‹ Histoire de la RestaurationChapitre 42 sur 325 · NOUVELLES OE LA MARCHE RE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NOUVELLES OE LA MARCHE RE NAPOLÉON

soit troublé : celui qui fait de honteux calculs sur la perfidie pour nous apporter la guerre civile trouvera partout union, fidélité et dévouement sans bornes à votre personne sacrée.

« Jusqu'ici une bonté paternelle a marqué tous les actes de votre gouvernement. S’il fallait que les lois devinssent plus sévères, vous en gémiriez sans doute, mais les deux Chambres, animées du même esprit, s'empresseraient de concourir à toutes les mesures que pourraient exiger la gravité des circonstances et la sûreté de l'État. »

Au milieu dé ces manifestations, Paris attendait chaque jour avec plus d’anxiété des nouvelles de la marche de Napoléon.

Dès le 9 mars, les proclamations de Bonaparte au peuple et à l'armée commençaient à circuler dans Paris. La confiance dont elles étaient remplies troublait les esprits, et les vives images par lesquelles il annonçait le retour de ses aigles volant, de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame parlaient aux imaginations populaires. Pour combattre ces impressions, le gouvernement disait dans le Moniteur ce qu’il savait; mais il savait peu de chose dans ces premiers moments. Il avait fait publier dans le journal officiel du 8 mars, avec un calme qui n’était pas sans dignité, les détails exacts du débarquement de Napoléon, avec mille ou onze cents hommes, sur le littoral du golfe Juan, la tentative infructueuse d’un détachement de cette troupe sur Antibes, la ferme résistance du général Corsin, commandant cette place, l’arrestation de l’émissaire qui était venu tenter sa fidélité. Le 9 murs, le même journal, en annonçant le matin que les dépêches télégraphiques manquaient, à cause de l’état de l’atmosphère , donnait des nouvelles rassurantes arrivées par le courrier et parties de Grenoble à la date du o mars. A la nouvelle du débarquement de Bonaparte, un grand nombre d’habitants s’étaient portés vers l’état-major de la garde nationale pour se faire inscrire sur les contrôles, en demandant à faire un service actif; la cocarde blanche avait été spontanément reprise par les habitants, comme aux premiers jours de la Restauration, et les cris de vive le Roi avaient

RETOUR DE l.’lLF. D'ELDE.

retenti : details exacts et faciles à comprendre, car, dans une population nombreuse , il y a un personnel politique pour toutes les manifestations. Les lettres ajoutaient que les troupes de la garnison sympathisaient avec la population. Elles n’avaient en effet donné encore aucun signe de défection, elles ne s’étaient pas trouvées en face de l’Empereur.

Les nouvelles du Midi proprement dit étaient d’une couleur plus tranchée encore. A Marseille, un mouvement unanime s’était manifesté dans toutes les classes. Comme aux premiers jours de la Restauration, le drapeau blanc avait été arboré à toutes les fenêtres; la garde nationale avait pris spontanément les armes, en demandant à marcher. Telles étaient les nouvelles arrivées à Paris les 7 et 8 mars. Les populations ardentes de la basse Provence avaient pris , en effet, spontanément les armes, et s’étaient mises en marche dans l’espoir d’atteindre Ronaparte ; mais sa marche était si rapide qu’il échappait à la poursuite et déconcertait la résistance. On commençait à douter qu’on pût l’atteindre; il fallait qu’un obstacle se rencontrât devant ses pas pour l’arrêter.

ENTRÉE DE NAPOLÉON A LYON. — EFFET DE CF.TTF. NOUVELLE A PARIS. — la chambre.

C’était sur Lyon qu’étaient fixés tous les yeux. Quel serait le résultat de l’arrivée du comte d’Artois, qui se rendait en toute hâte dans cette ville avec le duc d’Orléans et le maréchal Macdonald, tandis que Napoléon y courait de son côté, au sortir de Grenoble, dont on ignorait encore la défection à Paris?

