RAPPORT DE M. LAINE
ses droits, l'énergie dont elle avait donné d'assez éclatantes preuves. »
Le rapport disait en terminant : « D'après les lois, c'est au gouvernement de proposer les moyens qu'il croira les plus prompts et les plus sûi^s pour repousser l'ennemi et asseoir la paix sur des bases durables. Ces moyens seront efficaces si les Français sont persuadés que le gouvernement n'aspire plus qu'à la gloire de la paix ; ils le seront si les Français sont convaincus que leur sang ne sera plus versé que pour défendre une patrie et des lois protectrices. Mais ces mots consolateurs de paix et de patrie retentiraient en vain si l'on ne garantit les institutions qui promettent les bienfaits de l'une et de l'autre. Il parait donc indispensable à votre commission, qu'en même temps que le gouvernement proposera les mesures les plus promptes pour la sûreté de l'État, Sa Majesté fût suppliée de maintenir l'entière et constante exécution des lois qui garantissent aux Français les droits de la liberté, de la sûreté et de la propriété, et à la nation le libre exercice de ses droits politiques. Cette garantie a paru à votre commission le plus eCScace moyen de rendre aux Français l'énergie nécessaire à leur propre défense. Ces idées ont été suggérées à votre commission par le désir et le besoin de lier intimement le trône et la nation, afin de réunir leurs effoils contre l'anarchie, l'arbitraire et les ennemis de notre patrie. Ci la première pensée de Sa Majesté, en de grandes circonstances, a été d'appeler autour du trône les députés de la nation , leur premier devoir n'est-il pas de répondre dignement à cette convocation, en portant au monarque la vérité et le vœu du peuple pour la paix? »
La lecture de ce rapport produisit une vive impression sur rassemblée. Pour la première fois depuis longues années, le Corps législatif des mnets, comme l'avait surnommé le mépris populaire, redevenait un parlement. La puissance morale y
rentrait avec la liberté des opinions et la passion politique. Plusieurs membres demandèrent la parole, appuyèrent les conclusions du rapport, et en réclamèrent l'impression. Une minorité peu nombreuse, formée des fonctionnaires les plus ardents de l'Empire, protestait par des clameurs violentes, et même par des injures. Des épithètes empruntées au vocabulaire des guerres civiles s'échangeaient dans la saUe ordinairement calme et silencieuse, maintenaiit bruyante et animée. On voyait sortir, de temps à autre, des émissaires qui allaient porter au maître la nouvelle des progrès du débat. Enfin on en vint au vote dans la séance du lendemain, et le 30 décembre, les conclusions du rapport furent adoptées par une majorité de deux cent trois voix contre cinquante et une, et son impression ordonnée à six exemplaires pour chaque membre du Corps législatif : c'était le maximum autorisé par le règlement.
Le chiffre de cette majorité est significatif. Dans une assemblée élue comme l'avait été celle-ci, sous l'influence^du gouvernement impérial, et formée de propriétaires regardés comme sympathiques à l'ordre de chgses existant, et d'esprits modérés, ce ne pouvait être ni une intrigue ni une conspiration; c'était l'explosion du sentiment public. La force de compression qui refoulait les opinions dans les âmes venant à diminuer, tes deux grandes lassitudes du pays, la lassitude de la guerre et celle de l'arbitraire, se faisaient jour. Qu'à ce sentiment vinssent se mêler les rancunes personnelles du Corps législatif, cela est incontestable, car les corps, comme les individus , oublient rarement les injures. Mais jamais la commission n'aurait osé prendre l'initiative qu'elle prenait, jamais le Corps législatif ne l'aurait soutenue, s'ils n'avaient senti derrière eux le souffle de l'esprit public. Ce réveil de l'assemblée dénonçait l'avènement d'une situation nouvelle qui devait devenir fatale à l'Empereur.