SESSION DE DIX JOURS
récemment peu favorables aux idées auxquelles on donnait actuellement de si amples satisfactions, ces promesses d'une extension de la liberté de la presse et des droits d’élection qu’on murmurait à l’oreille des impatients, celle du rétablissement des prérogatives de la Légion d’honneur qu’on proclamait tout haut, et de toutes les concessions que l’opposition réclamait vainement quelques mois plus tôt, produisirent une .impression défavorable. On est reconnaissant envers un pouvoir fort de ce qu’il donne, parce qu’on le doit à sa volonté, mais les concessions les plus larges des pouvoirs faibles sont payées d’ingratitude, parce qu’on les attribue à leur situation.
COI RTE SESSION DF. LA C H A MBRE. — DISC CSS10NS ET MESURES LÉGISLATIVES. — ÉVÉNEMENTS DE I.ONS-L F. -SA CI.N I F.R.
11 faut raconter cette session de dix jours. On verra s’y refléter la situation générale, on y suivra les progrès de l’agonie de la Monarchie, car le gouvernement vit en perpétuelles communications avec les Chambres, qui sont en quelque sorte en permanence, et derrière les choses qu'il dit on aperçoit à demi celles qu’il cache ; on y démêlera d’abord les bonnes dispositions, ensuite les espérances d’ambition, et les appétits de pouvoir du parti constitutionnel se mêlant au désespoir qui finit par tout emporter dans les derniers jours.
Au début, le 10 mars, la Chambre des pairs, après avoir reçu les communications faites par le chancelier, disait dans son adresse au "Roi: « La nation n’a point oublié qu’avant votre heureux retour, l’orgueil en délire osait dissoudre les Chambres et les forcer au silence dès qu il craignait leur sincérité. Telle est la différence du pouvoir légitime et du pouvoir tyrannique. »
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RETOUR DE l/lLE D'ELBE.
La Chambre des députés répondait de son côté, le lendemain, à une communication semblable par la voix éloquente de M. Latné, son président : « L’intérêt de la patrie, disait-il, celui de la couronne, toutce qui est cher à la nation, l'honneur et la liberté, nous appellent autour du trône pour le défendre * et en être protégés ; si quelques mains françaises osaient s’armer du glaive de la guerre civile, nous sommes sûrs que les chefs et les soldats de nos années, qui ont si longtemps défendu la France contre ses ennemis extérieurs, prêteraient encore à leur pays le secours de leurs épées. Les gardes nationaux seront leurs nobles émules, et ce beau royaume ne donnera pas à l’Europe étonnée le honteux spectacle d’une nation trahie par ses propres enfants. Quelles que soient les fautes commises, ce n’est pas le moment de les examiner. Nous vous conjurons, Sire, d'user de tous les pouvoirs que la Charte constitutionnelle et les lois ont mis dans vos mains. Les Chambres, que votre confiance a convoquées, ne manqueront ni au monarque ni au peuple français; elles seront, Sire, vos fidèles auxiliaires pour donner au gouvernement la force nécessaire au salut de l’État. »
Le 13 mars, les députés, qui étaient en nombre pour délibérer, reçurent des communications qui leur furent apportées par les ministres de l’intérieur et de la guerre , l’abbé de Montesquiou et le duc de Feltre. L’abbé de Montesquiou déroula devant les députés le tableau de la situation des départements. C’était une amplification oratoire sans précision et sans portée, conçue au point de vue d’un optimisme absolu. 11 n’y était question que « du bon esprit des départements, de leur courage, de leur dévouement à la cause du Roi et à celle de la liberté. » La ville de Marseille « avait répondu à l’appel de son préfet avec cet élan de liberté et de reconnaissance dont elle avait donné tant de preuves. » Quant à la Drôme, « elle avait publié son indignation dans une adresse au Roi. » L’entrée de Bonaparte à Lyon inspirait au ministre de l’intérieur cette