‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 41 sur 122 · M. DE VILLELE ET M. LE DUC DE WELLINGTON · texte numérisé non relu

M. DE VILLELE ET M. LE DUC DE WELLINGTON

pariant des secours que pouvaient nous ilonn<T n^^s alliis, il <i dit qu'il ne fallait pas songer à la voie de mer, et, tout aussitôt, il m'a demandé si , par terre, nous donnerions passiij^e à des troupes étrangères. Envisageant ensuite la difficulté d'une arnié(; d'observation en Alleraagno, il en a signalé les inconvénients. En terminant, il a exprimé des regrets au sujet de la réunion du congrès, inutile au point de vue des affaires de (irèce , intempestif pour les affaires d'Espagne. Si après le congrès on ne faisait rien, il y aurait un acte de faiMesse; si Ton agissait, l'on agirait mal à pmpos.

u Je lui ai répondu qu'il était dans l'erreur sur nos dispositions envers l'Espagne et qu'il paraissait ignorer la véritable situation du pays. Je lui ai fait connaître ce que nous en savions par nos consuls de tous les points de la Péninsule : l'exécution d'Ellio , la députation de Barcelone, les combats journaliers sur nos frontières, les m»;naces adressées à nos nationaux forcés partout de renvoyer leurs famiib^s, et se tenant prêts à partir eux-mêmes pour se soustraire à un massacre général inéditt;, annoncé. Je lui ai demandé si, dans une part;ille situation, nous pouvions nous dispenser de réunir des troupes pour garantir nos frontières de toute insulte. Je lui ai dit que , (juant aux c<jrps n'îunis sur notre frontière, nous n'avions fait que pourvoir à cette nécessité. Je lui ai demandé si le caractère du Uoi d'Espagne , la marche naturelle d'une révolution «pii travaillait ce pays, si les évcnements consommés violemment, ceux du commencement de juillet, enfin si l'alliance à nos p«»rt«s des révolutionnaires espagnols avec nos révolutionnaires, ne nous fiiisaient pas un devoir de prévnir la |M>ssil»ilité d'uni; atteinte portée aux droits ou à la sûreté du Hoi d'Es- |)agne et de sa famille, d'une insulte faite à notre Roi, à nous Français et à notre territoire? Nous avons jugé qu'il en était ainsi, el nous sommes préparés à préserver notn; bonneur et notre sûreté sous ce rapport. Je n'ai dit ni le nt»mbre de nos tnnq)es sur les frontières , ni de celles dont nous pouvions disposer pour une opération définitive dans la Péninsule. Mais, comme il avait dit qu'il y aurait de la f<»lie à rien tenter de ce genre à moins d'avoir réuni une armée de cent mille hommes, je me suis bonié à lui dire que nous étions en mesure, si nous y étions forcés, à opérer sans commettre une folie.

« Passant au congrès, je lui ai dit qu'en effet je pensais, comme lui, que s'il n'eût dû avoir d'autre objet que les affaires de Grèce, il était inutile au point où elles en étaient arrivées, et que s'il devait être question des affaires d'Espagne, mieux eût valu le reculer. Puisqu'il avait lieu, il était impossible de se dissimuler que, si rien n'était prévu, rien statué sur l'état de la Péninsule , les révolutionnaires en tireraient un accroissement d'audace et de force. Pour éviter ces inconvénients, nous concourrions avec les autres gouvernements à l'examen de cette

COHGB^ DB VÉROHE.

queslion iiiltTessante pour enx comme pour nous. Nous |B>rteriorB il cet eiamen Ia tïaDcliise et le <)évoueinent à. l'intéi'âl commun dont il croyions avoir constanimunl tait preuve. J'ai ajouté que j'avais une ré- [Muse po«tivË à faire sur deux pointa : 1° nous ne wnscnbrans )ia& it donner passai fi des trriupes étrangj^res sur notre territoire ; S" notu ne porterons point la. j^erre sur l'invitation, encore moins l'injonction des autres, mais seulement si nous j étions contraints pur une des dcui raisons dont nous venions de parler ■. n

Je cite in extenso cette dépflche parce qu'elle jette une lumière décisive sut- un point d'histoire longtemps controversé. L'opposition accusa M. de Villèle d'avoir avoué h la tribune que la Restauration n'avait fait la guerre à l'Espagne que sur les injonctions de la Sain Ifi -Alliance. On voil par cette conversation du président du conseil avec le duc de Wellington , qui Tut mise sous les yeux de l'empereur Alexandre par le vicomte Matliîeu de SUmtmorency', que non-seidemeni M. de Villèle n'a jamais rieu avoué de pareil, mais qu'un aveu de ce genre était impossible dans sa bouche, puisqu'il soÎTait une politique diamétralement opposée à celle qu'on lui a prêtée et qjue quelques historiens prévenus persistent à lui prêter

