‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 54 sur 213 · ADHÉSION DU CORPS LÉGISLATIF A LA DÉCHÉANCE · texte numérisé non relu

ADHÉSION DU CORPS LÉGISLATIF A LA DÉCHÉANCE

grouper autour de soi de nouvelles forces. En outre, le décret de déchéance reprochait à l'Empereur rajournement illégal du Corps législatif; il était donc rationnel et Ton crut politique de lui demander son adhésion, à laquelle Tinfluence que hii avaient donnée sur l'opinion ses derniers actes d'indépendance prétait de l'importance.

Un tiers à peu près des membres du Corps législatif se trouvaient à Paris. Déjà quelques députés favorables au retour de la maison de Bourbon s'étaient spontanément Féunis. Le gouvernement provisoire imita tous les membres présents h s«^ rassembler, nonobstant le décret impérial qui les avait ajournés, et le 3 a\Til, un tiers du Corps législatif prenait séance dans le lieu habituel de ses délibérations, sous la présidence de M. Falcon. Le décret du Sénat fut présenté à leur acceptation, et ils votèrent la déchéance en la motivant par ce seul considérant que « Napoléon Bonaparte avait violé le pacte constitutionnel. )>

Quelques membres entreprirent d'aller plus loin. Ils proposèrent de proclamer, séance tenante, le rétablissement de la monarchie légitime, et un membre, rappelant l'initiative prise par les communes d'Angleterre qui avaient envoyé à Bréda une députation pour inviter Charles II à remonter sur le trône, adjura l'assemblée de nommer une députation chargée de Si» rendre à Dartwell, avec un message analogue, auprès d<* Louis XVIII. On ne donna pas immédiatement suite à cette proposition qu'on regarda comme prématurée; il paraissait plus politique de ne pas compliquer la question de déchéance, en y mêlant une question de restauration. Le président se hâta de lever la séance, et le prince de Talleyrand, qui avait pu juger de l'esprit de l'assemblée, craignit qu'on ne fît le lendemain ce qu'on avait hésité à faire la veille, et pour rester maître de la situation, il fit fermer la salle des délibérations du Corps législatif " '^ ' ' »ue cette séance xlu 3 avril.

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Sfin \oW n'eu donna pas moins une très-vive impulsion, d'autant plus vive que cette assemblée était sympathique k l'opinion. Tous les corps constitués suivirent. Des adresses d'adhésion arrivèrent en foule; mais elles ne se boniaieoi point à demander la déchéance de l'Empereur, elles réclamainnt le rétablissement des Bourbons. La cour des comptes, la cour de cassation, la cour d'appel tenaient le même langage, rt Partfnit le nr>m des Bourbons se fait entendre, » disait la première; et la seconde ajoutciit : « Puissions-nous, après vingt ans d'orages et de malheurs, trouver le repos à Tombre d«» ce sceptre antique et révéré qui, pendant huit siècles, a si glorieusement gouverné la France. » La cour d'appel exprimait des sentiments analogues : « Fidèles aux lois fondamentali*s du royaume, disaient ses magistrats, nous invoquons de tous nos movens le rétablissement de la maison de Bourbon au trnne héréditaire de saint Louis. » Le chapitre de Paris adhéra, le li avril, h Tacte de déchéance, et le cardin;d Maury, nommé par Napoléon archevêque de cette ville, «»t qui administrait le diocèse contre les cîinons et malgré les représentations réitérées du pape Pic VII, envoya de même son adhésion k la chute de celui qu'il avait loué outre mesure au temps de ses prospérité.-. Les tribunaux secondaires, les municipalités, les officiers de la garde nationale, tous les corps constitués concouraient au mouvement qui emportait Paris et les départcmcnis, et venaient comme autant de flots ajouter à la rapidité du torrent.

