, ne faisait que mettre en pratique la parole qu'il avait prononcée quelques semaines auparavant : (c II est permis à un roi d'être mort, mais il lui est toujours défendu d'être malade. » Son état continuait à empirer : il prescrivit au premier gentilhomme de sa chambre de 'fixer au lundi 23 août, au lieu du mercredi 25, la réception des dames à l'occasion de sa fête. Les journaux, placés sous le coup do la censure, ne pouvaient agiter le public en répandant des alarmes au sujet de la santé du Roi, et M. dé Chateaubriand, pour continuer son ardente opposition, fut obligé de publier une brochure dans laquelle il attaqua la censure avec beaucoup de vivacité. Le 2S août, le Roi reçut, comme les années précédentes, les félicitations de tous les corps constitués. Les nombreux visiteurs admis en sa présence à cette occasion furent frappés de son affaiblissement et de Taltération de ses traits. Cependant, dominant par la force de son âme cet affaissement physique, il répondit à la harangue du préfet de la Seine avec autant de netteté et de bonne grâce que s'il avait été en parfaite santé- Il voulut, après cette longue et fatigante cérémonie, présider le conseil comme à l'ordinaire. Le 27 et le 28 août, il eut encore le courage d'aller faire
l'état du roi s'aggrave. 779
ime promenade en carrosse jusqu'à Choisy, Le 31, son état s'aggraya, ce qui autorisa Moksieur, chez qui M. de Yiiièle s'était rendu au sortir du cabinet du Roi, à dire au président du conseil « que s'il avait le malheur de perdre son frère, il ne changerait certainement rien à ce qu'il avait fait, et ne s'attadierait qu'à continuer son règne. »
Le 1" septembre il y eut un peu d'amélioration dans l'état du Roi, mais cependant sa faiblesse demeurait extrême, et il ne pouvait sortir. Le 2, M. de Villèle se présenta dans son cabinet et s'acquitta d'une commission dont il avait été chargé par le duc d'Orléans. Le premier prince du sang représentait que son fils aîné, le duc de Chartres, atteignait, le lendemain S septembre, sa quatorzième année ; or, d'après les usages de la monarchie, ajoutait-il, le cordon bleu était acquis ce jour-là au jeune prince, il le réclamait donc pour lui. Tous les jeunes princes placés dans la même position en avaient été décorés à cet âge, notamment le duc d'Enghien.
« J'ai trouvé le Roi ayant peine à soutenir sa tète, continue M. de Viliêle, et j'ai été obligé de baisser la mienne au-dessous de son bureau pour ne rien perdre de sa réponse. 11 m'a répondu sans hésiter : « — Vous direz à M. le duc d'Orléans qu'il se trompe, que ce qu'il « demande n'est du qu'à quinze ans, et que je ne ferai jamais pour lui « que ce qui lui est du. L'exemple qu'il cite condamne sa prétention. « Le duc d'Enghien, » — et il indiqua avec une étonnante précision le jour, le meis, l'année de sa naissance, — « n'eut le cordon bleu que le « jour de ses quinze ans révolus, » — et il cita encore cette date. — « M. le « duc de Chartres ne l'aura de moi que de demain dans un an. »
« Une telle mémoire, poursuit M. de Villèle, une telle présence d'esprit, une telle résolution avec un si grand accablement physique, sembleraient impossibles à qui n'en aurait pas été comme moi témoin. »
Dans les jom*nées suivantes, l'état du Roi ne présenta point de modifications sensibles, et le 7 septembre il reçut encore le corps diplomatique. Le 10, M. de Villèle le trouva extrêmement faible et remarqua que sa respiration était très gênée.
0 Le Roi, conttnue-t-il, n'a plus la force de soutenir sa Wlc, qui, m retumbant sur ie coupant de sod bureau, s'est toute meortric i'avùi fait observer la veille, aux gens Uo son service, qu'un oreiller Ini srrail nécessaire; ils l'avaient offert, mais avaient été rudement repoussi-s. Voyant le front du Roi meurtri et sa figure cnsAngUntéc, je œc hasardai à lui demander la pennission de Taire apporter un oreiller; j'^outai que j'avais à l'entretenir d'une aiTairc importante pour bMjuelIc il foUjit qu'il eût la bonté de me donner des ordres, ce qui serait impossible, s'il n'avait la tête assez élevée pour que je pusse l'entendre. Il fit un signe approbatif, j'ouvris le cabinet, on porta l'oreiller, ce qui me permit d'entendre ce que le Roi voulut bien me dire avec une pleine liberté d'esprit. Au sortir de chez le Roi, je suis allé chez Monsiini cl j'ai rassemblé le conseil pour conférer de cette pénible situation. •
