DIFFICULTÉS DE LA SITUATION
ment le pouvoir et interrompu ainsi la prescription de l’exil. Ils s’étaient recrutés d’une nouvelle nuance , celle des royalistes constitutionnels qui, représentés par M. Lainé leur chef, ne devaient pas tous céder aux événements. Le royalisme populaire des provinces du Midi et de l’Ouest s’était ravivé, et si le retour de l’île d’Elbe avait été trop rapide pour leur laisser le temps de concerter la résistance, on pouvait prévoir que ces deux régions de la France ne fourniraient aucune ressource à Napoléon pour soutenir la guerre. Ce serait à coup sûr une lacune dans son système de défense, ce pouvait être un obstacle et même un péril.
Pour achever d’exposer les difficultés de la situation , il faut ajouter que l’Europe n'était pas moins changée que la France et l’Empereur. Ce n’était plus cette Europe divisée et craintive qu’il avait si longtemps conduite, c’était l'Europe unie, menaçante, décidée à lui faire une guerre à outrance. Napoléon, eu arrivant en F rance, avait trouvé l’Europe rassemblée au congrès de Vienne; la première dépêche adressée au gouvernement de Louis XV111 que l’Empereurouvrit à Paris fut la déclaration du 13 mars, par laquelle le congrès le mettait au ban de l’Europe. « Le retour de Bonaparte en France, disait la déclaration, n’est pas un fait de guerre, c'est qn attentat contre l’ordre social par lequel, en rompant la convention'qui l’avait établi à l’île d’Elbe, Bonaparte a détruit le seul titre légal auquel son existence se trouvait attachée. En revenant en France avec des projets de trouble et de bouleversement , il s’est privé lui-même de la protection des lois et a manifesté, à la face de l’univers, qu’il 11e saurait y avoir avec lui ni paix ni trêve. Les puissances déclarent en conséquence que Napoléon Bonaparte s’est placé hors des relations civiles et sociales, et que, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, il s’est livré à la vindicte publique. » Cette pièce se terminait par la promesse spontanée de tous les souverains de « donner au Roi de France ou à tout
LES CENT-JOURS
autre gouvernement attaqué, les secours nécessaires, dès que la demande en serait faite. »
Difficultés de toute nature au dedans, menaces et périls prochains au dehors, tel était donc le résumé de la situation de l’Empereur à son entrée aux Tuileries.
Napoléon entreprit de résoudre ou d’éluder les difficultés intérieures par des transactions, et de dissimuler les dangers du dehors en gagnant du temps pour les conjurer par des négociations s’il était possible de le faire, pour réunir les forces nécessaires à la lutte si les négociations ne réussissaient pas.