On a parlé de palinodies, il y en eut; de l'égoïsme des anciens seniteurs de KFinpire qui abandonnaient la fortune de Napoléon à son déclin pour l(»s nouv(»llcs prospérités qui se levaient à rhorizon, il y a dans toutes les révolutions des scandales pcjliliques de ce gtMUv; mais ce» seTail calomnier l'espèce humîiine en général et la France en particulier, que d'attribuer à d(»s motifs sordidts et bas renseml>le du mouvement qui

MOUYEMENT DBS ESPRITS VERS LES BOURBONS. 464

entraînait les esprits en 1814. Ce mouvement naissait de la conviction profonde que Napoléon ne pouvait plus rien pour la France, et que, pour sauver la cause de celle-ci, il fallait la séparer de la cause de l'Empereur. En subordonnant Tintérêt français aux intérêts de sa domination européenne, il avait motivé celte conviction , et il ne pouvait s'en prendre qu'à luimême de ce qu'il y avait im intérêt français distinct de l'intérêt bonapartiste. On comprend qu'un homme se dévoue pour une nation, mais il n'est ni juste ni raisonnable d'exiger qu'une nation se dévoue pour l'intérêt personnel d'un homme, et que, par un faux point d'hoimeur et par idolAtrie, elle verse le peu de sang qui lui reste dans les veines et s'expose à des maux incalculables et même au démembrement de son territoire, dans ses efforts stériles pour lui conserver une puissanciî acquise par sa seule habileté, compromise par ses fautes.

Le mouvement était devenu si vif, que le prince de Talleyrand comprit que le gouvernement provisoire 'devait se hâter d'arriver jusqu'à la Restauration , sous peine d'être devancé par l'opinion. Ce fut alors que parut la première proclamation oftlcielle où le retour à la monarchie légitime était indiqué connue la seule issue de la situation : <( Le Sénat a déclaré Napoléon déchu du trône, disait-on dans cette pièce; la patrie nVst plus avec lui. Un autre ordre de choses peut seul la sauver. Nous avons connu les excès de la Ucence populaire et ceux du pouvoir absolu; rétablissons la véritable monarchie, en limitant par de sages lois les divers pouvoii*s qui la composent. La France se reposera de ses longues agitations, elle trouvera le bonheur dans le retour d'un gouvernement tutélaire. >»

On était arrivé au 4 avril au soir. Ce mouvement, commencé le 31 mars, s'était développé en quatre jours. Rien ne semblait pouvoir retarder le dénoûment, loi^sque tout à coup la physionomie de Paris s'assombrit, la foide des solliciteurs cessa d'assiéger les bureaux du gouvernement provisoire, éta-

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>apol#rou, eu appitucuiî, le 30 man?, la reddition de Paris, s'était replié ?ur Fuutaiu»:blrau. et de même qu'il n'avait cessé d avoir k- \ eu\ ti\é ? sm' la capitale, le? coalisés n'avaient cessé d'attacher les legaids sur la ^ille où Napoléon réunissait toute sou armée, tjue ?f p;is?iiit-il à Paris? Voilà la préoccupation du camp iuipérifd. A Paris, on se disait: yue se passe-t-il à Fdtotaiuehleau ? Or, voici ce qui se passait dans cette ulle, pendant (|u'à Paris la situation, courant à grands pas vers son but aboutissait au ^ote de la déchéance.

Le 31 mars 181 i, à si\ hrures du matin, Napoléon se retrouvait à Fontainebl«'au. Dans la soirée du même jour et dans la matinée du lendemain, 1" avril, on \it arriver par la route d»' Sens la tétc des colonnes qu'il ramenait de Champagnea el par la nMile d'Kssonne, ravant-parde des troupes que la ca|ninlation itvait fait s(»rtir de Paris. Le duc de Conégliano (Monci) :, eonnnandant de la garde nationale de Paris, le duc de Danl/.iek (LeleliNnO, l<* princi* de la Mosk(»wa (Ney), le duc tW Tarenle (Macdunalili, le dm de Uoggio (Oudinot), et k prin«e de Neuchàtel (herlhier), >enant de Champagne avec ri'!mperein', les ducs de Trévise et llaguse (Mortier et MariiiiMit^ siirtisde Paris awi'Ienrs troupes, se rencontraient dans

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