‹ Histoire de la RestaurationChapitre 41 sur 325 · LES CONSTITUTIONNELS SE RAPPROCHENT DU ROI · texte numérisé non relu

LES CONSTITUTIONNELS SE RAPPROCHENT DU ROI

Tandis que madame de Staël parlait ainsi, les rédacteurs du recueil qui avait le plus sévèrement attaque la Restauration, et par conséquent le plus contribuéàla compromettre dans l’esprit des partisans des institutions nouvelles, MM. Comte et Dunoyer, alors au début de leur carrière de publiciste, dans le Censeur , retournaient vivement leurs batteries contre l'Empire qui s’acheminait à pas de géant du littoral de la Méditerranée vers I’aris. On aurait dit qu’ils avaient besoin de revoir le despotisme en perspective , pour apprécier les libertés dont la Restauration faisait jouir la France. De toute part un rapprochement s’opérait entre les hommesdelalégitimitédans le pouvoir et de la liberté dans les institutions. MM. de Chateaubriand, Flyde de Neuville , Lainé, MM. de Lafayette , Lanjuinais, Roissy d’Anglas, Benjamin Constant, ne formaient plus qu’un seul camp. On avait même vu, chose toute nouvelle, le général La Fayette aux Tuileries avec la cocarde blanche à son chapeau.

Dans la conduite que tenaient Louis XVIII et Napoléon au même moment , on trouvait la révélation du sentiment que l’un et l’autre avaient de l’esprit nouveau qui animait la France à cette époque. Tandis que Napoléon échangeait les formules impériales dont il se servait naguère contre des appellations plus modestes qui le faisaient reculer jusqu’au temps et au régime du Consulat, et que les mots A' institutions libres et de citoyens se retrouvaient sur ses lèvres, Louis XV11I se serrait contre la Charte qu’il avait donnée à la France et se rapprochait du parti constitutionnel. C’était donc là qu’était, au moins pour un temps, le mouvement des idées.

Les députés arrivaient peu à peu à Paris. Dès le 8 mars, ceux qui y étaient présents s’étaient réunis, au nombre de soixantedix, dans le lieu de leurs séances, et le président de la Chambre leur avait rendu compte de la démarche qu’il avait faite la veille auprès du Roi, et de sa réponse à l’expression de la fidélité de la Chambre élective qu’il lui avait portée, «J’attends

HF.TOi;n DE I.ILE D’ELBE.

avec confiance, avait répondu le Roi , l’arrivée des députés des départements, et je compte sur leur fidélité comme sur celle de tous les Français. »

Dès le lendemain, 9 mars, la Chambre des pairs était réunie à deux heures de l’après-midi, et la session, interrompue le 31 décembre précédent, était ouverte par le chancelier. Après avoir exposé les périls renaissants de la France, dont les plaies avaient été si heureusement fermées par le Roi, il ajouta : « Le Roi veut s’entourer des deux Chambres , c’est à leur lidélité qu’il se confie, c’est à leur sagesse qu’il veut soumettre toutes les mesures que prescrivent l'intérêt et la sûreté de l’État. »

Après ces paroles, il communiqua à la Chambre la proclamation du 6 mars et l’ordonnance concernant les mesures de sûreté générale. La Chambre des pairs décida qu’une adresse serait présentée au Roi pour lui témoigner ses sentiments de dévouement h sa personne et d’inviolable fidélité h la constitution. Le soir même, cette adresse, rédigée par une commission formée des ducs de La Vauguyon, de Duras et de La Rochefoucauld, et des comtes de Fontanes et Garnier, était présentée au Roi. Elle était ainsi conçue :

• L'entreprise désespérée que vient de tenter cet homme qui fut longtemps l’effroi de l’Europe n'a pu troubler la grande âme de Votre Majesté. Mais, Sire, vous avez dit prendre des mesures fermes et sages pour la tranquillité publique. Nous admirons à la fois votre courage et votre prévoyance. Vous assemblez autour de vous vos fidèles Chambres. La nation n'a point oublié qu'avant votre heureux retour l'orgueil en délire osait les dissoudre et les forcer au silence dès qu’il craignait leur sincérité. Telle est la différence du pouvoir légitime et du pouvoir tyrannique.

• Sire, vos lumières vous ont appris que cette Charte constitutionnelle, monument de votre sagesse, assurait à jamais la force de votre trône et la sécurité de vos sujets. La nation reconnaissante se presse autour de vous. Nos braves armées et les chefs illustres qui les commandent vous répondent sur leur gloire qu'une tentative si folle et si criminelle sera sans danger. Les gardes nationales, qui maintiennent avec tant d'énergie 'ordre dans nos villes et dans nos campagnes, ne souffriront pas qu'il y

Page 1