‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 21 sur 213 · CAMPAGNE DE 48U : PREMIÈRE PHASE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE 48U : PREMIÈRE PHASE

les armées de Bohême et de Silésie, qu*im effectif de deux cent quatre-vingt mille hommes. C'était plus du quintuple des forces que Napoléon avait à leur opposer.

A cette disproportion des forces sur le point d'entrer en lutte, il faut ajouter la disproportion des réserves. Le prince Eugène allait se trouver tenu en échec en Italie, et hors d'état d'envoyer les divisions que TEmperem' lui demandait. Le maréchal Soult pouvait envoyer quelques secours, en s'affaiblissant devantle duc de Wellington, déjà plus fort que lui. Les coalisés, au contraire, avaient des corps d'armée tout entiers en marche derrière les années de Silésie et de Bohême. L'armée du Nord, conduite par Bernadolte, comptait cent quatre-vingt mille hommes ^ La réserve générale des coalisés s'élevait à deux cent cinquante mille hommes. Il faut rappeler, en outre, pour mémoire, l'armée de Bellegarde qui suiTeillait et contenait le prince Eugène en Italie, et l'armée anglo-espagnole de Wellington qui débouchait par le Midi. Quatre cent trente mille hommes étaient donc eu marche pour appuyer les armées qui avaient envahi notre territoire par la frontière de l'Est. Si le présent était plein de péril, l'avenir était plus menaçant encore. Le temps était pour les coaUsés, et les chances de Napoléon diminuaient à mesure que la campagne se prolongeait.

il est temps qu'il parte. Schwarzenberg a forcé les passages des Vosges; les combats de Rambervilliers, de Saint-Dié et de Charmes n'ont pu arrêter sa marche. U étend sa gauche le long de la Saône, dirige son centre sur Langres, sa droite sur Nancy, premier rendez-vous marqué à l'armée de Silésie, commandée par Blttcher. Blilcher, de son côté, a pénétré dans

I . Nous empruntons tou8 res Gliiiïres aux Blémoires inédits de M. de Vitroiles, 4|ui put les connaître exactement au quartier général des coalisés. L'armée de Bemadotte se décomposait ainsi : vingt mille Suédois , trente mille Prussiens sous Bulow, soixante mille Allemands , dix mille Hollandais , dix mille Danois , ait mille Anglais.

la Lorraine ; un de ses lieutenants, York, s'est présenté devant Metz, que le duc de Raguse, après s'y être arrêté un moment pour assurer sa défense, en y plaçant le général DuruUe comme commandant supérieur chargé de dresser et d'instruire les conscrits assemblés dans cette ville, a été obligé de quitter. Sackeu, un autre des lieutenans de Blttcher, est entré à Nancy, que le maréchal Ney a évacué le 14 janvier.

Le 16 janvier 1814, le duc de Trévise a évacué Langi'es; le 18 janvier, le duc de Raguse, qui a quitté Metz le 17 *, arrive à Verdun, en se retirant devant les soixante mille hommes de Blûcher, auxquels il n'a à opposer que sept mille hommes d'infanterie et quinze cents sabres'^ Au moment où FEmperem' anîve à Châlons, un tiers de la Fnmce est déjà envahi. Ses généraux ont exécuté ses ordres, qui étaient de retarder le plus longtemps possible la marche de rennemi ; mais Textrême disproportion des forces les a obligés à se repUer. u Les circonstances étaient trop impérieuses, un ne recevait d'ordres que d'elles, » dit Fabvier. Schwarzeuberg, poussant devant lui le duc de Trévise et le coi*ps de la vieille garde qu'il commande, dirige sa plus forte colonne sur Troyes. Bliïcher a dépassé la Lorraine, il occupe Saint-Dizier et s'avance diagoualement sur l'Aube. Nos troupes sont autour de Chàlous. Le duc de Bellune et le prince de la Moskowa, après avoir évacué Nancy, où ils ont opéré leur jonction, se sont retirés, en reculant lentement, jusqu'à Vitr};-le-Français. Le duc de Raguse est derrière la Meuse , à Ileitz-le-llutier , également en avant (le Yitry. Ces retraites forcées ont amené un mouvement de concentration.

