‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 62 sur 213 · LES MARÉCHAIJX DEVANT ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LES MARÉCHAIJX DEVANT ALEXANDRE

lent décisif. Si Ton revenait sur la déclaration du 31 mars, ituation de tous ceux qui avaient pris part à cette déclaon et aux événements qui en avaient été la suite devenait icile, périlleuse, même. Quand les plénipotentiaires enent, on chercha à les entourer. Il y eut peu de paroles BUQgées. Les portes de l'appartement de l'empereur de 6ie s'ouvrirent, et les négociateurs furent aussitôt introts. Ce fut le maréchal Macdonald qui porta la parole. Il imença par donner lecture à Alexandre de l'abdication condnnelle de l'empereur Napoléon ; pids il parla simplement, ement , avec une mâle éloquence , très-peu de l'Empereur, ucoup de l'armée. 11 invoqua sa gloire militaire rehausd'un nouvel éclat par sa constance et sa fidélité dans les *rs. Il demanda en son nom le règne du fils de Napoléon. ait le vœu de l'ai-mée, dit-il, mie satisfaction morale qui était due , la seule garantie de l'avenir qu'elle avait mérité, t ne pourrait voir sans appréhension le retour d'une famille ingère à ses ser\îces, à sa gloire. Lui refuser cette marque sympathie et d'estime, et en même temps cette sûreté nésaire, c'était la rattacher à la cause de Napoléon. Voulait-on Trir la carrière des combats au moment où elle se fermait ? îey et Marmont firent valoir le sacrifice de Napoléon. 11 reiçait à une dernière chance militaire , pourvu qu'on laissât fils assis sur son trône. Ce sacrifice méritait bien, disaientla compensation qu'il demandait.

^e duc de Yicence , qui avait vécu dans la familiarité d'Aindre , savait les cordes qu'il fallait faire vibrer dans sou ir, et les toucha avec une grande habileté. Il insista surtout la promesse faite par l'empereur de Russie de ne pas interir dans les questions du gouvernement intérieur de la Bôe. Le pays, avait-il dit, devait lui-môme décider de ses tinées. Et quelles voix plus autorisées pouvaient exprimer fœu du pays, que celles des maréchaux parlant au nom de

180 ciirxK DF. l'empiiik.

Tarméo française? Est-ce qu'une déclaration surprise à h bonne fià du souverain pouvait faire obstacle à Taccompliseenient d'une promesse si souvent répétée, et d*une parole solennellement donnée? 11 s'en rapportait sur ce point à Téquilé et à la majrnanimité de l'empereur de Russie.

Alexandre • visiblement ému , gardait le silence et laissait se prolonger cette scène, qui peut-être n'était pas pour lui sans douceur. La cause qui se débattait devant lui , c'était celle de l'ancien dominateur de l'Kurope : une parole tombée des lèfRS d'Alexandre îUlait décider du soi1 de la dynastie de NapoléoD. Il suspendait cette parole attendue comme un arrêt de la destinée. Peut-être, s'il eiit été eu réalité seul à prononcer, mirait-il été tenté par la grandeur de l'action qu'on lui demandait. Mais la résolution prise était une résolution coUectife: r Autriche, la Prusse, l'Angleterre si puissante dans les conseils européens , avaient prononcé avec la Russie sur le sort de la dynastie de Napoléon. Quelque chose de plus. Napoléon et sa dynastie étaient condîuuués par l'intérêt européen et la fone des choses ; les souverains n'avaient fait que signifier Yvnti porté de plus haut. Tout en se sentant touché de la démarche des maréchaux , et aussi des considérations qu'ils avaient fut Vidoir au nom de l'armée , Alexandre ne leur donna qu*une réponse évasive. Ne pouvant prononcer seid, leur dit-il, 1 fidlait qu'il conférât avec ses alliés. 11 les congédia dune t»n leur promettant de les recevoir dans quelques heures. Il ne pou\ait faire moins, car il ne lui convenait pas d'assumer seni la responsabilité du refus opposé h la requête présentée m nom de l'armée française ; mais il ne pouvait faire plus.

