‹ Histoire de la RestaurationChapitre 114 sur 325 · POLITIQUE INTÉRIEURE. — CARNOT ET FOUCHÉ MINISTRES · texte numérisé non relu

POLITIQUE INTÉRIEURE. — CARNOT ET FOUCHÉ MINISTRES

de Bassano reprit la secrétairerie d’État. M. Mole , auquel on avait songé pour un ministère, préféra reprendre la direction des ponts et chaussées. Le comte Béal fut placé à la préfecture de police. Quant à La Valette, il resta à la poste, qu’il avait conquise, selon le mot de Napoléon, et continua à l’administrer sans brait 1 .

il y avait deux noms significatifs dans ce ministère, Fouché et Carnot. Napoléon ne choisissait pas ces deux hommes , il les recevait de la main impérieuse de la nécessité.

Il connaissait de loin et à fond Fouché, et il n’avait pour lui ni confiance, ni estime, puisqu’il l’avait exclu de son conseil. Ceux qui ont demandé pourquoi il le reprenait n’ont pas songé que Napoléon était obligé de donner un gage aux révolutionnaires d’action et d’énergie qui se sentaient couverts par la présence de Fouché au ministère de la police contre la présence de Napoléon aux Tuileries. Fouché, on l’a dit avec raison, était un médiateur entre ces hommes et Napoléon. Sans doute il avait fait ce qu’il étuit nécessaire de faire pour se rendre possible; dès l’arrivée de Napoléon aux Tuileries, on l’avait vu accourir; il avait affecté de répéter qu’il devait la liberté, peut-être la vie, au retour de l’Empereur, allusion à l’ordre d’arrestation lancé contre lui dans les derniers jours de la Restauration ; enfin il était allé au-devant des explications qui auraient pu lui être demandées sur le mouvement des garnisons du Nord sous les ordres des frères Lallemand ; manœuvre politique destinée, selon son explication, à forcer Louis XVIII à quitter Paris pour en ouvrir le chemin à l’Empereur. C’était là le prétexte, ce n’était pas le motif de la nomination de

1 . « Os audiences nous menèrent Tort loin dans In nuit, dit M. de l.a Valette dans ses Mémoires, en racontant la première soirée de l’Empereur aux Tuileries. Enfin, vers Irois heures, l'Empereur rentra dan» le salon : 'eus expédieras

de» brevets à tous ces messieurs, «lit-il, quant à Lavalette, il n en a pas besoin, il a conquis la poste. » (Mémoires de La Valette, tome 11, psg® 1 6S.)

LES CENT-JOI HS

Fouché. Napoléon, arrivé à Paris, mettait le nom de Fouché dans son ministère, comme à Grenoble il avait mis des paroles révolutionnaires dans ses proclamations.

La gage qu'il donnait aux révolutionnaires d’action par le nom de Fouché, il le donnait aux révolutionnaires à principes par le nom de Carnot. Carnot au ministère de l’intérieur signifiait que l’Empereur renonçait au pouvoir absolu, qu'il subordonnerait sa volonté à la Constitution et h la loi, qu’il accepterait les idées politiques de 1789 à 1792, la souveraineté du peuple, la liberté de la tribune et de la presse, le droit électoral, la souveraine influence, des assemblées. Sans cloute il avait obtenu de Carnot qu’il recevrait le titre de comte de l’Empire, pour bien marquer qu’il renonçait h la République*. Mais c’était la seule de ses idées que l’ancien membre de la Convention abandonnât; il entrait au pouvoir avec toutes les autres, et il était résolu à les faire prévaloir. Carnot dans le conseil était un boulet constitutionnel attaché au pied de l’Empereur.

Le châtiment de la folle entreprise de Napoléon commençait. 11 était obligé de se présenter à l’intérieur entre deux hommes qui étaient plutôt ses tuteurs que ses ministres : Fouché, contre les embûches duquel il devait être sans cesse en garde; Carnot, avec lequel il n’avait ni une idée, ni un sentiment communs, et qu’il devait être sans cesse occupé à tromper sur ses véritables intentions. 11 fallait donc que, dans une situation pleine de périls extérieurs où il avait besoin de toute liberté d’esprit et d’action, il marchât obsédé de la double nécessité de surveiller Fouché et d’éluder la surveillance de Carnot.

1. I.n double nomination de Carnot était annoncée en ces termes dans l.v Moiiiieur du 22 mars , sous la date du 2l : « S. M., par décret d’hier, voulant donner au général Carnot une marque de satisfaction pour sa défense d’Anvers, l’a nommé comte de l’Empire. Par décret du même jour, M. le général Carnot est nommé ministre de l’Intérieur. »

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