Ouand Napoléon arriva à Chàlons, le 26 janvier 1814, le duc de Raguse accourut à son quartier général. « Le J/om-

1 . (Test la date donnée par le colonel Fabvier. {Opérationi du sijcième corps.)

2. (ihifTres donnés {lar Fab\ier, page 18. {Journal des opérations du sixitnêe

corps.)

/ei/r, dit-il dans ses Mémoires, avait annoncé la formation d'un camp à Châlons. Je parlai à l'Empereur des renforts que san^ doute il nous amenait. Il me répondit : « Aucun. Il n'y avait pas un seul homme à Chàlons. — Mais avec quoi allez-vous combattre? — Nous allons tenter la fortune avec ce que nous avons; peut-être nous sera-t-elle favorable? » Le maréchal ajoute : « C'était h ne pas se croire éveillé. » A la même date, le duc de Vicence qui, retenu à Lunéville par les avant-postes qui lui barraient le chemin , a été obligé de rétrograder avec nos troupes jusqu'à Saint-Dizier, reçoit dans cette ville les lettres du prince de Metternich, qui lui désignent Châtillon comme le lieu où doivent s'ouvrir, le 3 février, des conférences pour la paix. Ainsi les grands efforts pour la guerre et les dernières tentatives pour la paix vont commencer parallèlement.

Tant que les frontières de la France n'avaient pas été franchies, et que nos armées avaient occupé la ligne du Rhin, les coalisés avaient mis en avant, comme l'expression de leur pensée, les propositions de Francfort. Ils offraient la paix, à condition que la France abandonnerait l'Allemagne, la Hollande, l'Italie, et se retirerait derrière ses frontières naturelles, les Alpes, les Pyrénées et le Rhin. C'est là TiUtimatum un peu vague de la fin de la campagne de 1813 ; mais rien ne prouve que ces conditions fussent sérieusement offertes. Dès que la campagne de 4814 commence, un nouvel ultimatum appandt. L'Europe, qui semblait offrir la paix en 1813, ne l'accordera plus désoimais qu'à condition que la France rentrera dans ses anciennes limites, telles qu'elles étaient en 1792. Napoléon doit renoncer non-seulement à ses conquêtes, mais à celles de la République : ce sera le premier et le dernier mot des conférences de Châtillon.

Napoléon est toujours en arrière de la concession qui peut lui faire obtenir la paix, devenue pour lui une nécessité. Il a

Uiit. de la RetUur. I. 3

encore trop d'espérance, tant qu'il occupe l'Italie, la ligne du Rhin et plusieurs places au delà, pour accepter les Alpes, le Rhin, les PjTénées comme frontières naturelles. Dans la campagne de 1814, les succès qui viennent interrompre ses revers lui nuisent, en ceci qu'ils ne lui laissent pas voir toute l'extrémité de son péril. Il ne peut se résoudre à croire que sa fortune et l'Europe aient dit leur dernier mot. Il espère toujours qu'un heureux événement de guerre lui permettra d'obtenir des conditions meilleures. Il cherche à maintenu* la porte des. négociations ouverte à Châtillon , et c'est pour cela qu'il y a envoyé le duc de Vicence ; mais il né veut pas conclure. Il demande au champ de bataiUe des arguments pour son plénipotentiaire, et ne lui envoie l'autorisation de traiter aux conditions posées que pour la lui retirer aussitôt.

Sa pensée vraie se trouve dans une lettre écrite à la date du 13 janvier 1814 , au duc de Vicence : k Le système de ramener la France à ses anciennes frontières, dit-il, est inséparable du rétablissement des Bourbons, parce qu'eux seuls pouvaient offrir une garantie de ce système *. » Dans une réponse postérieure à celle-ci , la pensée deviendra plus claire , et Napoléon avouera que la difficulté extérieure se complique ici pour lui de la difficulté intérieure de régner en se dépouillant du prestige de gloire et de conquête qui est son véritable titre. Plus tard encore, à la fin de la campagne de 1814, il cédera à la nécessité des circonstances, mais alors il sera trop tard.

La campagne de 1814 se compose de plusieurs phases; cependant , au milieu de ces phases diverses, on retrouve un caractère invariable qui est le trait distinctif de cette campagne : c'est l'impuissance où se voit Napoléon d'attaquer de front les masses coalisées. Un simple grenadier a dit le mot

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