ÉTAT DE LA FRANCE AC DÉBIT DE 1815. J
de ces cérémonies, fut celle qui marqua le 21 janvier 1815. Les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette avaient été ensevelis sans honneur dans l’ancien cimetière de la Madeleine, devenu une propriété particulière. On espéra les retrouver, à 1 aide des indications fournies par quatre témoins de leur inhumation, qui avaient survécu ', et du propriétaiie de 1 enclos, qui avait planté sur l’emplacement quelques arbres, comme des points de repère. Ces recherches réussirent. On trouva d abord le corps de Marie-Antoinette, reconnaissable encore à l’expression de son visage, que la' chaux, dont le travail avait été arrêté par le cercueil, avait épargné; quelques lambeaux de vêtement achevèrent de prouver l’identité, A peu de distance, on retrouva le corps de Louis XVI, sur lequel le bourreau de la Convention avait laissé sa marque ; la tète, séparée du tronc, avait été placée entre les jambes, réduites, par le temps et l’action de la chaux, à l’état d’ossements. Loui» XY11I , à qui Dieu venait de rendre sa couronne, voulut rendre au Roi martyr et à la Reine qui avait partagé son sort leur royal domicile dans la nécropole de Saint-Denis, dépeuplée par la Révolution, plus prompte encore à vider les places que la mort à les remplir. La veille du jour marqué pour la cérémonie, M. de Chateaubriand, ce héraut éloquent que Dieu avait donné a la royauté renaissante pour marcher avec les pompes de son grand style devant ses douleurs comme devant sês joies, se rendait l’interprète des sentiments publics, en rappelant les vertus et les malheurs de Louis XVI; puis, arrivé à ses dernières journées, il terminait ainsi : « Ce n’est pas devant la famille royale qu’il convient d’achever le récit de pareilles adversités. L’orpheline du Temple est là, et sa seule présence en dit assez. Témoins et juges, vous vivez; vos yeux ont vu ce
1 . C’étaient un prêtre, un jupe de paix et son pnOler, el un avocat. I.e propriétaire du terrain se nommait Uescloieaux et appartenait à l'opinion royaliste.
RETOrn de l’jlk d’elbe
qu’il y eut de public, et votre conscience vous racontera ce qu'il y eut de secret dans l’histoire de nos malheurs*. » Le cortège funèbre devait, l’éloquent écrivain le rappelait, suivre la route qu’avait prise, six siècles auparavant, celui de saint Louis, ce lointain aïeul des Bourbons.
Le 21 janvier 1815, par une très-froide journée, Monsieur, comte d’Artois, et ses deux fils, les ducs d’Angouléme et de Berry, se rendirent h huit heures du matin à l’enclos où s’élève aujourd’hui la chapelle expiatoire de la rue d’Anjou-Saintlionoré. Vingt-deux ans écoulés depuis le régicide, le plus jeune des frères de Louis XVI et ses deux neveux venaient chercher les restes des deux plus grandes victimes de la Révolution. Les deux cercueils étaient déposés sous une tente, image de l'instabilité de toute chose sur cette terre de France, où tout apparaît et où rien ne demeure ! Les trois princes s'agenouillèrent et pilèrent longtemps devant ces cercueils, qui contenaient tant de douleurs, tant de souvenirs et tant d’enseignements. Puis Monsieur posa la première pierre de la chapelle expiatoire, et à neuf heures le cortège s’achemina vers Saint-Denis, en longeant la rue Saint-Honoré , puis les boulevards. Ainsi les tardives funérailles du Roi et de la Reine remontaient, pour arriver au sépulcre royal, quelques-unes des stations de la voie douloureuse que Louis XVI avait descendue pour se rendre du Temple ii la place de l’échafaud. Toutes les pompes de la monarchie avaient été convoquées autour du char funèbre. Les troupes de la garnison formaient la haie. Des détachements de cavalerie, d’infanterie, de garde nationale, les généraux entourés de leur état-major, les hérauts d’armes, le grand maître des cérémonies et ses aides à cheval ; deux carrosses à huit chevaux, dans le dernier desquels étaient le comte d’Artois et ses fils, précédaient le char fu-
I. Juunial des Débats ilu 19 janvier 1815, reproiluil par le Moniteur du 20.