Voici ce qui se passait à Lyon. Le comte d’Artois était arrivé dans cette ville le 8 mars à dix heures du matin, accom-

Lli COMTE UABT01S A LYON.

pagné du comte Des Cars et du comte Jules de Polignac; le duc d’Orléans et le maréchal Macdonald, le 9 dans l’aprèsmidi. « Monsieur a été reçu avec enthousiasme , » disait la dépêche télégraphique envoyée à Paris. La nouvelle était vraie pour l’immense majorité de la bourgeoisie lyonnaise. La nouvelle du débarquement de l’Empereur, arrivée à Lyon le 5 mars et comme par le public le 6 seulement, avait produit une stupeur profonde , suivie d’une anxiété générale. Dans la bourgeoisie, on aurait pu compter le petit nombre d’hommes mêlés jadis aux excès révolutionnaires, ou connus parleurs idées irreligieuses, qui gardaient un silence signilicatif. Le reste de la bourgeoisie, le commerce et la noblesse, manifestaient hautement leurs inquiétudes et leur douleur. Les affaires étaient en ce moment prospères ; on prévit sur-le-champ la disparition de ces courtes prospérités, et la guerre civile et la guerre étrangère, sinistre perspective , apparurent à l’horizon. Ce fut l’impression presque universelle dans les classes moyennes et les classes élevées de la société; l’avéncment des Bourbons en 1814 avait été accueilli par elles avec une joie à laquelle les protestants eux-mêmes avaient pris part. Ces sentiments n’avaient pas changé, et le mécontentement de ces classes à la nouvelle du péril que courait le gouvernement royal peut se mesurer à la joie qu’avait causée son retour. L’attitude du peuple fut moins expressive ; les souvenirs militaires de l’Empire parlaient encore très-haut aux imaginations populaires. Les autorités civiles et militaires, M. de Chabrol de Crussol, préfet du Rhône ; M. de Fargues, maire de la ville; M. le comte Roger de Damas , gouverneur de la division militaire, nouvellement arrivé, et le général Braycr, son lieutenant, reçurent, le 8 mars, le prince avec empressement. La garde nationale à cheval, composée de l’élite delà classe riche, d’hommes dévoués à la monarchie , et dont plusieurs avaient combattu contre la Révolution à l’époque du siège de Lyon, envoya un

BETOl'n de l'ile d’elbe.

poste d'honneur au palais de l’archevêché , où le prince était descendu. La population, triste, inquiète, et à laquelle aucun appel préalable n’avait été adressé, attendait avec anxiété les mesures qui allaient être prises pour arrêter la marche de Napoléon, que, dès le 8 mars, on savait être aux portes de Grenoble. Dans cette journée même, des proclamations du comte d’Artois et des autorités furent al'lichées. Elles rappelaient les torts de Napoléon, le mal qu’il avait fait à la France, le mépris'qu’il faisait de sa parole si récemment donnée et déjà violée, les calamités nouvelles qu’il allait attirer sur la patrie, et se terminaient par un appel aux armes adressé à tous les hommes de bonne volonté pour marcher contre l’ennemi commun. Mais cet appel demeurait sans effet possible, parce que aucune mesure pratique n’avait été prise pour y donner suite. Ceux qui étaient disposés à y répondre ne savaient où prendre ces armes auxquelles on les appelait. Ils couraient à la mairie, à la préfecture, il n’y en avait point. Le temps était bien court pour organiser la résistance, et l’on ne voyait nulle p;u’t la trace d’une de ces volontés énergiques et intelligentes qui savent l’improviser et dominer les situations. On battit le rappel dans tous les quartiers, pour réunir chaque bataillon de la garde nationale à pied sur sa place d’ Armes. Là, on invita ceux qui voudraient marcher contre Napoléon à se faire inscrire. Quelques-uns donnèrent leur nom , mais ce fut le petit nombre. La plupart se turent, ou tirent observer qu’il fallait indiquer sur-le-champ le lieu de réunion et le moment du départ, et qu’on s’y rendrait, refusant du reste de donner leur nom pour des listes d’adhésion dont la fortune pouvait, dès le lendemain, faire des listes de proscription. Ainsi l’appel aux armes avortait. Le déuoùment possible, probable même, commençait à apparaître aux imaginations, et chacun se mettait en garde dans la prévision de l’avenir. Il est rare que des appels de ce genre réussissent; à plus forte raison celui-ci devait-il

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