DÉPART ET ITINÉRAIRE DE ^'EMPEREUR
t plit son devoir, ni cette vile multitude qui , après avoir subi le I. despotisme puissant, vient insulter la toute-puissance tombée I el sans défense, ni ces commissaires étrangers qui, chargés de * protéger l'Empereur commis à leur loyauté et à leur respect Jusqu'à ce qu'il soit arrivé à l'ile d'Elbe dont il est souverain, f fiyrent sa dignité comme rançon de sa vie , ni l'Empereur luimême qui consent à cet indigne marché. Il avait la grandeur du génie, mais il lui manqua cette grandeur plus haute que donnent le sentiment du droit et la vertu. Ni le royal supplicié ée la place de White-Hall , ni le royal supplicié de la place de la Révolution n'auraient accepté une pareille défense. Louis XVI prescrivit à de Sèze de ne pas chercher à attendrir ses juges. Quoique roi, il voulait bien demander la justice à ses sujets, mais il n'acceptait pas la pitié, encore moins le mépris.
A un quart de Ueue d'Orgon , Napoléon crut nécessaire à sa sûreté de prendre un déguisement; il se revêtit, dit la relation, d'une mauvaise redingote bleue, se couvrit la tête d'un chapeau rond avec une cocarde blanche ; il monta sur un cheval de poste pour galoper devant sa voiture, en se faisant ainsi passer pour un courrier. A Saint-Canat, à la Calade , petite auberge sur la grande route, il rencontra le môme accueil, il éprouva les mêmes appréhensions. « Toute sa suite , depuis le général jusqu'au marmiton, » poursuit la relation, c< était couverte de cocardes blanches. » Puis il eut l'idée de revêtir l'uniforme autrichien du général Kolher, et, pour dérouter les soupçons , il sollicita de ses compagnons de route des marques de familiarité : il demanda au cocher du général Kolher de fumer et au général de chanter ou de siffler dans la voiture. Quand il s'agissait de prendre un repas dans une auberge , il n'osait toucher à aucun plat, dans la crainte d'être empoisonné. Il priait les commissaires de rechercher si les maisons dans lesquelles on s'arrêtait avaient des portes dérobées par lesquelles on pût s'échapper en cas d'alerte. C'est ainsi qu'il arriva à Saint-
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Maximin, jouant toujours le rôle de général autrichien, tamii que Tâide de camp du général Schouwaloff, le major 01evi4. prenait sa place dans sa voiture et jouait à sa prière celui k l'Empereur.
« Ayant appris que le sous-préfet d* Aix était dans cet » droit, continue la relation Waldbourg, il le fit appeler et Th postroplia en ces ternies : « Vous devez rougir de me voir a uniforme autrichien. J'ai dû le prendre pour me mettre àFaU des insultes des Provençaux. J'arrivais en pleine confiance ■ milieu de vous, tandis que j'aurais pu venir avec six infc honuues de ma garde. Je ne trouve ici que des tas d'enngii qui menacent ma vie. C'est une méchante race que les Pltvenvaux ; ils ont commis toutes sortes de crimes et d'hoROB dans la Révolution et sont tous prêts à recommencer; dé quand il s'agit de se battre avec courage, ce sont des lâcki Jamais la Provence ne m'a fourni un régiment dont jV pu être content; mais ils seront peut-être demain aussi nés contre Louis XVIIl qu'ils le paraissent aujourd'hui gqbM moi. » Après avoir quelque temps parlé dans ce sens, il sei^ tourna vers les commissiures et leur dit que Louis XYDI ■ ferait jamais rien de la nation française s'il la traitait avectiil de ménagement. »
A Saint-.Ma\imiu, les commissaires apprirent qu'il y nà au Luc deux escadrons autrichiens, et, sur la demande deHlpoléon, ils envoyèrent au commandant l'ordre d^Utendrekv arrivée pour escorter l'Empereur jusqu'à Fréjus.
Ici s'aiTete l'itinéraire de Waldbourg, en ne laissant dansk cœur d'autre émotion que celle de la tristesse et d'une huailiatlon profonde. L'ûme humaine reste sans consolation devtti l'abaissement de cette immense fortune, parce qu'elle ne sA où se prendre pour idmer et admirer. Dans Marins assis surks mines de Carthage ou se redressant en présence du Cimbi«i elle trouve du moins la force morale sur\ivant à la force ma-
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Melle et la grandeur païenne de rhomme défiant de ses istes et intrépides regards les coups de la fortune qui a pu nverser sa puissance, mais non abattre son cœur. Dans TaJbcation volontaire de Charles-Quint, on est ému par la liberté ôme de l'action et par l'élévation d'une âme plus haute que pouvoir qu'elle quitte. Chez Louis XVI , à ses derniers moents , le roi déchu se transfigure dans le saint et le martyr ; souverain est tombé, mais l'homme ne descend pas, il onte : « Fils de saint Louis, montez au ciel! » Rien de pareil !• la route de Fontainebleau à Fréjus. Cette multitude est os pitié, la victoire de l'Europe représentée par ses trois mimissaires, sans générosité, sans noblesse, le malheur de ipoléon sans prestige. Il ne sait emprunter à son passé icun rayon pour illuminer les ombres de son adversité. 'est une vie déplorablement attaquée qui se défend par des loyens vulgaires : la ruse, les déguisements, la fuite, les subvfùges ; le dernier acte de la tragédie de l'Empire descend ttqu'à la comédie. La grandeur païenne comme la grandeur hrétienne y manque. Pour trouver l'enseignement contenu ans cette scène, il faut s'élever jusqu'au jugement de Dieu ar lequel deux souverains sortaient à si peu de distance de 'ontainebleau : le premier, le pape Pie VII , traversant en riomphe la France agenouillée sous sa bénédiction pour aller etrouver sa ville de Rome, heureuse et fière de le revoir; Temcreur Napoléon, traversant les multitudes ameutées contre lui, t ardentes à préluder par l'outrage à la violence , pour aUer hercher au delà de la mer un exil. Dieu reste grand dans es enseignements, alors même que l'homme devient petit.