‹ Histoire de la RestaurationChapitre 57 sur 325 · RETOUR DE I.ILE D'ELBE · texte numérisé non relu

RETOUR DE I.ILE D'ELBE

les événements de Grenoble et de Lyon donnaient un si éclatant démenti, et qu’on a besoin de relire au Moniteur pour croire qu’elles aient été prononcées : « Tout le royaume ne voit donc que des défenseurs. Les provinces, les villes, les campagnes, les généraux, les officiers, les soldats, tous repoussent l’ennemi qui nous porte la guerre étrangère, la guerre civile, la servitude et la mort. C’est à vous, Messieurs, à seconder cette noble ardeur. Ordonnons ou plutôt confirmons cette levée générale des amis de la liberté. »

Ce mot de liberté revenait sous toutes les formes dans les dernières phrases de l’abbé de Montesquieu, qui cherchait ainsi à concilier au gouvernement l’appui du parti constitutionnel. Ce tableau si peu exact de la situation servait de préambule à des projets de lois, tous datés du 13 mars, et présentés aux Chambres pour déclarer que les garnisons de La Fère, de Lille, de Cambrai, d’Antibes, avaient bien mérité de la patrie, ainsi que les maréchaux Macdonald et Mortier. L’excès des récompenses proposées pour une action aussi naturelle à des gens de cœur que le refus de coopérer à la trahison étonna l’âme naturellement haute du duc de Tarenle. Il refusa de les accepter, exemple suivi par le duc de Trévise ; et la sécurité qui respirait dans les paroles du ministère se trouva ainsi démentie par ses actes, qui trahissaient le trouble et l’anxiété du gouvernement.

Le duc de Feltrc, qui prit la parole après M. de Montesquiou, abonda dans le même sens. Il donna des renseignements favorables sur la fidélité et le dévouement des corps destinés à couvrir Paris. Interpellé par un député sur les dispositions des troupes de l’ancienne garde cantonnées à Metz et à Besançon, il déclara qu’il ne saurait en parler avec trop de confiance. Knfin il compléta ces communications eu affirmant que les dernières dépêches télégraphiques transmises étaient trèsrassurantes.

SESSION DE DIX JOUIS. — IMIOPOSlTIOJiS ET LOIS.

A peine avait-il fini de parler, qu’un député, M. Delhonnne, proposa d’ajouter connue préambule aux lois que le ministère venait de présenter un article ainsi conçu : « La Chambre des députés déclare que le dépôt de la Charte constitutionnelle et de la liberté politique est confié à la fidélité et au courage de l’armée, de la garde nationale et de tous les citoyens. » L’abbé de Montesquieu se hâta de déclarer, au nom du Roi, que le gouvernement adoptait complètement l’addition proposée, et la Chambre prit à l’unanimité en considération l’amendement de M. Delhomme. L’article de la Charte qui établissait que le ministère ne pouvait accepter d’amendement sans en référer au Roi se trouvait ainsi de fait infirmé dans cette espèce d’ahurissement général, et inlirmé sans motif sérieux, pour donner à la Chambre l’occasion d’une de ces déclarations solennelles qui plaisent aux assemblées délibérantes, mais qui n’exercent aucune action sur les faits. Aussitôt après, un député de la Seine, M. Lajard, fit également prendre en considération par la Chambre une proposition tendant à assurer le payement de la pension des militaires membres de la Légion d’honneur. C’était toujours le même système d’avances tardives à l'armée. La séance se termina par la lecture de la pétition des élèves de l’École de droit qui demandaient à marcher pour la défense du souverain et de la Constitution : « Nous ne voulons plus de fers, s’écriaient ces jeunes gens, nous voulons la liberté. Nous l’avons, on vient nous l’arracher, nous la défendrons jusqu’à la mort. Vive le Roi ! Vive la Constitution ! »

Ce fut le sens des délibérations de la Chambre dans les journées qui suivirent. Dans le comité secret du 13 mars, le lieutenant général Desfourneaux proposa de payer la solde entière aux officiers à demi-solde , et sa proposition fut renvoyée au ministre de la guerre. M. Lajard demanda qu’on payât les arrérages dus aux membres de la Légion d’honneur. Dans la séance du 14 mars, M. Faget de Raure présenta le rup-

tlist. dt‘ la R«'*tAtir. H. H

RETOUR DF. L'iLE D’ELBE.

port sur les projets de récompenses nationales, rapport rempli d’emphatiques éloges prodigués aux généraux et aux soldats restés fidèles. La loi fut immédiatement votée. On supprima le délai de trois jours exigé ordinairement pour la distribution des rapports, comme si l’on avait la conscience qu’il fallait se hâter, car le temps allait manquer.

Aussitôt après le vote, l’abbé de Montesquiou vint apporter les nouvelles du jour à la Chambre. 11 parla du maréchal Ney qui, très-satisfait du bon esprit de ses troupes, s’avançait sur Lyon par Lous-le-Saulnier ; du général Dupont, qui se dirigeait vers le même point par Moutargis et se louait également de ses troupes. 11 ajouta que le maréchal Oudinot avait reçu l'ordre de s’avancer vers Paris avec la vieille garde , à laquelle le ministre prodiguait de nouveaux éloges, « 11 est à remarquer, disait-il, que depuis dix mois qu’elle ne fait plus la guerre, pas une réprimande n’a été méritée par aucun officier ni aucun soldat de cet immense corps, composé de plus de trois mille braves. » L’abbé de Montesquiou terminait en disant que, pour accélérer l’effet des propositions discutées dans la Chambre au sujet de la Légion d’honneur, il apportait un projet de loi pour le payement de tous les arrérages. Ce projet de loi fut immédiatement voté.

Dans la séance du 15, le président lut la lettre par laquelle le maréchal Macdonald refusait la récompense nationale qui lui était assignée, et l’abbé de Montesquiou vint avertir la Chambre que la séance royale, fixée d’abord au 15 mars, n’aurait lieu que le IG.

Louis XY111 désirait, par une démarche solennelle, faire tomber les dernières défiances du parti constitutionnel, et agir à la fois sur les Chambres et sur l’opinion . Il avait donc accueilli la pensée d’uue séance royale dans laquelle l’union de la royauté et des Chambres serait scellée aux yeux de la France entière.

Page 1