‹ Histoire de la RestaurationChapitre 109 sur 325 · DIFFICULTES DE LA SUUAT10N · texte numérisé non relu

DIFFICULTES DE LA SUUAT10N

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sa présence. « Soldats, dit-il, je suis venu avec six cents hommes en France, parce que je comptais sur l’amour du peuple et sur les souvenirs des vieux soldats. Je n’ai pas été trompé dans mon attente, soldats, je vous en remercie. La gloire de ce que nous venons de faire est toute au peuple et à vous. La mienne se réduit à vous avoir connus et appréciés... Soldats, le trône des Bourbons était illégitime, puisqu’il avait été relevé par les mains étrangères, puisqu’il avait été proscrit par le vœu de la nation exprimé dans toutes nos assemblées nationales. Le trône impérial peut seul garantir les droits du peuple et surtout les droits de votre gloire. Soldats, nous allons marcher pour chasser de notre territoire ces princes auxiliaires de l’étranger. La nation , non-seulement nous secondera de ses vœux, mais même suivra notre impulsion. Le peuple français et moi, nous comptons sur vous. Nous ne voulons pas nous mêler des affaires des autres ; mais, malheur à qui se mêlerait des nôtres ! »

Cette harangue avait deux objets. Le premier, de montrer au peuple l’armée ralliée autour de ses aigles; le second, de rassurer en même temps la France sur la paix, et les puissances étrangères sur les intentions de Napoléon, tout en semblant les défier. 11 circonscrivait, en effet, la lutte entre lui et les Rourbons, et promettait de ne point se mêler des affaires des autres si on ne se mêlait point des siennes.

Une scène pleine d’une émotion théâtrale succéda à cette harangue. On vit le général Cambronne, qui commandait les grenadiers de l'île d’Elbe , s’avancer vers l’Empereur avec ses officiers, et Napoléon étendant vers lui la main, comme pour le présenter aux troupes : « Voici les officiers du bataillon qui m’a accompagné dans mon malheur, dit-il, ils sont tous mes amis. Toutes les fois que je les voyais, ils me représentaient les différents régiments de l’armée, car dans ces six cents braves, il y a des hommes de tous les régiments. Tous me

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rappelaient ces grandes journées dont le souvenir est si cher, car tous sont couverts d’honorables cicatrices reçues à ces batailles mémorables. En les aimant, c’est vous tous, soldats de l’armée française, que j’aimais. Ils vous rapportent ces aigles, tju’ elles vous servent de ralliement. En les donnant à la garde , je les donne à toute l’armée. La trahison et des circonstances malheureuses les avaient couvertes d’un voile funèbre; mais, grâce au peuple français et à vous, elles reparaissent resplendissantes de toutes les gloires. Jurez qu’elles se trouveront partout où la patrie les appellera. Que les traîtres et ceux qui voudraient envahir notre territoire n’en puissent jamais soutenir les regards ! «

Les premiers rangs qui seuls purent entendre ces paroles les saluèrent d’acclamations. Les autres acclamaient la grandeur de la scène , le geste , l’accent , la physionomie à la fois ardente et recueillie de l’Empereur, qui, revenu de la veille, semblait présenter le bataillon de l’île d’Elbe à l’armée. Pendant plusieurs minutes le cri de vive f Empereur retentit. C’était comme un long serment de mourir pour lui. Napoléon, qui revenait de si loin pour livrer de nouveau toutes ces vies au hasard de la guerre, paraissait ému. L’humanité est remplie de contrastes. « Il avait, a dit M. Thiers, fait mutiler par les boulets plus de deux millions d’hommes, il lui restait à en faire mutiler quelques centaines de mille, et cependant il pleura à la vue de Duroc mourant. » C’est ainsi que Napoléon se sentait ému à l’aspect de ces intrépides soldats qui saluaient César, à la veille d’aller mourir.

J'ai dit que, pour les esprits perspicaces, les grandes difficultés commençaient à l’arrivée de Napoléon aux Tuileries : c’est ici le lieu d’en exposer la raison. L’Empereur revenu de l’ile d’Elbe n’était plus celui qui, après 1804, avait gouverné la France avec une volonté qui ne connaissait pas d obstacle, une bonne fortune qui ignorait encore les revers.

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