LÈS MARÉCHAUX EXIGENT L*ABDICATION
ajouta qu*il comptait sur eux. Ce fut le signal des explications. « Il y eut d'abord des insinuations respectueuses, dit un personnage présenta Fentretien; les représentations, les récriminations Tinrent ensuite, puis ou déclara qu'on ne marcherait pas. »
Ihi moment qu'une semblable parole était adressée à l'Empereur par les maréchaux de TEmpire, lui parlant face à face, il avait cessé de régner. Ney, Oudinot, Lefebvre, ajoutèrent qu'une marche sur Paris serait un coup de désespoir, auquel on ne pouvait s'associer sans démence et sans crime, car il aboutirait à la destruction de Paris et de l'armf^e. Ils répétèrent de nouveau que, pour obéir à un pareil ordre, aucune épée n(i sortirait du fourreau. C'était une révolte ouverte. On en venait à la déchéance, avant d'avoir parlé de l'abdication; un pouvoir désobéi, en effet, est un pouvoir déchu. « L'armée du moins me suivra, » interrompit l'Empereur d'un ton entre l'interrogation et la menace. « L'armée obéira à ses généraux, » répliquèrent durement Oudinot et Ney. Napoléon parcourut d'un regard rapide les visages de ceux qui assistaient à cette scène, il demeura convaincu que tous se rendaient solidaires de la résolution qui venait de lui être signifiée. Il n'avait plus à compter sur ses anciens compagnons d'armes. Ils se séparaient de lui. Ce n'était plus seulement à Paris qu'était Tobstacle, c'était à Fontainebleau, dans son camp.
n y eut d'abord en lui un paroxysme de colère ; il éclata en reproches, en violences. Les maréchaux persistèrent à lui déclarer qu*il ne pouvaitplus rendre qu'un service au pays, c'était d'abdiquer. Le duc de Vicence le conjura de ne pas compromettre par une réfeistance inutile l'adoption encore possible de la régence. Le duc de Dantzick, à la manière des vieillards qui n'épargnent guère les leçons à l'heure où elles sont devenues inutiles, ajouta avec brusqtierie : <( Voilà ce que vous avez gagné à ne pas suivre les conseils de vos amis, quand ils vous engageaient h faire la paix! »
168 CHUTE DE L^EMPIRi;.
dette scène pénible se prolongea. L'Empereur se débatlait contre la nécessité. Eniin nne sort« de lassitude morale le prit. 11 était habitué, depuis longues années, à voir toutes les >olontés plier sous la sienne, et à ne pas entendre s'élever une >oix quand il avait parlé; cette résistance opiniâtre le laissa sui^pris et consterné. EUc^ luf révélait l'extrémité de sa fortune. On perdait devant lui Tobéissance et même le respect. Sa volonté, habituée à employer les éléments dociles et non à les conquérir par la discussion, hésita devant cet obstacle imprévu; son intelligence se troubla. Il dit aux maréchaux: « Oue pensez-vous que je doive faire? » Ils répondirent encore tout d'une voix : « Abdiquez. » Vaincu par la situation, il (!éda alors, saisit une plume, et d'une midn agitée par un mouvement fébiile écn\it les lignes suivantes :
<( Les puissances alliées ayant proclamé que Fempeieur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu'il est prêt à df^scendre du trône, à quitter la France et même la ^w poiu' le bien de la patrie, inséparable des dn»lB de son fds, de la régence de l'Impératrice et du maintien des lois de l'Empire.
« Fait en notre palais de Fontainebleau, le 4 avril 1814.
« Napoléon. >>
Ot acte à peine écrit. Napoléon tendit le papier aux maié» chaux en leur disant : <( Tenez, messieurs, ôtes-vous contents?» Puis, marchant à grands pas: u Messieurs, ajouta-tr41, il faut aller à Paris défendre les intérêts de mou fils, les i rets de l'armée, les intérêts de la Fnmce. Je nomme pour commissaires le duc de yi(*enc(» , les maréchaux prince de h Moskowa et duc de Rîiguse. Ces intérêts ne vous semblent-ib pas en bonnes mains? »
Les maréchaux s'inclinèrent en signe d'assentiment. L'