PREMIÈRES MESURES DU GOUVERNEMENT ROYAL
contre lui , qu’on avait craint pour sa vie ; on pouvait croire à une levée en masse de ces populations pour l’arrêter au passage. En outre, il ne faut point oublier l’enthousiasme qu’avait excité le retour des Bourbons, ces innombrables adresses qui, chaque jour encore, apportaient à Louis XVIII l’expression du dévouement et de la fidélité de toutes les communes, les protestations des généraux, et toutes les démonstrations de nature à persuader au gouvernement royal qu’il avait une base solide en France. Enfin , ce qu’il y avait de réellement téméraire et de peu sensé, quant au résultat définitif, dans l’entreprise de Bonaparte, qui , le congrès encore réuni, et toutes les troupes de la coalition sur pied, venait jeter le gant h toute l’Europe, et rejouer, dans les plus mauvaises conditions, une partie perdue, contribuait à produire une illusion d’optique; on confondait le résultat momentané de l’entreprise avec son résultat définitif, et de ce que le succès définitif était impossible, on concluait à l’impossibilité d’une réussite momentanée. Cette illusion d’optique alla, dit-on, si loin pour quelques fonctionnaires, qu’ils se félicitèrent de la tentative de Bonaparte, comme d’une occasion d’en finir avec un péril toujours suspendu sur la Monarchie, tant que ce formidable voisin serait à l’ile d’Elbe.
La conduite du gouvernement, dans la première journée où la nouvelle arriva, se ressentit sur un seul point de cette impression. Le maréchal Soult ne donna à Lyon, par le télégraphe, qu’un ordre positif, celui de faire venir quelques batteries de Grenoble, et annonça des ordres explicites pour le lendemain. On décida du reste, dans la soirée du 5 mars, plusieurs mesures préliminaires, sur les instances de M. de Vilrolles, à qui l’initiative de son esprit et l'audace de son caractère donnaient naturellement le rôle actif dans ces circonstances difficiles et troublées. 11 fut arrêté d’abord que le comte d’Artois partirait pour Lyon dans la nuit même, et bientôt
RET0CR DE L’iLE DELBE.
après que M. le duc d’Orléans, dont le nom avait été prononcé dans les combinaisons factieuses de la nuance la plus avancée du parti constitutionnel , l’y suivrait. Le maréchal Macdonald reçut, 'dans la soirée du 6, à sa terre de Courcelles près Briare, l’ordre de se rendre à Lyon pour prendre le commandement de l’armée sous Monsieur. 11 était en route le 7 mars. Le comte de Damas, en congé à Palis, partit sur-le-champ pour se rendre à son poste. On expédia un courrier à Bordeaux au duc d’Angouléme, pour lui prescrire de partir pour Marseille, et de prendre le commandement des troupes des cinq divisions militaires du Midi sur la rive droite du Rhône. Dans ces premiers moments, on songeait à envoyer le duc de Berry prendre le commandement des régiments réunis en Lorraine et en Alsace, alin de mettre des princes de la maison de Bourbon à la tète de toutes les agglomérations de troupes.
Le 6 mars, à une heure du matin , le comte d’Artois montait en voiture. Ses instructions étaient de marcher avec les troupes qu’il trouverait sur les lieux , continuellement fortifiées par celles qu’on avait mises en mouvement pour former à Chambéry un camp de vingt-quatre mille hommes qui devait, au besoin, coopérer en Italie à l’exécution de l’arrêt porté par le congrès contre Murat. On croyait à Paris qu’on pouvait arrêter Napoléon à Lyon. À Lyon , le général Brayer, qui commandait en l’absence du comte Roger de Damas, et M. de Chabrol, préfet du département du Rhône, croyaient qu’on pouvait l’arrêter à Grenoble; c’est-à-dire qu’on espérait lu) résister partout où il n’était pas.
L’ensemble de ces mesures avait pour but d’appuyer le corps d’armée du comte d’Artois sur sa droite et sur sa gauche par deux corps d’armée commandés par ses deux lils, et d’enfermer Napoléon entre les Alpes et le Doubs , la Saône et le Rhône. Pour compléter cette série de combinaisons, il fut décidé, mais plus tard , que M. le duc Bourbon serait envoyé