‹ Histoire de la RestaurationChapitre 176 sur 325 · ÜAND : NEGOCIATIONS SECKKTES AVEC 1.' ANGE ETE R IIE · texte numérisé non relu

ÜAND : NEGOCIATIONS SECKKTES AVEC 1.' ANGE ETE R IIE

écrites, probablement de la main de quelque secrétaire de Bonaparte. Si vous le savez, écrivez-le-moi sans délai. Une des lettres de Bonaparte est prouvée par la lettre de M. de Feltre dont je vous envoie copie. Lord Castlereagh pense qu’il serait convenable que Sa Majesté m’autorisât à passer au gouvernement anglais une note officielle qui certifiât que les originaux des pièces sont entre mes mains. »

Le comte de Blacas donnait les explications suivantes dans une lettre écrite de Gand, et datée du 23 mai 1815 :

« J’avais demandé à un employé des archives de m’apporter la collection des correspondances les plus récentes. Il m’en remit en effet plusieurs liasses, dans lesquelles je fis chercher par un de mes secrétaires. Après avoir parcouru la plupart de ces pièces, ce dernier me donna celles que vous avez entre les mains et dont je fis tirer des copies par l’abbé de Fleuriel , un autre de mes secrétaires. Quelques-unes de ces copies ont été envoyées à lord Castlereagh. J’en avais gardé d’autres pour moi, en vous en remettant les originaux, et en quittant Paris j’avais ordonné de me les apporter ou de les brûler. Cet ordre n’ayant pas été exécuté, on les a trouvées sans doute aux Tuileries avec le billet de lord Wellington, et la minute de la lettre écrite par moi à lord Castlereagh. Ce qu’il y a de certain, c’est que dans toutes les pièces que j’ai vues, il n’y en a pas une de la main de Bonaparte. »

Comme lord Castlereagh, préoccupé des embarras que cette affaire pouvait lui susciter dans le parlement, insistait pour qu’on l’armât contre l’opposition, le comte de Blacas passa la note suivante au prince de Castelcicala, avec autorisation de la communiquer et d’en laisser une copie à lord Castlereagh, avec cette réserve que ce dernier n’en ferait usage et surtout ne la publierait que dans le cas d’absolue nécessité. Le motif apporté à l’appui de cette réserve était celui-ci : il était dangereux d’ouvrir une guerre de plume avec Napoléon, qui avait

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en main tant de correspondances très-véritables relatives aux négociations du congrès, dans lequel on avait été loin d’être toujours d’accord, et à des choses toutes personnelles au Roi. « Je suis certainement fort intéressé à repousser les inculpations dont je suis l’objet, disait M. de Blacas en terminant sa lettre, mais vous savez mes sentiments et combien l’intérêt du Roi m’a souvent prescrit le silence , en laissant le champ libre aux détracteurs. » Voici quelle était la teneur de la note, dont copie fut laissée à lord Castlereagh :

« Le soussigné, apprenant que l’authenticité des pièces relatives à Murat, et dont les copies ont été communiquées à lord ( '.astlereagh , a été contestée, a pris les ordres du Roi pour faire communiquer à Sa Seigneurie les originaux de ces pièces, que Sa Majesté avait ordonné de déposer entre les mains du prince de Castelcicala. Son Excellence se rappelle dans quelle circonstance elle lit connaître à Sa Majesté le désir qu’il fût fait des recherches dont le résultat put contribuer à constater les dispositions récentes de Murat subséquemment au traité conclu par lui avec les puissances alliées , et venir ainsi à l’appui des griefs que motivaient l'inexécution de ses engagements et les intrigues fomentées en Italie." Le soussigné s’occupa de faire chercher dans les archives oii se • trouvaient les papiers du cabinet de Bonaparte tout ce qui pouvait être relatif à cet objet, et adressa au duc de Wellington le fruit de ses premières recherches. Lord Castlereagh étant ensuite revenu en Angleterre , le soussigné eut l’honneur de lui envoyer les copies de ce qui avait été découvert depuis et avant les communications faites au duc de Wellington, entre autres d’une lettre du ministre de la guerre , et des minutes des consuls français propres à jeter un grand jour sur la stagnation des troupes napolitaines; il en lit tirer quelques autres copies qui ont été trouvées aux Tuileries et qui ne paraissaient pas importantes à soustraire. Un seul examen des lettres auUi-

(•AND : POLITiai K ADOPTÉE KSVF.RS LA FRANCK.

graphes suffira pour démontrer qu’elles ne peuvent avoir été falsifiées. Quant aux minutes, on sait que rien n’est plus facile que de les désavouer par une simple dénégation. L’autorité de pareilles pièces dépend toujours de la source d’où elles émanent. »

Cette note satisfit le ministère anglais, et d’ailleurs la question devait se fermer bientôt d’elle-même devant les événements. Murat, qui savait, à n’en pouvoir pas douter, que sa chute avait été résolue avant, le 20 mars 181. 5, dans le conseil des puissances européennes, convaincues qu’on ne pouvait faire aucun fond sur sa bonne foi, allait bientôt lever le drapeau, et, après une échauffourée plutôt qu’après une bataille, se voir réduit à quitter l'Italie pour chercher un refuge en France; et le 3 juin 1815, en effet, le comte Foz/o di Rorgo écrivaità M. de Blacas, en lui annonçant le dénouaient de cette aventure, ces lignes caractéristiques : La comedia à fini ta.

Il reste à parler des deux grandes préoccupations de la cour de Gand : l’attitude à prendre envers la France, les négociat ions à suivre avec l’ensemble des puissances réunies à Vienne.

