Histoire de la Restauration
L’année 1815 s’ouvrit sous de fâcheux auspices. Au dehors, tout semblait, ou l’a vu, présager une rupture entre les puissances qui débattaient au congrès de Vienne la nouvelle organisation de l’Europe; au dedans, les intérêts d’ambition lésés par la chute du gouvernement impérial, et les passions, les préjugés, les défiances soulevées contre la Restauration, se rapprochaient dans une entente plus étroite et plus haineuse. Ce travail, qui n’échappait point aux observateurs attentifs, disparaissait encore pour la plupart des hommes du gouvernement sous les manifestations extérieures. Les corps constitués, les conseils des départements, les tribunaux, les villes, les communes célébraient à l’envi , dans leurs adresses , le bienfait de. In paix rendue à la France, celui d’un gouvernement doux et paternel, qui apportait au pays des libertés et des garanties
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jusque-là inconnues. Les régiments, de leur côté, renouvelaient leur serment à l’occasion de la distribution des drapeaux, elles chefs les plus illustres des guerres impériales se rendaient, dans les gouvernements militaires qui leur avaient été confiés, les interprètes chaleureux de leur fidélité. Le pouvoir à son tour, par suite de l'importance qu’il attachait aux signes extérieurs, s’occupait de prendre possession du sol par des cérémonies de réjouissance ou de deuil dans lesquelles éclataient la joie de la monarchie rétablie et le regret des grandes immolations révolutionnaires.
Une commission particulière, présidée par le maréchal Soult, avait pris, dès le mois de novembre 1814, l’initiative d’une souscription destinée à élever un monument aux victimes de Quiberon. En janvier 1815, la commission se compléta; le nombre de ses membres fut fixé à treize: on y comptait le duc de Rohan, le duc de hé vis, le comte et le baron de Damas ; les provinces de l’Ouest étaient représentées par MM. de la Rochejaquelein, de Suzannet et d’Autichamp. « Les peuples civilisés, disait-on dans le programme, regardèrent toujours comme un devoir sacré les honneurs rendus à la mémoire des guerriers objets de leurs regrets. La religion chrétienne, toute dévouée, suit ses enfants bien au delà du tombeau. Les champs de Carnac, les plages de Quiberon virent tomber des légions entières de généreux chrétiens. En expirant, leurs dernières paroles furent des paroles d'amour pour leur Roi et des vœux pour la patrie. Le Roi après un long exil, la Patrie après un long deuil, répondent à ces touchants adieux. » Puis, dans le dispositif, la commission décidait qu’un monument pyramidal serait élevé à Quiberon, sur le heu même où les victimes avaient été immolées; un autre dans la Chartreuse, près d’Auray, où leurs restes avaient été transportés; et qu’enfin on fonderait dans le même lieu un collège militaire.
La plus éclatante de ces manifestations, la plus solennelle