‹ Histoire de la RestaurationChapitre 54 sur 325 · PRÉTENTIONS ET EXIGENCES DES CONSTITUTIONNELS · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS ET EXIGENCES DES CONSTITUTIONNELS

Constant, Flaugergue, de Broglie, d’Argenson, on résolut de demander au Roi la retraite de presque tous les ministres comme nécessitée par les circonstances où l’on se trouvait . On voulait aussi que le commandement de la garde nationale de Paris fût confié à M. de La Fayette. On parlait enfin de l’envoi de commissaires nommés par l’assemblée pour aller soutenir la fidélité chancelante des soldats : souvenir renouvelé des commissaires envoyés par la Convention auprès des armées républicaines. M. de La Fayette accepta une conférence chez M. Laine. Il proposa d’écarter les neveux du Roi et de n’employer que le duc d’Orléans, « le seul des princes qui fût populaire, » ajouta-t-il, et ouvrit l’avis de faire « un appel immédiat des membres de toutes les assemblées nationales depuis 1789 qui se trouvaient à Paris, afin d’opposer une grande force morale à la force matérielle déjà décidée pour Bonaparte ‘. » Étrange proposition, qui aurait convié à la défense de la royauté le ban et l’arrière-ban des assemblées révolutionnaires, y compris les membres de l’assemblée régicide ; conseil du reste bien propre à donner une nouvelle preuve de l’esprit peu pratique du général La Fayette, qui n’apercevait pas la vanité de ces démonstrations rétrospectives, contre une force militaire peu soucieuse des souvenirs qui charmaient l’ancien commandant en chef de la garde nationale de 1789, en lui rappelant sa jeunesse. Au fond, les hommes excessifs du parti constitutionnel qui parlaient de l’impuissance du ministère n’étaient pas moins impuissants et moins stériles que lui, quand il s’agissait de trouver des moyens pratiques ; ils proposaient à la royauté, un suicide moral qui ne l’aurait pas matériellement sauvée.

Sur ces dernières ouvertures, les réponses du gouvernement furent évasives. Mais on donna aux Chambres toutes les satis-

1, Mémoires de Lu Fuyetle, tome V, page 3'î. Le général ajoute aasci naïve ment : • Mon avis n'eicita que l'effroi nu le soupçon. •

KETOUR DE l.’lLE d'ELRE.

factions raisonnables. La proclamation du Hoi du 1 1 mars allait sur ce point aussi loin qu’elles pouvaient le désirer, en maintenant la dignité de la couronne : « Après vingt-cinq ans de révolution, disait le Roi, nous avions ramené la France à un état de bonheur et de tranquillité. Pour rendre cet état durable et solide, nous avions donné à nos peuples une Charte qui assurait la liberté de nos sujets. Cette Charte était la règle journalière de notre conduite. L’amour de nos peuples était la récompense la plus douce de nos travaux. C’est à cet amour que nous en appelons avec confiance contre l’ennemi qui vient souiller le territoire français, qui veut y renouveler la guerre civile; c’est contre lui que toutes les opinions doivent se réunir. Tout ce qui aime sincèrement la patrie, tout ce qui sent le prix d’un gouvernement paternel et d’une liberté garantie par les lois, ne doit avoir qu’une pensée, celle de détruire l’oppresseur. Tous les Français, égaux par la Constitution, doivent l’être pour la défendre. Le moment est venu de donner un grand exemple, nous l’attendons d’une nation libre et valeureuse. »

C’était là, après tout, un noble et habile langage. On pouvait ne pas s’entendre complètement sur la mesure des facultés et des prérogatives parlementaires compatibles en France avec l’existence de l’ordre et d’un gouvernement fort. Mais enfin, sous ce nom de Charte, c’était la liberté politique qu’on opposait à la gloire militaire, et Louis XVIII montrait qu’il avait le sentiment vrai de sa situation en s’appuyant sur la première comme sur la seule force avec laquelle on put résister à la seconde.

Le ministère ne fut pas heureux dans le développement de cette politique. Il courut au-devant des concessions qu’on pouvait lui demander avec l’empressement maladroit naturel aux hommes qui savent qu’ils ont beaucoup à faire pour calmer les défiances qu’ils ont excitées. Comme tout le monde se rappelait que la plupart des membres du ministère avaient été

Page 1