‹ Histoire de la RestaurationChapitre 110 sur 325 · DIFFICULTÉS DF. LA SITUATION · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DF. LA SITUATION

entouré d’hommes soumis à l’ascendant souverain de son génie, de partis acceptant sa dictature ou réduits à la subir, ayant seul la parole , l’action , l’initiative, la vie. 11 revenait affaibli par le souvenir d’une première défaite et d’une première déchéance. Non-seulement son pouvoir avait été contesté, mais renversé. Vaincu par l’Europe, flétri et détrôné par son propre Sénat , abandonné par ses lieutenants et contraint par eux à abdiquer, il avait perdu son double prestige de vainqueur et de tout-puissant. Enfin la presse, qu’il avait pendant quatorze ans tenue enchaînée et muette au pied de son trône, avait gravé d’ineffaçables stigmates sur ce front dominateur qu’elle avait été si longtemps contrainte à respecter. Dans le premier et dans le dernier mois de la Restauration surtout, toutes les voix, celles des administrateurs, des généraux, comme celles des écrivains, avaient épuisé contre lui les formules du blâme, de la haine et du mépris. Quoi qu’il fit, il ne pouvait abolir en un jour un passé si récent. Il ne dépendait de lui ni de l’effacer de sa propre mémoire pour retrouver son autorité et sa confiance , ni de l’effacer de la mémoire des autres pour leur rendre leur ancien respect.

Ce qui achevait de compliquer la situation , c’est qu’à son retour Napoléon ne retrouvait pas la France moins changée que lui. Dix mois de liberté politique avaient tranformé les idées et les goûts de la nation. Elle s’était habituée à discuter le pouvoir et ses actes. La tribune et la presse l’avaient comme enivrée. Toute cette partie de la société qui, mettant avant tout la sécurité des intérêts, avait, quinze ans auparavant, accueilli avec enthousiasme l’avénemcnt du Consulat, regrettait les Bourbons comme une garantie et déplorait le retour de l’ile d’Elbe comme une menace. Tous les partis de la révolution, depuis celui de 1789 jusqu’à celui de 1792, que l’Empereur avait réduits au silence sous le premier Empire, se retrouvaient debout pour faire des conditions au second.

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