PARIS
Louis XVllI quittii Ccilais le surleadeniain. Toutes les villes qu'il traversa en suivant la route de Paris, Boulogne, oii il coucha le jour de son départ, Abbeville, oii il séjourna le 27 avril, Amiens, où il s'arrêta le 28, le reçurent avec les mêmes démonstrations * . Les bourgs , les villages se levaient à son approche, et ce fut au milieu d'une double haie de population qu'il arriva le 29 avril à Compiègne. C'était là que l'attendait la poh tique.
Le problème que les acclamations populaires semblaient avoir résolu restait enti^^r. Quelle solution le Roi lui donneraitil? Était-ce celle représentée par M. Pozzo di Borgo qui, depuis Londres, ne l'avait pas quitté? Était-ce la solution représentée par M. de Bruges? Pendant tout son voyage, les dépêches de M. de Talleyrand étaient venues presser sa résolution. L'égoïsme prenait la forme désintéressée du zèle. 11 n'y avait pas, disait-on, un moment à perdre. 11 fallait fixer les hésitations de l'opinion par une acceptation immédiate de l'autorité nationale, sauf les modifications nécessaires que le Roi apport4^rait à la rédaction de l'acte fondamental, en s'entourani du Sénat ; Uer l'armée dont l'esprit était douteux là où il n'était pas mauvais; couper court aux incertitudes et aux intrigues en annonçant le jour oii le Roi prêterait serment à la Consti-
I . ' Lt3 Roi et Ma<lanic la dueliedse d'Angouléine prirent la roule de Compiègne. Partout il8 furent reyus avec dos» tranii|>orts do joio. » (Mt*moires du duc tU Rafjitse, tome VU, page l7.}
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LOUIS XVUI A COMPIKGNE. 3|f
soupçonnée, et montrèrent une fois de plus combien Tâme )g| maîtresse du corps * .
Le prince de Neuchâtel, parlant au nom do ses coUègues, ivaît témoigné un enthousiasme peut-être trop promptement niblieux d'un passé récent. Il avait fait intenenir dans son iiscours le panache blanc de Henri IV, et Paris assiégé nourri 1er son roi, puis il avait ajouté : « Après .vingt-cinq ans d'incertitudes et d'orages , le peuple français a remis de nouveau e soin de son bonheur à cette dynastie que huit siècles de ^ire ont consacrée dans l'histoire du monde comme la plus mcienne qui ait existé. Les maréchaux de Franco ont été enralnés par tous les mouvements de leur âme à seconder cit Uan de la volonté nationale-. Vos armées, Sire, dont les maré- ^ux sont aujourd'hui l'organe, se trouvent honorées d'être ippelées par leur dévouement et leur lidélité à seconder vos ^néreux efforts. »
Le Roi lui répondit quelques mots simples, dignes, pleins le courtoisie pour lui, pleins d'estime pour l'armée ; puis, lors- |U*on lui eut présenté successivement tous les maréchaux, il Bt un effort pour se lever; la goutte, dont il souffrait dans re
I . l.e (iuc de Ragusc dit dans scm Mémoires : « Jo dois dire ici l'impression personnelle que la vue des Bourbons», h leur retour, me Ot éprouver. Les senti* nents de mon enfance et do ma première jeunesse se réveillèrent dans toute leur force et parlèrent puissamment à mon imagination. Une sorte de prestige ireompagnait cette race illuslre. Dès l'antiquité la plus reculée, l'origine de sa pondeur est inconnue. La transmis.<ion de son sang marque de génération en Sénérmtion les époques de notre histoire et sert à les reconnaître. Son nom est ié à tout ce qui s'est fait de grand dans notre pays. Cette descendance d'un laint, dt'jà il y a six cenls ans homme supérieur et grand roi, lui donne une auréole particulière. Toutes ces considérations agirent puissamment sur mon esprit, l'avais vécu dans la familiarité d*un souverain puissant, mais son élévation était notre ouvrage. 11 avait été notre égal à tous. Je lui portais les sentiments que somporle ce titre , ceux dérivant de la nature de mes relations anciennes et en rapport avec l'admiration que j'avais éprouvée pour ses hautes qualités; mais ce ^ef était un homme comme moi avant qu'il fût devenu mon supérieur, tandis fue celui qui apparaissait en ce moment devant moi semblait appartenir au lemps et à la destinée. • (Mémoires du duc de Raguse, tome Vil, page 18.)
'M'i lŒTAHLlSSEMKNT DE LA ^MAISON DK BOURBON.
moment, lui rendit le secours d'un bras nécessaire, et quct ques servit^îurs de sa maison s'approchèrent pour lui offrir kur ministère accoutumé. Il les repoussa du geste, et, saisissant k bras des deux maréchaux qui étaient à ses côtés : « C'est sar vous, dit-il, messieurs les maréchaux, que je veux toujom m'appuyer. Je suis heureux de me trouver au milieu de vous..., heureux et fier, continua-t-il avec im accent plus élevé. A^ prochez, entourez-moi. Vous avez toujoui^s été de bonsFroh çais. J'espère que la France n'aura plus besoin de votre ^ée; si janiiiis, (c que Dieu ne veuille, on nous forçait h la tint, tout goutteux que je suis, je marcherais avec vous, n
Ce mouvement spontané , ces nobles paroles firent une li» impression sur les maréchaux. Au dîner, le Roi les fit asMir à sa table et but à Tarmée française : « C'est boire, ajouta4-i| à la gloire et à Thonneur. » Puis il parla à chacun des ftgn Ifs plus brillante^ de sa \ie militaire. Les visages s*éclaininlv ' les âmes s'ouvraient à la confiance et à l'espoir; il y eutanlw (hi Hoi un de ces m(»uvementâ qui rendent les restauratiflM «'ternelles quand ils durent : les anciens ser\'iteurs, revenus il. Texil, et les nouveaux sei'viteurs, qui arrivaient des chao^èl bataille, s'eiitre-regardèrent avec des yeux de paix et se rent le passé; les mains s'étendirent, elles se serrerait; h France se refit, au moins pour un moment, autour du Roi, A Louis Wlll appanit comme un père au milieu de sa famBi réconciliée par Tamour qu'il lui porte et Tamour qu*elle lui refli.
Après les maréchaux, une députation du Corps législatif M^. i introduite. Le présidtait de cette députation, M. Bniys 11. Charley, s'exprima ainsi : « V. M. se voit entourée par son i mense famille; d'innoml)rables cris de joie l'ont saluée à (tutrée sur le sol de la patiie; ils la suivent et raccompagBi* l'ont jusqu'à la demeure désormais consolée de ses ancdHWi Veut^z, descendant de tant de rois, montez sur le trône oA pères placèrent autrefois votre ilUibtre famille et que