La composition même du conseil du Roi et l’établissement du Journal universel, publié, comme on l’a dit plus haut, aux frai> de Louis XVIII , indiquaient suffisamment que, dès le début, les idées constitutionnelles prévalaient dans le conseil. 11 y avait cependant une dissidence, non sur la nature du gouvernement, mais sur la part de pouvoir que conserverait la royautésous la forme constitutionnelle , sur la conduite ù tenir au moment où le Roi rentrerait en France. Le Roi rentrerait-il en vertu de son droit héréditaire, ou d’une espèce d’appel du peuple ? Maintiendrait-il la charte qu’il avait donnée, ou accepterait-il une charte qui lui serait imposée? En rentrant, devrait-il pourvoir, en vertu de l’article 14 de la Charte, aux premières nécessités de la situation et appeler ensuite les Gliainbres, ou devrait-il s’entourer immédiatement des deux

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assemblées, et gouverner avec les moyens ordinaires, dans la situation extraordinaire où il allait se trouver? Fallait-il parler immédiatement et dater d’une ville étrangère une déclaration royale, ou devait-on attendre qu’on mit le pied sur le sol français, où, pendant les premières semaines de ce nouvel exil, on eut l’espoir de rentrer presque aussitôt eu s’appuyant sur les sympathies des provinces du Nord, avec un faible noyau de troupes étrangères? M. de Chateaubriand, qui avait eu avec le comte d’Artois un long entretien politique à Bruxelles avant d’étre appelé dans le conseil du Roi, insistait même, avant d’y entrer, sur la nécessité de parler à la France. « Notre silence, écrivait-il de Bruxelles à M. de Blacas, à la date du 31 mars, est la chose la plus fatale. Il faut atout prix que le Hoi gouverne et parle'. » Le silence se prolongea pendant toute la première quinzaine du mois d’avril, et deux motifs contribuèrent à le faire durer jusqu’à cette époque. Le Roi voulait, dans sa déc laration, parler des dispositions des puissances étrangères, et, par suite, du traité du 23 mars, qui renouvelait le traité de Chaumont : « Or les ratifications de ce traité n’étant pas échangées, et la révélation prématurée des mesures convenues entre les hautes parties contractantes pouvant être préjudiciable à leurs vues et surtout embarrasser le gouvernement anglais dans ses communications parlementaires, le duc de Wellington pria instamment Louis XVIII de garder le plus profond secret à cet égard. » Le comte de Blacas, à la correspondance duquel ces

1. Voici la lin (Je celte lettre, dont nous avons trouvé l'original dans les Papiers pvlitiqiu •* de M. de Itlacas : • Je ne doute pas de la chute de Uonaparle; mais si nous ne prenons pas des mesures convenables, il se présentera â sa mort des difficultés nouvelles et peut-être de dangereux tiéritiers. Pourquoi laisser s'éloigner tout ec < ; u i porte un nom , tout ce tpii peut jeter quehpie éclat sur notre fuite? Pourquoi M. le due de lUchelicu s'en va-t-il! Pourquoi l’évêque de Nancy, le général Maison, le prince de Wagram se dispersent-ils, comme si tout était perdu sans ressource et que le Roi donnât son congé au reste de ses serviteurs ' tonnons un gouvernement cpil agisse avec concert et vigueur. •

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détails sont textuellement empruntés , avertissait madame la duchesse d’Angoulême, alors encore en France ’, que cette circonstance obligeait le Roi « à retarder la déclaration qu’il ne pouvait faire à ses sujets sans leur parler, en même temps, des dispositions et des préparatifs de l’Europe. » Ces objections furent plus d’une fois renouvelées, et on les voit persister jusqu’à la veille de la publication du manifeste rédigé par M. de Lally-Tollendal, et délibéré dans le conseil du Roi, qui parut, le 24 avril, car deux jours seulement auparavant, le 22 avril, lord Stuart, qui en avait eu connaissance, écrivait de Bruxelles au comte de Blacas . « Le duc de M ellingtou et les ministres du roi des Pays-Bas sont d’avis de quelque retard. La moitié de l’effet de cette pièce doit dépendre de sa date sur un point du territoire français i 2. » C est vraisemblablement cette circonstance, et en particulier l’opposition du gouvernement des Pays-Bas, qui empêchèrent le manifeste rédigé par M. de Lally- Tollendal de paraître dans le Journal universel, publié à Gand, et déterminèrent le Itoi à le faire imprimer à part, pour concilier les exigences de la raison politique avec ses devoirs envers la cour qui lui donnait l’hospitalité. Ce manifeste donnait déjà d’amples satisfactions aux partisans des idées constitutionnelles. w L Lui ope, y lisait -ou , sait qu excepte une poignée d’ambitieux sans mérite, la nation française tout entière est dévouée au Roi, et que partout des cris d’amour et d’admiration l’ont suivi et le rappellent. Comment en serait-il autrement quand Tunique pensée du Roi, depuis son retour, a été le bonheur des Français, le rétablissement de la paix intérieure et extérieure, celui de la justice, des lois , l’inviolabilité

1 . Papiers pulili<pu-s de M. île lll.ua*. La date de celle lettre, donl la copie est sous nos yeux, se ! rouie ainsi fixée au |>1iih tard aux premiers jours d'avril car c’est le 11 avril que Madame quilla Ilordruux.

2. I.eltre de lord Stuart au comte de IHacua. ‘Papiers polititptet de ce dernier.)

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