‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 78 sur 213 · DÉPART ET ITINÉRAIRE DE L*EMPEREUR · texte numérisé non relu

DÉPART ET ITINÉRAIRE DE L*EMPEREUR

scriptions, les guerres incessantes, les impôts, opprimée, orpheline et veuve, telle que l'avait faite le gouvernement impérial. Alors la scène changea. L'histoire, qui cherche les enseignements bien plus que les tableaux, ne doit point cacher ce revers de la médaille * . ' .

Les cris de Vive F Empereur cessèrent à l'endroit où l'escorte des troupes françaises s'arrêta. A MouUns, on vit les premières cocardes blanches. A Lyon, quelques groupes criaient encore : Vive Napoléon I Le 24 avril, à midi, on rencontra près de Valence le maréchal Augereau. Napoléon et le maiéchal descendirent de voiture et allèrent au-devant l'un de l'autre : ils s'embrassèrent ; mads tandis que le premier ôta son chapeau , le second resta la tête couverte. Ce qu'il respectait dans son ancien souverain c'était la puissance et non un droit ; cette puissance tombée , il se retrouvait de niveau avec hii, et, reprenant sa famiharité républicaine, il tutoya l'Empereur, qui l'avait tutoyé, en lui reprochant sa proclamation injurieuse contre lui ^, et lui rendit reproche pour reproche en lui rappelant l'ambition msatiable à laquelle il avait sacrifié la France. Bientôt , importuné de cette conversation. Napoléon, qui avait marché à peu près un quart d'heure à côté d' Augereau en se dirigeant vers Valence, se retourna brusquement de son côté, l'embrassa encore, le salua et se jeta dans sa voi-

1. Un des commissaires élrangers, le cmnle Waldbourg-Tnichsess a écrit Yiliniraire de Napoléon de Fontainebleau à Vile d'Elbe. Le général Kolher, commiasaire autrichien, a confirmé dans une Suite de Vitinéraire de Waldboury, une partie de la narration de son collègue, et M. de Chateaubriand rapporte dans ses Mémoire* (tome V, page .281] que le commissaire russe, le général Schouwaloff, lui a certiûé l'exactitude des faits, u Ses paroles contenues, ajoute-t-il, en disaient plus que le récit expansifde Waldbourg. » J'aime à croire cependant que le récit prussien a exagéré certains détails.

2. La proclamation d'Augercau, datée du quartier général de Valence, le 16 avril 1814, était ainsi conçue : « Le Sénat, interprète de la volonté nationale lassée du joug tyrannique de Napoléon Bonaparte, a prononcé le 2 avril sa décliéance et celle de sa famille. Jurons fidélité à Louis XVIll et à la constitution qui nous le présente. Arborons la couleur vraiment française!... (Moniteur.)

218 CHUTE DE l'empire.

ture. Augereau, les mains derrière le dos, le laissa partir môme porter la main à sa casquette de voyage, et iorsam l'Empereur fut monté en voiture, il lui fit pour tout adiea m geste équivoque. Depuis Orange, partout où le cortège pan, il fut accueilli par les cris de Vive leRoi^ auxquels se mélènil bientôt des injures et des menaces contre l'Empereur déda. A Orgon , on avait élevé une potence avec un mannequin tnK couvert de sang devant l'auberge où les voitures detaiol relayer. Les femmes surtout se montraient impitoyables. Il colère de tant de mères, de tant d'orphelines, de tant de veuves privées de leurs maris, de leurs enfants, de leurs frèia, bouillonnait-elle dans les âmes ardentes de ces furies méridiinales, qui demandaient d'une voix tantôt menaçante, tanlM suppliante , le sang de Napoléon comme une satisfaction fri leur était due pour tout ce qu'elles avaient souffert? Le rtk des commissaires européens devenait difficile. Ils n'avaÎBH point prévu qu'ils auraient besoin d'une escorte, non pourdtfendre leur vie, elle ne courait aucun risque, maïs pour dtfendre celle de l'homme qui avait été Empereur des Francs^ contre le peuple qui avait été son peuple. Ils ne virent d'autie moyen de sauver sa vie que de sacrifier sa dignité. A Orgoa, le comte de Schouwaloff harangua la multitude en furie; ilU représenta le profond abaissement de celui qu*elle voutt punir, en ajoutant « que le mépris était la seule arme qu'oa dût employer contre un homme qui avait cessé d'être dûigereux, et qu'il serait au-dessous de la nation française Sm prendre une autre vengeance. » La relation Waldbourg ajoute: « L'Empereur se cachait derrière le général Bertrand le plui qu'il pouvait; il était pâle et défait, et ne disait mot. Quand i vit que le peuple applaudissait à ce discours , il fit des signa d'approbation à SchouwalofF et le remercia plus tard du vice qu'il lui avait rendu. »

Triste scène ! où personne n'est à sa place, personne ne

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