Vers la même époque, sir 'William A'Coiul;, ambassadeur d'Angleterre i Madrid, traversant Paris pour se rendre à son poste, eut une conférence avec M. de Villèle, etcelui-ci, lorsqu'il en rendît compte à M. de Montmorency, lui rapporta en ces termes sa réponse à l'envoyé britsumique, qui avait paru croire qu'il ne pouvait y avoir eu aucim cas une itécessilé d'intervenir pour la France. « Je lui dis que, plus que personne, la France était intéressée b. ce que cela fût possible ; mais que

1. Ultre de H. de Vlllile i H. Halhifu da HanlmeriDcy. { Doeamaat

i. G'eil diu M lettre du !■' ostobre qui le vlcomle UiUilea, de ManlnMrei»^]' parle da la coiiuiiunicaliou qu'il a Taile à l'eDiiicrpur de Ituiue de U di'-piclie de M. de VilliMe.

letthes de m. de villèle a m. db mostmobenct. S39 Dou:; étions dêcidéâ h nous consener les moyens d'interreoir aclÎTement dans celle affaire si la considération de uotre propre sûreté le rendait nécessaire, o

La politique du cabinol des Tuileries, telle que In comprenait le président du couseil, se dessine ici d'une manière fort claire. Il ne désirait pas l'intervention, mais il prévoyait qu'elle deviendrait nécessaire, et il s'y préparait. Il est impossible de lire la suite des dépêches de M. de Villéle à M. de Slontmorencj' sans demeurer convainca que telle était la politique du cabinet des Tuileries. On y volt pcrccrla crainte que notre plénipotentiaire aille trop au-devant de la politique européenne et ne se livre au lieu de se résener. Cela tenait à lu différence des delà caractères et à la connaissance qu'avait M. de Yillèle de celui de M. de Montmorency, ûme chevaleresque, cœur ouvert k tout ce qui était généreux , et qui n'avait pas été à l'abri des illusions de 178!). Le président du conseil, plus prudent, plus expert, plus avisé, était déjà depuis quelque temps frappé du parti qu'avait tiré le prince de Metlernich de la Sainte-.Vlliance pour enchaîner l'empereur Alexandre à la suite de l'Autriche. Il prémunissait donc notre plénipotentiaire contre les entraînements de ce genre , et lui recommandait une especlative prudente et hahile'. Cette expectative ne devait avoir rien de faible ni de pusillanime. M. de Villèle

1. ■ lurunnez-voua le iilue lût que pous paurrei, disitil U. de VllKle, de»

dUpMlUoDs dann IfsqueUcs eonl 1«8 coliincli Vovei-les venir. Ne vous

cnoeei pu trop. Dcmuidci à noiu Fonauller «'il a'agliBait de quelque grand parti lur le<juel >auâ tuetlez du doulee. Kuui souimei en élal de nous pré- Mrrer, *Iun wéme qu'on nouï laiuerail. Ainsi, bi l'on veul quelque rlio»: de ~ ploa, tl l'on combine un coucour», il Taul quecesoil aana accroîlro noscliargea et UM duigcn -, TOUS Ht» eur un IrèB-bon lorrain eu ne monlraul pas plue d'empreifeiiienl à eelle alTairc que les aulre». Au conlmire, el l'on loud Tolt tmli«rmi£, on ten du ctiosea qui nous uronl onéreuses, el un aura l'air de In Wre pour noua, a (£cKr« de U. dÊ Vitlète >i M. itt MonlBiorcncy , ù la dile du G tepttmbre 1S32.

exposait, en effet, aiusi dans une seconde dépêche la politique du cabinet :

tt Nous marchons avec le temps et les événements. Nos Français étant personnellement menacés et compromis sur tous les points de l'Espagne où le conunerce les attire, nous avons chargé M. de Lagarde do les autoriser à quitter même les consulats , le jour où ils le croiraient opportun pour leur sûreté. La saison de la lièvre jaune finissant sans que cette maladie se soit de nouveau déclarée , nous ne |)ourrons sans ridicule continuer nos précautions sanitaires. Nous venons d'aveilir M. de Lagarde qu'aussitôt après avoir re(ju sa répDnse sur ce point nous substituerons la surveillance de l'armée d'observation au service du cordon sanitaire... Fermement décidés à ne ])as rester sans moyen de déft;nse, exposés au danger d'un tel voisinage, nous serons prêts à nous préserver avec une armée de cent mille hounnes disponibles, voilà notre situation. Elle est sage, honorable, et sera respectée... Dans le (-as où un voudrait davantage , vous savez que c'est aux autres àprésenti-r leur plan et à nous, comme les plus directement intéressés, à juger s'il est d'accord avec nos vues, nos calculs et notre situation.»

M. DE .MoXTMOUEXr.Y A VIENXK. — CONFÉRENCES

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