Les maréchaux se retirèrent en emportant une lueur d'eepoû*. Peu de temps après un nouveau conseil s'ouvrit : k ni de Prusse y assistait , les membres du gouvernement ^oiisoire y avaient été également convoqués, ainsi que le géoéni Uessolle , en sa qualité d*' commandant en chef de la gevde

LES MARÉCHAUX DEVANT ALEXANDRE. \Si

de Paris. Le langage des membres du gouvernement e était dicté d'avance. Ils rappelèrent la déclaration irs , par laquelle les souverains alliés avaient pris à la I France et de l'Europe entière l'engagement de ne er avec Napoléon Bonapaile , ni avec aucun membre lille. (l'était un fait acquis. Voulaient-ils, maintenant en discussion ce qu'ils avaient décidé par des raisons >rce n'était pas affaiblie? Le pouvaient-ils quand tant mes s'étaient engagées sur la foi d'une parole qu'elles I droit de regarder comme sacrée? Cette régence dont l ne serait en réalité qu'un paravent denière lequel ait Bonaparte, tout prêt à la première occasion à resmpire. Le général Dessolle ajouta, eu élevant la voix iquerie, que si les souverains alliés revenaient à la il ne resterait plus à ceux qui s'étaient compromis sur ju'à leur demander des passe-ports pour aller cheribri à l'étranger contre les vengeances qu'ils avaient lemment appelées sur leur tête, squerie de cette interpellation et l'accent du général parurent avoir blessé l'empereur Alexandre. Il révec quelque vivacité que jcunais personne n'aïu'ait ntir de s'être fié à lui, et que, quoi qu'il arrivât, sa a serait acquise à ceux qui s'étaient compromis irole; mais la question générale qu'il s'agissait de

était trop haute pour qu'on y mêlât des intérêts Is.

nait évident que l'empereur Alexandre voulait donner faction morale à l'armée, en remettant en discussion )n qui avait été résolue le 31 mars. Les membres du ment provisoire avaient des raisons décisives à faire itre le règne du fils de Napoléon avec une régence , on les avait indiquées lui-même , lorsqu'il avait dit int le courrier envoyé par les maréchaux au sortir de

)82 CHITE DF. l'empire.

leur première conférence : u Les puissances , à Texception de r Autriche , ne sauraient consentir à la régence tant que je vivrai. Elles auraient trop peur que j'arrachasse le timon de TKtat des mains de ma femme. Ce ne serait d'ailleurs qu*UBe régence autrichienne, et l'on verrait M. de Schwarzenbeq; vice-empereur des Français. Tout bien considéré , c'est auai contraire aux intérêts des alliés qu'à ceux de la France. »

Napoléon disait vrai. Les autres puissances ne pouvaiesl vouloir une régence autrichienne à Paris , mais il faut ajouter qup l'Autriche elle-même ne pouvait vouloir une combinaison qui recéhiit dans ses ilancs Napoléon toujours prêt à en sortir, comme les dieux homériques de leur nuage olympien. C'étiit là le vice de la proposition des maréchaux, ce devait en ètn recueil. Au fond, la régence c'était encore l'Empire avec Napoléon sur le second plan du tableau , et toujours au moment de reprendre sa place sur le premier. Ni l'Europe, ni la France, affamées de paix et de repos, ne pouvaient donc accepter cette combinaison , équivalent hjnpocrite de la première el également incompatible avec la sécurité de tous ; la force des choses la rejetait. Le prince de Tidleyrand résuma la discwsion et en tira la conclusion par ces paroles fatidiques qui lésolvaient le problème en le posant : « Napoléon ou Louis lYIll! tout le reste est une intrigue. »

La discussion était terminée. Le roi de Pnisse, circonstance remarquable, à cause de ses habitudes d'entente complète «fee le cYAiv et de déférence envers Alexandre, se déclara le premier (poutre la régence. Son avis fut partagé par tous ceux qui assistaient au conseil. L'empereur Alexandre , qui jusque-là aVMt pris toutes les initiatives, voulait évidemment laisser celle-d à ses alliés. Il ne faisait plus d'objections, mais seul il ne se pn»noii(;ait pas; son acciuit^srement paraissait douteux, au fond il n'était que silencieux.

Presqu'au sortir de cette conférence, il reçut les maréchanit

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