INSTRUCTIONS DONNÉES A NOS PLÉNIPOTENTIAIRES
de suivre les divers ressorts qui metlaienl les, intérêts et les idées en mouvement *.
La ligne que le gouvernement royal est décidé à suivre au congrès de Vérone est ici clairement dessinée. Il ne veut pas être l'exécuteur de la politique européenne en Espagne, il n'entend suivre que la sienne. Il veut rester maître de sa conduite, de l'action qu'il exercera, de l'heure à laquelle il l'exercera, des circonstances dans lesquelles il croira devoir agir. Dans cette question d'Espagne, il est, en outre, préoccupé d une cfainte motivée par sa sollicitude pour les intérêts de la France : il appréhende que TAngletf rre ne profite de la neutralité qu'elle gardera si une guerre éclate entre la France ef l'Espagne, pour procurer de meilleures conditions à son commerce et à son industrie, dans leurs rapports avec les colonies espagnoles insurgées. Poiu* ne pas laisser à l'Angleterre cette position avantageuse de la nation la plus favorisée, le gouvernement royal prescrit à ses plénipotentiaires de saisir toutes les occasions qui se présenteraient <( de faire traiter utilement au congres la reconnaissance des gouvernements établis au Brésil et dans les Amériques espagnoles. Il serait digne, en effet, de l'assemblée des puissances de faire demander à l'Espagne et au Portugal la communication de leurs intentions, de leurs moyens pour rétablir l'ordre, la paix et la sécurité pour la navigation européenne dans cette partie du monde; et, dans le cas probable d'un refus de la part des métropoles, de convenir par un traité entre les grandes puissances qu'elles considéreraient ce refus et la situation réelle des colonies comme suffisant pour leur faire reconnaître, en qua-
1. J'ai collationné ce passage a?ecla copie authentique des Instructions pour iflT. les plénipotentiaires an congrès de Vérone, datée du 5 octobre 1822 et c<n)8enée au ministère des affaires étrangères, et j'ai vériOé qu*il y avait une ^fonnilé complète entre les deux documents. Je citerai plus loin quelques WttMges du second*
clamer i sçé-
23i CONGRÈS DE VËROHE.
lité d'États indépendants, toutes les parties réguliéreni constituées des États d'Amérique, s'obligeant à ne réclamer pour aucune puissance en particulier des avantages ^éciaiix'. »
C'était la précaution prise contre l'Angleterre.
Quant au continent, il y avait une précaution prise àl'égi de l'Aulriche, contre la domination absorbante dp laquelle les plénipotentiaires français étaient chargés de défeudre les petits États de l'Italie et de l'Allemagne. Enfin, venait s'esprimer un vœu sympathique pour les cbrétieasd'OrieQt imprimés par les Turcs.
Au moment on le vicomte Mathieu de Montmorency partait en qualité de chef des plénipotfintiaires français, le Roi l'averlit qu'il avait résolu de nommer M. de Villèle président du conseil. L'ordonnance royale relative à celti; nomination parut dans le Moniteur du 5 septembre 1622. Les motifs qui avaient déterminé Louis XVllI h adopta cette mesure étaient de plus d'un genre. Il croyait nécessaire de mettre plus d'unité dans son gouvernement, au moment où les circonstances prenaient un caractère de gravité plus marqué, et comme il y avait eu quelques dissidences sur la question d'Espagne entre le ministre des finances et le ministre des affaires étrangères, au sujet des secours clandesting que celui-ci aurait voulu faire donner aux royahsles espagnols, il accentuait ainsi la politique dans le sens du premier. En outre , le Roi dont la santé était souvent mauvaise et dont les forces décUnaient , trouvait dans celle nominaliMi une commodité de travail. Il se déchargeait des audiences i donnerauY autres ministres, et il pouvait faire insérer, chaque jour, dans le Moniteur, eelte ligne h laquelle il tenait particulièrement 1 a Le Roi a travaillé aujourd'hui une heiire <A
1 ■ i'empranle leiluallemeiil ccj Ugaea ia\ Inuracthni nae je cîlenf ^n
U. DE VUXàLE PRÉSIDENT DU CONSEIL. 23lj
