NAPOLÉON DEVANT GRENOBLE
gagnée, il croyait avoir partie gagnée. Il précipitait sa marche, de crainte qu’un incident imprévu ne lui enlevât cette chance. Escorté seulement de son état-major et des lanciers polonais, il arriva sur les glacis de Grenoble vers huit heures du soir. Dans ce moment, une révolte militaire éclatait dans la garnison et les symptômes d’une insurrection populaire commençaient à se manifester. Cette nouvelle inopinée du retour de Napoléon, cette marche merveilleuse, la grandeur de l’homme, les souvenirs glorieux du passé, l’oubli de ses misères, l’imprévoyance de l’avenir, tout contribuait à exalter l'imagination du peuple et du soldat. Il y eut de l’étonnement d’abord, l’admiration vint ensuite, puis l’enthousiasme, qui a quelque chose de contagieux, passa des troupes dans le peuple, toujours séduit par lessituations émouvantes et dramatiques : ceux qui ne partageaient pas l’opinion qui allait prévaloir s’éloignaient ou s’abstenaient. Les prétentions malavisées exprimées par quelques hommes, les alarmes répandues par la presse et la tribune, avaient indisposé les classes populaires contre la Restauration. Un petit nombre de voix crièrent: Vive l’Empereur! ce cri trouva de l’écho : le peuple le répéta, croyant crier vive la liberté, cri cher aux Dauphinois depuis 1789. Le mouvement se répandit de proche en proche. Le général Marchand, dont l’autorité était méconnue, se retira avec le préfet, M. Fouricr, savant illustre, mais administrateur moins habile et surtout peu prévoyant 1 ;
1. M. Fou lier écrivait le t mars au gouvernement royal que « la nouvelle du débarquement de Bonaparte avait excité la plus vive indignation parmi les habitants des campagnes voisines; que les chefs de la force armée, entre autres le général Marchand, s’étalent réunis à l'insiant A l’hôtel de la préfecture; qu’il* y avaient combiné tous les moyens de défense, dans le cas très-improbable où le petit corps des brigands de Bonaparte songerait à se diriger sur la ville ; qu’une partie de la garnison avait été de suite mise en route pour marcher contre lui. > Cette dépêche officielle du préfet contenait non-seulement des appréciations singulièrement démenties par les événements, mais des faits matériellement inexacts. Le préfet écrivait, it la date du 4 mars, que les troupes avaient été mises en mouvement, tandis que dans l'instruction écrite, remise au chef de bataillon
RETOUR DE L'il.E D’ELBE.
ils sortirent par la porte opposée à celle de Iteaune , devant laquelle Napoléon était arrivé. Le colonel du il", demeuré seul maître de son régiment, l’avait entraîné sur la route de Chambéry. Le reste de la garnison était répandu sur les remparts dans une confusion inexprimable. Les sapeurs du 3' du génie, les canonniers du 4* d’artillerie à pied, dans lequel Napoléon, souvenir qui augmentait leur enthousiasme, avait été vingtcinq ans auparavant nommé capitaine; les cavaliers du 4* hussards, les fantassins des deux bataillons du 5“ de ligne restés dans la ville poussaient de formidables cris de vive l' Empereur. La multitude joignait ses acclamations à ces vivat. De l’autre côté des murailles, le même cri retentissait parmi les troupes de Napoléon qui venaient de le rejoindre. C’était une scène étrange : une heure s’était écoulée ; il faisait nuit close ; on ne pouvait se comprendre au milieu de ce tumulte; on s’entendait sans se voir au sein de ces ténèbres , et les portes fermées arrêtaient ceux qui voulaient entrer comme ceux qui voulaient sortir. Le colonel Labédoyère s’élança sur le chemin couvert, et, d une voix retentissante qui domina sur un point le tumulte :
« Soldats, dit-il, c’est moi, Labédoyère, le colonel du 7", nous vous ramenons Napoléon ! 11 est là. C’est à vous de le recevoir et de répéter avec nous l’ancien cri de ralliement des vainqueurs de l’Europe: Vive /’ Empereur ! »
line immense acclamation annonça que cette harangue avait été entendue. Mais la difficulté restait la même. L’anxiété, l’impatience, la colère étaient à leur comble. Du dehors comme du dedans on affluait vers les portes, et ces deux dots humains, se précipitant l’un vers l’autre, cherchaient vainement à se rejoindre. C’est en vain que les sapeurs essayaient des deux côtés à renverser l’obstacle à coups de hache. Les cris d’en-
xiby
Delcasarl , on Ut ce qui suit : « Il est ordonné à un chef de bataillon du 5* do ligne de partir aujourd'hui 6 mars, à deux heures de l'après-midi. • (.es troupes n'avainut donc pas éli mises en mouvement le 4 mars.