NAPOLÉON A SON DEPART POUR LA CAMPAGNE DE
mée ' , il n'avait réuni à cette époque que quarante mille hommes pour lutter contre toutes les forces de la coalition, sur son principal point d'attaque. La réduction de notre effectif à ce chiffre s'explique, lorsque l'on songe que notre armée, recnitée naguère dans toute l'Europe, par l'extension de nos frontières, ne conservaitplus dans ses rangs que les soldats nés sur le territoire de la vieille France, et qu'une grande partie de nos forces était retenue au delà de nos frontières ^.
Avant de partir pour cette campagne, Napoléon voulut réunir aux Tuileries les officiers qu'il venait de donner à la garde nationale. Il aimait ces scènes théâtrales qui parlent aux imaginations des peuples, et dans lesquelles il excellait à jouer le premier rôle. D'ailleui's, il savait par le préfet du département, M. de Chabrol, que, parmi les chefs de la garde civique, il y en avait qui, partageant les sentiments de la grande cité, étaient froids à son égard, et que même il y avait eu à l'hôtel de ville de fâcheuses paroles prononcées et des symptômes de division, dans une réunion préalable des officiers supérieurs de la garde nationale. Le 23 janvier, veille de son départ, il reçut donc Tétat-major des légions dans la salle des Maréchaux, et, s'avançant au milieu d'eux, entre l'Impératrice, à laquelle il venait de confier la régence, et son fils, le roi de Rome, âgé de trois ans, il leur annonça que, par suite des manœuvres qu'il allait exécuter, il était possible que Tenuemi trouvât l'occasion de s'approcher de Paris. 11 ajouta que le danger n'aurait, dans ce cai, rien de sérieux, parce qu'il serait toujours en mesure d'accourir au secours de la capitale et de la délivrer. — <( Je vous recommande d'être unis entre
1. Ce faitedt signalé dans le Manuscrit de 1811 du baron Fain , page 29.
2. Leduc de Haguse raconte dans ses Mémoires que , le 7 janvier 1814, son Inlknterie se composait encore de huit mille cinq cents hommes; le 13, elle n'en comptait plus que six mille , tous les soldats qui n'appartenaient pas à l'andenne France ayant quHtë leurs drapeaux. Le 11 « hussards , composé en grande partie de Hollandais , se fondit en un moment.
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VOUS, continua Napoléon ; on ne manquera pas de chercher à vous désunir, à ébranler votre fidélité à vos devoirs ; je compte sur vous pour repousser toutes ces coupables instigations. Je vous laisse l'Impératrice et le roi de Rome. . . ma femme et mon fils ! Je partirai l'esprit dégagé de toute inquiétude, parce qu'ils sont sous votre sauvegarde. Ce que j'ai de plus cher au monde après la France, je le remets dans vos mains! »
La grandeur des circonstances, cette scène, ces paroles, le geste dramatique dont l'Empereur les accompagna, cai', en prononçant ces derniers mots, il prit son fils entre ses bras, et le présenta à l'assemblée, produisirent une commotion élecîtrique. De longs cris de Vive F Empereur éclatèrent. Un des confidents intimes de Napoléon, celui dont la prévoyance pessimiste lui annonçait chaque soir des malheurs', sentit un moment ses espérances se ranimer. « La réflexion me ramena aux tristes vérités dont j'étais pénétré, dit-il. Je revis l'Empereur le soir; il me parla du mouvement du matin. Je lui dis toute ma pensée : que cette disposition des esprits était bonne pendant la campagne, si la guerre n'approchait pas de Paris; mais qu'il ne fallait pas les mettre à l'épreuve de l'approche de l'ennemi. Il sourit, et me tirant l'oreille, suivant sa coutume : — Vous n'avez plus d'illusion, monsieur le Romain*. »