‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 9 sur 213 · I. 14 noTembre lSi · texte numérisé non relu

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y avait, en outre, depuis 1808, un mauvais souvenir dans la mémoire du Corps législatif contre l'Empereur qui avait retiré à ses membres, par une note offensante, insérée au Moniteur^ le titre de représentants de la nation que l'Impératrice leur avait donné * . Le temps n'avait point cicatrisé la blessure que cet outrage impolitique avait laissé au cœur de cette assemblée. C'est ainsi qu'au dedans comme au dehors Napoléon allait recueillir les fruits amers des fautes commises pendant ses longues prospérités.

Napoléon pressentit, jusqu'à un certain point, ces dispositions du Corps législatif, et, pour pafalyser, autant que possible, ces dispositions, il lui enleva, par un sénatus-con suite, le droit qu'on lui avait jusque-là impunément laissé de présenter cinq candidats, parmi lesquels l'Empereur choisissait son président. Le chef de l'État, s'attribuant ce droit, en vertu du sénatus-consulte présenté par M. Mole, nommé ministre de la justice en 1813, désigna le duc de Massa, ce qui ccnn-' pliquait une mesure fâcheuse par un choix malheureux*. Il voulait se réserver par là la direction de l'assemblée. Mais il la mécontentait en lui témoignant une défiance mal déguisée sous des motifs puérils tirés de l'étiquette dont un président désigné par l'assemblée pouvait , selon les ministres ,

1 . « Sa Mi^esté limpératrice n*a point dit cela ; elle connaît trop bien nos constitutions ; elle sait bien que le premier représentant de la nation est TEm' pereur, car tout pouvoir vient de Dieu et de la nation.

« Dans l'ordre de nos constitutions , après l'Empereur est le Sénat; après le Sénat est le conseil d'État; après le conseil d'Ëtat est le Corps législaUf. •

2. M. d'Hauterive, ministre par intérim des affaires étrangères, écrivait à ce Bi^et à TEmpereur : « Le grand mal dans cette affaire et dans toutes les affaires on peu difficiles qui pourront survenir est le peu de confiance qu'inspire le président du Corps législatif; avec des manières communes , des formes épaisses, un esprit naturellement lent et borné, affecté comme il Test d'une maladie qui imprime à sa physionomie un caractère permanent d'inattention et de stupidité, il est impossible que le président, qui est d'ailleurs savant dans les lois et un bon et un galant homme, puisse désocmais empêcher aucun mal et produire aucun bien. • ( Vit et travaux d'Hauterive par Artaud, page 3 17.)

OPFOSlTlO^f DA^S LE CORPS LÉGISLATIF. If

ignorer les formes, et de Fincoirvément qu'il y aurait à ce qu'un homme qui n'aurait point l'honneur d'être connu personneUement de l'Empereur arrivât à la présidence. Le souci de leur dignité ^ient aux assemblées les plus faciles avec le sentiment de leur influence, et il était impolitique à l'Empereur de mécontenter le Corps législatif, puisqu'il croyait en EToir besoin. Il savait combien la paix était universellement désirée en France ; il voulait donc convaincre le Corps législatif, et par lui la France, qu'il n'avait rien omis pour conclure une paix honorable, afin d'obtenir un concours énergique pour la guerre qu'il allait faire, et qu'il cherchait à faire accepter par tous comme une de ces guerres de défense nationale pour lesquelles les peuples donnent leur dernier homme et leur dernier écu.

Après la bataille de Leipsick, il y avait eu un commencement de négociation. Au mois de novembre 1813, les puissances coalisées avaient fait dicter à M. de Saint-Aignan, ministre de France à Weimar, et enlevé par une bande de partisans, une note dans laquelle elles ofiâraient d'ouvrir, dans une ville neutralisée sur le Rhin, des conférences qui ne suspendraient pas les opérations militaires; mais elles exigeaient que l'empereur Napoléon consentit d'abord à accepter les bases posées par elle. « La France devait, d'après cette note, se renfermer dans ses limites naturelles, c'est-à-dire entre le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, et renoncer à toute souveraineté en Allemagne, en Espagne, en Italie. » L'Empereur, informé de ces propositions le 14 novembre 1813, avait fait répondre, dès le 16, qu'il acceptait l'idée des conférences, et qu'il faisait choix de Man comme Ueu de réunion et du

duc de Ticence pour l'y représ -, mais il avait gardé un silence absolu sur les bases pro », ce qui ôtait toute valeur à son acceptation. Ce ne que le 2 décembre suivant que, sur Pobserva * ' ' ♦temich à l'occasion de ce

silence, l'Empereur fit annoncer qu'il adhérait aux bases proposées. Mais alors les événements marchaient dans le sens des intérêts des coalisés qui différèrent à leur tour de répondre.

Les mois de novembre et de décembre virent, en effet, décliner sur tous les points les affaires de Napoléon. La Hollande se sépara de lui et proclama son indépendance, en accueillant les Prussiens; Wellington, franchissant les Pyrénées, commença à pénétrer dans nos départements du Midi ; Murât, qui depuis la campagne de Russie était séparé de cœur de Napoléon contre lequel il avait éclaté en murmures, négocia son traité avec les Anglais et les Autrichiens. Les coalisés, voyant que le temps était pour eux, le laissaient courir. Napoléon, qui avait retardé jusqu'au 19 décembre 1813 la réunion du Corps législatif, fixée d'abord au 2 décembre, dans l'espoir qu'il pourrait annoncer l'ouverture des conférences de Manheim, ordonna que l'on communiquât à une commission tirée de son sein toutes les pièces originales coutenues au portefeuille des affaires étrangères : ce J'avais conçu, disait-il dans ce discours, de grands projets pour la prospérité et le bonheur du monde. Monarque et père, je sens ce que la paix ajoute à la sécurité du trône et à celle des familles. Des négociations ont été entamées avec les puissances coalisées. J'ai adhéré aux bases préliminaires qu'elles ont présentées. J'avais donc l'espoir qu'avant l'ouverture de cette session le congrès de Manheim serait réuni. Mais de nouveaux retards, qui ne peuvent être attribués à la France, ont différé ce moment que presse le vœu du monde. »

Les commissaires du sénat furent MM. de Lacépède, de Talleyrand, de Fontanes, de Saint-Marsan, Barbé-Marbois et Beurnon ville ; ceux du Corps législatif, MM. le duc de Massa, Raynouard, Laine, Flaugergues et Maine de Biran, MM. de Lacépède et de Massa faisaient partie de droit de la commission, comme présidents du Sénat et du Corps législatif; les

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