ACTE D'aBBICATION DE NAPOLÉON
pereur était retombé assis sur un petit canapé, comme brisé par la lutte. Un silence profond régnait dans la salle; on n'entendait que le bruit entrecoupé de la respiration de Napoléon ; c'était comme le râle de l'Empire qui mourait. Les maréchaux n'osaient ni quitter, sans lui dire adieu, celui qui avait été leur maître, ni prononcer une parole après les paroles décisives qui avaient été dites, de crainte de réveiller la discussion. Tout à coup l'Empereur se redressa , et se précipitant vers les maréchaux, comme pour leur arracher l'acte d'abdication qu'ils empoilment : « Non! point de régence! s'écria-t-il , avec ma garde et le corps de Marmont, je serai demain à Paris! )è
Était-ce la passion de régner qui produisait ce dernier jet de flamme? Était-ce une de ces ruses familières au génie de Napoléon, et qu'il essayait souvent sur les esprits qu'il attaquait comme les armées au moment et par le côté où il n'était pas attendu? Passion ou ruse, ce mouvement ne réussit pas. Les maréchaux à Fontainebleau, comme le Sénat à Paris, étaient allés trop loin pour reculer. Le prestige était évanoui, les bornes du respect franchies. Ils se récrièrent avec impétuosité contre ce retour d'ambition. Le maréchal Ney, exaspéré, fit entendre les plus dures paroles sur une proposition qu'il regardait comme un acte de démence. Alors, l'Empereur, reconnaissant que tout était lini et voulant mettre un terme à une scène pénible et fâcheuse pour la dignité de tous, s'écria d'une voix tonnante : a Retirez-vous ! »
Les maréchaux sortirent. Napoléon, demeuré avec le duc de Vicence et le duc de Bassano, arrêta les dernières résolutions relatives à la négociation qui allait s'ouviîr, et fît rédiger les pouvoirs de ses commissaires. On allait rédiger ceux du duc de Raguse, lorsque le duc de Vicence fit remarquer que le duc de Raguse était absent de Fontaiuebbau, ce qui pourrait ^traîner des retards funestes, et que d'ailleurs dans cette né-
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gociation où rarraée devait interveair et être représentée, Q sei-ait utile de mettre en avant un homme comme le due de Tarente, qui obtiendrait d'autant plus d'influence qu*il étflii connu pour avoir vécu moins près de la personne de Napoléon et pour avoir eu moins de part à ses affections. Interrogé à ee sujet par Napulêuu, le duc de Bass;mo répondit que, qaeDa que pussent i^tre les opinions du maréchal Macdonald, il était trop homme d'honneur pour ne pas s'acquitter religieusement d'un pareil mandat. Napoléon lit appeler le maréchal. « Eh bien! duc de Ti^rente, lui dit-il, croyez-vous que la rt^genee est la seule cumbinaisuu pussible? — Oui, sire. — Alors c'est vous que je charge d'aller la négocier avec Alexandre, à h place du duc de Raguse. Partez avec Ney, je me confie à vous; j'espère que vous avez tout à lait oublié ce qui nous a séparés pendant longtemps? — Oui, sire, je n'ypenseplus depuis I8M. — J'en suis bien aise, maréchiU, mais il faut que je vous le dise, j'avais toi1. » En prononçant ces deux mots, Napoléon tendit la main à MacdoniUd, ému comme lui. Macdonald, disgracié pendant une partie de l'Empire pour s*étre opposé à h mise en aceusatiun de Moreau, était un de ces nobles cœurs qui s'ariUfiit dr leur dignité devant la fortune, et que les içpels de l'advei'sité trouvent désarmés. Napoléon avait bien placé sa conliance.
L'observation du duc de Vicence sur le choix du due de Kaguse avait dans son esprit plus de portée que ses paroles ne leur (;n avait»nt donné : le bruit des négociations que le gouvernement pro\isoire nouait avec Marmont avait transpiré à Paris. L'Empereur, qui ignorait ces bruits, insista pour que ses trois plénipotentiaires vissent en passant le duc de Raguse, et lui lit* ':t ronnaître ([u'il le laissait maître de demeurer à la tétt» de son r(irps d'arniét», s'il le jugeait plus utile, ou de se joindre aux négori.it o».,, s'il rroyait sa présence plus avanta- ^eusi» à l*aris. S'il adoptait ce deniier parti, des pouvoirs hji