CAMPAGNE DE 1844 ! PREMIÈRE PHASE
lignes principales de communication qui de Berlin, de Varsovie et de Tienne aboutissaient au Rhin ' . Ces forces actives étaient évaluées à six cent mille hommes ; on évaluait à près de six cent mille hommes encore les armées en voie de formation que les coalisés pourraient, dans le cours de la campagne, faire arriver sur le théâtre de la lutte. Mais ce n'était là qu'un futur contingent dont l'Empereur n'avait pas à tenir immédiatement compte. Les six cent mille hommes de forces actives, alors en marche, ne pouvaient même arriver en bloc sur le théâtre des opérations, et Napoléon calculait que, par suite de la longueur de la route et des difEcultés que l'ennemi rencontrerait en chemin, à cause des places nombreuses encore occupées- par les troupes françaises, et dont il faudrait faire le blocus, les coalisés ne pourraient développer que deux cent cinquante mille hommes au plus, au début de la campagne, tandis qu'au bout de trois mois le chiffre des troupes étrangères anivées au centre de la France s'élèverait à cinq cent mille. Il n'avait pu réunir sur la fin de janvier au delà de quai*ante à cinquante mille hommes^. Il espérait qu'en manœuvrant avec vivacité au centre de leurs marches, il rencontrerait les corps ennemis isolés les uns des autres, et que, suppléant par la rapidité des mouvements à Tinfériorité du nombre, il remporteniit quelque victoire signalée dont l'effet serait désastreux pour l'ennemi engagé dans l'intérieur de la France.
I • Nous suivonf ici lo Mamiscr'U de 1 8 . 4 .
2. C'est le chiffre que donne le duc de Raguse, un des lieutenants les plus actifs de rtmpcreur dans celte campagne. « Jamais, dans le cours de cette mëmorable campagne , dit-il , Jamais Na|)oléon n'eut à sa diëposilion , entre la S^DC et la Marne , plus do quarante mille hommes. Les efforts continus que Ton ne cessa de faire pour opérer des levées et nous les envoyer n'eurent d'autre résultat que d'entretenir le nombre des combattants à peu près de même forée. Les détachements arrivant journellement à l'armée remplaçaient à peine les pertet causéet par les comlMts, les marches et la désertion , dont i'eflèt se fit UH^oiirt plaa oa moins sentir. » (Mimoirt* du duc de Raguse, )
Deux circonstances morales manquaient à ce plan militaire pour qu'il fût complètement juste : les coalisés n'étaient point disposés à mettre bas les armes après une défaite partielle; la France n'était point disposée, on Ta vu, à faire une de ces guerres nationales qui rendent une défaite irrémédiable pour une armée vaincue sur un territoire qui n'est pas le sien.
Pour exécuter son plan, Napoléon avait marqué pour point de réunion aux forces destinées à faire la campagne de France les plaines de Châlons-sur-Marne. Il n'avait pu se résoudre à évacuer les divers points qu'il occupait on Europe, et voici les raisons que l'annaliste dépositaire de sa pensée allègue pour motiver sa conduite dans cette grave circonstance'. Napoléon avait deux cent mille Français ainsi dispersés : cinquante mille sur l'Elbe, depuis Dresde jusqu'à Hambourg, cent mille au pied des Pyrénées, cinquante mille au delà des Alpes. Ces troupes, si elles ne concouraient pas à l'action principale, faisaient au moins des diversions utiles. Sur l'Elbe, elles retenaient les réserves msses, les Suédois, le corps prussien de Taventzein , et les milices insurgées de liesse et de Hanovre. En Hollande, nos garnisons occupaient les Anglais. Du côté des Pyrénées, les armées françaises du duc d'Albufera et du duc de Dalmatie arrêtaient sur l'Adour deux cent mille Anglais, Espagnols et Portugais prêts à déborder sur nos départements du Midi. En Italie, le prince Eugène, avec son armée de quatre-vingt mille Franco -Italiens, arrêtait sur l'Adige une armée autrichienne de quatre-vingt mille hommes, commandée par le général Bellegarde. Ces armées lointaines retenaient dans notre alliance des auxiliaires prêts à se tourner contre nous, si nous sortions des places où nous les tenions enfermés avec nous^. « D'ailleurs, ajoute l'interprète