Louis XVlll souteQait ainsi avec une iœpassible fermelc les approches de la mort. Esclave des devoirs de la suprême puissance et maître de lui-m^me, il siégeait jusqu'au bout; il mourait comme il avait vécu, en roi. A mesure que tout espoir de prolonger sa vie disparaissait, ta famille royale el ceux qui approchaient de lui ^'inquiétaient de ne l'eDlendre faire aucun appel aux secours de la religion. Louis XVIil, par ta première phase de sa vie, appartenait au parti philosophique et à ta société du dix-huitième siècle. 0«eUe impressi( avaient produite sur lui la révolution el ses terribles catasl phesî Kul ne le savait. Dieu seul lit dans tes consciences, les apparences extérieures de croyance ou d'incrédulité, les sentiments véritables qui sont le fonds de l'homme, Mo«siECB, ainsi que le duc et la duchesse d'Angouléme, étaiestî ardemment chrétiens; de plus en plus alarmés de l'état Louis XVlllI, ils sentaient la nécessité de prévenir une soudaine qui pourrait le priver du secours de l'figlise; mi personne , dans la famille royale, ne se croyait en position prendre une initiative à cet égard et de proposer au Roi d'à] peler un confesseur. Malgré le déclin de ses forces physiqui Louis XVlll avait conservé, avec la plénitude de ses facull intellectuelles, l'inflexibilité de sa volonté, et il avait habil
stro^^ sou^H
Ma
DEDNIEtlIj JOURS DU ROI : IL REÇOIT LE» SECOURS HEL1G[EI'\. 781
sa famille à une déférence rrainli^e. La famille royale songea alors à madame du Cayla, que ie Roi était habitué à recevoir ime fois par semaine, et pour laquelle il se montrait plein de déférence et de bouté : cette dame ne pourrait-elle pas être utilement appelée à rempUr cette mission délicate? Elle s'y résigna et vint, à son ordinaire, aux Tuileries le 11 septembre; le Roi consentit à la recevoir; elle passa trots quarts d'heure avec lid et obtint l'autorisation demandée '. Le confesseur du Roi fut immédiatement appelé. 11 était temps, car, dés le soir, le Roi n'eut plus la force de donner lui-même le mot d'ordre, ce qu'il avait fait jusque-là. 11 avait encore reçu, ce jour, dans l'après-midi, M. de ViUèle et M. de Damas. Le 12, il était trop souffrant pour paraître à la l'éception générale du dimanche; on ferma les appartements. MoNsiEta reçut M. de Villèle, et lui communiqua le désir que M. le duc d'Angoulérae eût entrée et rang après lui au conseil; M. de Villèle se chargea d'en faire part à ses collègues. Le 13, le Roi reçut les derniers sacrements de la main du grand aumônier, en présence de la famille royale, du grand chambellon, des grands ofliciers de la maison, du prince de Castelcicala, du président du conseil et de tout le service , et l'on publia deux premiers bulletins de sa maladie ". Le même jour, la Bourse et les théAtres furent fermés ; la vie publique demeura comme suspendue en présence de celte vie royale qui allait finir.
I. B€inoirct itu Jiic ilc Doudeauville. — Litires île NadioiB Ju Cajla. — Journal politique de U. île VillËle.
î. Ce» deux liullBlin» wnl dal^ du 12 «eplembre. le premier à 0 heure» du mallo, le xefoiid à 0 tiourea du lOlr. el Ils parnreal l'iiD et l'autre ûant 1c Moniitnr du 1 3. L,« premier ^lall alriel can^u : ■ Les inOrmltéa aocleiines at permnnrnlïB du Roi aj-aiil augmenté «eniililement depula quelriuea Jours, la taaii* a paru prorundémciil altérée el ei\ deieniie l'olijet de eoniullallons plu* rréquetilei. On ne peut <e diulinuler nujnurd'liiif rgue >ca rorc» aient ronnldéraWemenl diminué, et ([uo l'eapolr qu'on aTalt confu ne doive auul ï'aBBilillr. n Sifiné : Portai, Alibkht, Distel, THÉVE^0T. •
782 SESSION DE 4824. — mort de louis XVIII.
A partir de ce moment, la cour et le jardin des Tuileries se remplirent dès le matin d'une foule inquiète et attendrie, dont Tempressement rappelait celui de la multitude qui séjournait sous les fenêtres des Tuileries dans les derniers jours de la Restauration de 1814, à la veille des Cent-Jours. Elle stationnait avec un religieux silence sous les croisées du Roi agonisant. Les nouvelles étaient attendues avec anxiété et répétées avec un douloureux empressement. Des prières publiques avaient été demandées, et les églises étaient pleines de chrétiens qui venaient prier pour la conservation du Roi. La popularité des premiers jours de la Restauration revenait à ce Bourbon mourant. En présence de sa mort, de plus en plus proche , le reciteillement se faisait dans les âmes , et les passions de lesprit de parti accordant la trêve de Dieu à cette agonie royale, la multitude comprenait instinctivement que ce règne qui avait fermé les plaies de la patrie, rendu le sang à ses veinés, l'indépendance à son territoire, la liberté politique aux assemblées, la voix à la tribune , le crédit et la prospérité aux finances, n'avait pas été sans grandeur.
C'était, en outre, depuis la révolution française un spectacle nouveau que celui d'un souverain mourant sur son troue et aux Tuileries. L'échafaud avait dévoré Louis XVI, le Temple Louis XVII, le rocher de Sainte-Hélène Napoléon, la vertu, l'innocence et la gloire ; Louis XVIII mourant dans son lit, malgré tant d'augures contraires, causait un étonnement admiratif à ce peuple habitué au naufrage des porteurs de couronne. On lui tenait compte du calme et tranquille dénoùment d'une vie agitée, et en le voyant conduire jusqu'au port un esquif sur lequel tant d'autres avaient sombré, on le reconnaissait pour un pilote sage et avisé, et, ce que la multitude admire presque autant, un pilote heureux.
Les bulletins se succédaient eu annonçant chaque jour une aggravation dans l'état du Roi. Le bulletin du 14 septembre.