demii; ttvec le présideat du conâcii. n Cette mesure fut accueillie avec une médiocre satisfacliuii par lee collègues de M. de ViUfeU. Ceux qui étaient pairs y virent un acte blessant pour la chambre haute, h l'exreplion du duc de Rellune <t plus occupé , continue M. de Villéle , au carnet duquel nous empruntons CCS renseignements, à rendre disponible l'annce du Roi tju'à disputer un vain titre. t> yuant à M. de Corbière, il ne se firéoccupa que du point de vue de l'intérêt général: — a En perâonaiâant le minislèi-e, dit- il, il est à craindre qu'on ne donne plus de facilités à ses ennemis k le combattre avec un nom propre, m M. de Villèle transmit cette observation au ihà, ^ rôpoQdil : o Cela existait déjà avant l'ordon-jntoce. a
Cette réponse était pleine de justesse. M. de Villèle, par la position qu'il occupait à la chambre des députés, par son rAle i la tribune et par la place que la supériorité de son jugement lui assurait dans le conseil, était en fait principal ministre; ie Roi ne créait pas le fait, il le constatait. Celui qui pouvait être le plus blessé à cause de sa haute naissance et de sa grande position à la cour, le vicomte Mathieu de Montmorency, avec sa loyaidé ordiuaire, ne cacba point à M. de Villèle , tout en rendant hommage à son mérite , que cette mesure avait à see yeux des inconvénients'. Ce fut le second ombrage jeté entre les deux ministres : le premier s était élevé, on s'en souvient,
I. • Vojï Clés (ligna île cel lionneur, lui dlBilL-II, par valrt; (IJtaatmetit, fe» «ertiL'ei, rolre liaulc capsiilli^. J'y vois uti avaiitngo unic|Uc pour Jb clioee publiqaa, celui île tUeouragvr Im lenlalitee Indliidnellïi rpiE pouvait exdkr une plaça vocaDle. J'y craini quelques inconvJDienU, de» J*lou»i» qu'on ne ■'■loue pss (l'abord. Cela ne me parait pas contenalile pour la Pilrie. Elle a ïeitula d'être eoulenue et reliauuëe pnrce qu'elle n'a poi du rsdncs awei protondta, Lïi inalYelIlanli vous aotrusrronl d'uuiblllori et noua de manque de Algallé. Si le duc de BeUuno a>ail élé Président du i^onsell et tous viee-préddenl. les rfinltali auraient t\i }u niémei et J'auraU éli psrhlteroent
L^tlredu If si^pleulire 182^. {Docimcnls iatdils.)
à l'occasion des secours clandestins envoyés aux royalistes espagnols.
Après le suicide imprévu de lord Castlereagh , il y avait eu un moment d'hésitation et de doute dans la politique anglaise, parce qu'on ignorait quel serait son successeur. Lord Balhurst, M.Peelet M. Canning se disputaient le portefeuille des affaires étrangères ^ Le nouveau courant d'intérêts et d'idées auquel lord Castlereagh n'avait voulu ni céder ni résister poussa M. Canning au pouvoir. On apprit à Paris sa nomination le 14 septembre, en même temps que le départ du duc de Wellington pour Vienne, où devaient avoir lieu les travaux préliminaires du congrès et où se trouvaient déjà réunis, avec le prince de Metternich, MM. Mathieu de Montmorency, de Caraman et de la Fcrronays pour la France; le baron de Bernstorff pour la Prusse; MM.Stuartet Gordon pour TAngleterre, et MM. de Nesselrode, Pozzo di Borgo et Tatischef pour la Russie.
En traversant Paris, le duc de Wellington voulut avoir une conférence avec M. de Yillèle pour traiter à fond la question espagnole ; jamais peut-être deux hommes d'un plus grand sens ne se trouvèrent en présence. Nous reproduisons ici les principales parties de la dépêche du 22 septembre 1822, adressée, au sortir de cette conférence, par M. de Villèle à M. de Montmorency qui la reçut à Vienne. Aucun récit ne ferait aussi bien ressortir le double jeu de la politique de l'Angleterre et de celle de la France :
a Le (lue de WVllington est arrivé ici à une heure et demie , écrit M. de Villclo, c?t à trois heures et demie il était chez moi où il a passé deux heures. Nous avons beaucoup parié de l'Espagne, des dangers, des difficultés que rencontrerait l'intervention qu'il avait Tair de regarder comme arrêtée dans les conseils du Roi. Son expérience du pays lui donnait heau jeu sur un pareil sujet. Je l'ai laissé aller. Eo